Afrique en résonance

Le Musée Africain de Lyon [1], fondé il y a 150 ans, vient de publier un superbe ouvrage consacré à un choix d’œuvres issues de la collection des Missions Africaines. Au-delà de la dimension de catalogue sélectif, c’est toute l’histoire et l’évolution des objets africains présentés au musée qui est mise en exergue dans ce très beau livre.

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Le catalogue du Musée Africain de Lyon. Masque. Wé. Début XXe s. Côte d’Ivoire.
Photo Jean-Julien Ney

Lorsque le Père Augustin Planque élabore son projet de Musée Africain, il le pense dans un but de communication à propos des cultures africaines. Le 20 février 1861, il écrit la première de ses nombreuses lettres à ce sujet et demande à ses missionnaires de rapporter d’Afrique « des objets usuels pour faire connaitre votre nouvelle patrie… ».

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Masque. Krou. Première moitié XXe s. Côte d’Ivoire.
Photo Jean-Julien Ney

Beaucoup s’interrogent aujourd’hui sur la provenance des éléments constitutifs des collections ; on entend très souvent parler de « pillage du tiers monde » ou de « destruction de la culture ». Or le parcours de ces objets est beaucoup plus complexe… Certaines œuvres ont été achetées, d’autres ont été offertes aux Pères, d’autres encore ont été récupérées dans les rebuts…

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Figurine d’ange au livre. Yoruba. Début XXe s. Nigeria.
Photo Jean-Julien Ney

Noël Baudin sma (1844-1887) témoigne dans une lettre au Père Planque : « … le grand féticheur étant mort, on avait mis hors de sa case tous ses fétiches : je leur demandais pourquoi ils traitaient ainsi leur dieu ; ils m’affirmèrent que les dieux n’y étaient plus ; alors toutes les statues et autres symboles des dieux désormais inutiles avaient été jetés hors de la case. »

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Masque. Wé. Début XXe s. Côte d’Ivoire.
Photo Jean-Julien Ney
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Couronne cérémonielle. Yoruba. Début XXe s. Nigeria.
Photo Jean-Julien Ney

Francis Aupiais sma (1877-1945) a lui aussi contribué à faire connaître les arts africains en Occident et à respecter les coutumes locales. Nommé directeur de l’école de Porto-Novo, il y intègre l’apprentissage des langues indigènes et inscrit l’histoire politique et culturelle du Dahomey au programme scolaire. Il sera sanctionné après s’être s’attiré les foudres de Gaston Doumergue, alors président de la République française, excédé par les critiques du missionnaire envers le système colonial français et le travail forcé…
Le travail des missionnaires, tant en brousse que de retour dans leur pays, n’a pas nécessairement été motivé par l’idée tonitruante de faire « tabula rasa de tout ce que ces hommes croisaient sur leur chemin… L’Histoire se veut bien plus compliquée et, aujourd’hui, les musées et les archives missionnaires se révèlent être un formidable patrimoine humain et le précieux témoignage d’une période encore très mal connue et très empreinte de préjugés.

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Statuette de saint Joseph et de l’Enfant Jésus. Yoruba/Nago. Début XXe s. Bénin.
Photo Jean-Julien Ney
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Masque gèlèdè. Yoruba. Début XXe s. Bénin.
Photo Jean-Julien Ney

Cet ouvrage pluridisciplinaire a été préparé sous la direction scientifique de Laurick Zerbini, maître de conférence en histoire des arts africains à l’université de Lyon, et de Julien Bondaz en collaboration avec cinq historiens de l’art, historiens et anthropologues. Il est préfacé par Abdou Diouf, secrétaire général de la francophonie, et introduit par Merja Laukia, l’actuelle directrice du Musée Africain de Lyon, qui poursuit l’œuvre du Père Boutin [2], et de bien d’autres sma avant lui.
Ce catalogue est aussi un trait d’union entre le travail accompli par les Pères des Missions Africaines et par celui poursuivi par les laïques. Il fera date car il est le premier à présenter la riche collection du Musée Africain de Lyon. Il est aussi l’occasion de rappeler que la Société des Missions Africaines est forte d’une richesse culturelle et humaine qu’il serait aujourd’hui dommage de voir s’effriter, s’étioler, disparaître…

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Siège cérémoniel. Début XX e s. Côte d’Ivoire.
Photo Jean-Julien Ney
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Grande jarre. Fon. Milieu XIXe s. Bénin.
Photo Jean-Julien Ney

Le musée de Lyon en est un de ses plus fiers exemples mais l’Espace Africain de Haguenau, plus modeste, présente lui aussi de belles pièces de collection [3], et l’antenne polonaise de Piwniczna est devenue incontournable avec ses expositions thématiques.

[1] Le Musée Africain est situé au 150, cour Gambetta à Lyon. Il dispose de 750 m² de locaux consacrés à la collection permanente (2 126 pièces) et d’une pièce consacrée aux expositions temporaires. La collection permanente est répartie de manière thématique sur trois niveaux : Vie Quotidienne, Vie Sociale, Vie Religieuse. Vous pouvez vous procurer le catalogue sur Musée Africain.

[2] Pierre Boutin sma s’est occupé de 1997 à 2005 du Musée Africain de Lyon. Grand spécialiste de l’art et de la culture sénoufo, il signe un article intitulé : L’art sénoufo au Musée Africain.

[3] Situé à Haguenau, 1 rue des Missions Africaines, l’Espace Africain réunit les collections des Missions Africaines de Strasbourg. Nous le présentons sur notre site internet : Espace Africain. Pour les visites, contacter le P. Noirot au 03 88 05 44 30.
Certaines de ces œuvres viennent d’être exposées dans le cadre de l’exposition « Héritage Silencieux. Objets africains vus à travers différentes collections alsaciennes » organisée par les étudiants du Master en Muséologie de l’Université de Strasbourg dirigé par M. Roger Somé. Pour plus d’informations vous pouvez consulter la page facebook : « Héritages Silencieux ».

Publié le 26 août 2014 par Valérie Bisson