Aloïs Rauner (1917-2012)

Né le 22 juillet 1917 à Hatten, dans le diocèse de Strasbourg, le Père Aloyse Rauner devint membre des Missions Africaines le 25 juillet 1939 et fut ordonné le 6 janvier 1943. Il enseigna dans les établissements sma de Martigné-Ferchaud, St-Pierre, Haguenau et du Zinswald. Dans ces maisons de la Province de Strasbourg, il œuvra également comme directeur spirituel. Aumônier à Munster, puis à Jaegerthal, il administra la paroisse de St-Pierre et celle de St-Jean-de-Bassel, où il fut l’aumônier de la maison des Sœurs. Retraité à St-Pierre depuis 1983, il est décédé le 27 avril 2012.

Un hommage à l’homme et au prêtre
Lorsqu’en septembre 1946 nous autres, de la génération des enfants de la guerre, nous avons débarqué dans cette grande bâtisse du Petit Séminaire des Missions Africaines, à Haguenau, il était là. Il était jeune. Il était dynamique. Et il était proche de nous, avec son sourire constant et éclatant. Il semblait croquer la vie à pleines dents… Cela nous plaisait. Et, ma foi, nous n’étions pas particulièrement repliés sur nous-mêmes. Nous savions défendre nos intérêts et nos droits à la vie. Nous avions vécu à notre façon cette grande guerre, avec deux exodes à la clef.

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Photo sma strasbourg

Aujourd’hui, vu à quelques kilomètres de distance et avec 60 années de recul, je verrais le Père Rauner plutôt comme un grand frère que comme un professeur. Je sais bien que les êtres humains ont divers visages selon les circonstances. Mais ce que j’ai vécu et qui me reste en souvenir, je le « transcris ici »… scripsi quod scripsi [1], et cela ne s’efface plus… D’autres ont vécu d’autres choses, autrement… je le sais.
A travers Aloïs Rauner, je voudrais rendre hommage à tous ceux qui furent nos maîtres au Petit Séminaire d’alors. Ils étaient souvent cueillis à la descente de la passerelle du bateau de retour, après des années dans la brousse africaine, pour être jetés aux jeunes lions que nous fûmes. A l’appel de leur nom, ils se sont remis à « bosser » leurs classiques pour nous présenter une culture générale valable, et surtout une initiation à la vie missionnaire bourrée d’anecdotes et de vécu.

Je sais qu’Aloïs ne fut pas dans ce cas… Mais il avait été saisi par le même feu, que j’appellerais « sacré » et qui me semble tellement proche aujourd’hui de ce que l’on appelle le « bois sacré » dans les villages africains, où le jeune est « initié » aux secrets de la vie des ancêtres et aux coutumes claniques… Je veux simplement donner ici mon « vécu », tel qu’il est resté en moi…
Nous restions trois mois en moyenne au séminaire sans rentrer à la maison, et nous avions 14 ans… Il est vrai que beaucoup de nos camarades de classe, au village, travaillaient déjà dans les usines des environs… Et il est vrai aussi que dans la platitude du paysage souvent morne de Haguenau, battu par les vents et les pluies, les distractions ne pullulaient pas… En dehors du foot, il n’y avait qu’une promenade le dimanche après-midi… Et aux grands jours un match international… Transmis par la radio !
Je dirais que Aloïs faisait partie de ceux qui avaient à cœur d’égayer notre vie et de jeter quelques rayons lumineux sur le morne quotidien d’un petit séminaire des années 50 sans « infrastructures médiatiques ».
On lui avait confié le chant et la musique, le dessin et, plus tard, les sciences naturelles, en terminale je crois… De « matériel pédagogique », on n’en connaissait alors même pas le nom… Aloïs passait des heures à reproduire sur le tableau noir, avec des craies de couleur, la circulation sanguine, entre autres…

Œuvre éphémère par excellence, qui n’avait comme existence que la durée d’une vêprée, comme dirait le poète… De la gratuité absolue… Tout à fait évangélique…

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Photo sma strasbourg

Beaucoup plus tard, en 1963, il est devenu mon « confrère-prof » au Zinswald. Ensemble, le dimanche matin, nous pérégrinions avec quelques séminaristes vers la base américaine de Phalsbourg, chez nos frères et sœurs US, en 2CV ou en Traction, pour animer la messe dominicale qui, à l’époque, était encore en latin… Il fut même le confident de quelques militaires de la base en mal de solitude.
Il fut surtout mon patient « maître » spirituel qui y a cru jusqu’au bout au milieu de toutes les vicissitudes de mon humaine nature… Mais là, on arrête… Off limits !

A sa manière, Aloïs fait partie des canaux et réseaux de la transmission du charisme missionnaire de la famille de la SMA de l’Est… A principio [2].

Je sais… D’autres ont vécu d’autres choses, autrement… Oui, je le sais… Mais ce que j’ai écrit, je l’ai écrit… parce que je l’ai vécu ainsi…

[1] Ce que j’ai écrit je l’ai écrit (Pilate)… Cela ne s’efface plus.

[2] Dès le commencement…

Publié le 12 novembre 2012 par Jean-Pierre Frey