Antoine Thomas, membre honoraire sma

C’est dans une ambiance bien recueillie et priante que furent célébrées les funérailles de Monsieur Antoine Thomas, membre honoraire sma, le lundi 25 janvier 2016 dans son église paroissiale de Dannelbourg. L’église était comble. Les membres honoraires sma sont venus nombreux rendre hommage à leur collègue. Le Père Albert Kouamé sma, curé de la paroisse, a rappelé le parcours de sa vie. Le Père Jean-Marie Guillaume, Supérieur sma du District de Strasbourg, entouré de nombreux confrères, notamment du Zinswald et de Haguenau, présida l’Eucharistie et prononça l’homélie que nous publions ci-dessous.

Homélie du Père Jean-Marie Guillaume

Ces passages de Saint Jean choisis par sa famille [1], porteurs de foi, d’espérance et d’émotion, correspondent bien à ce qu’Antoine s’est efforcé d’être et de vivre tout au long de sa vie. « Voici le message que nous avons entendu de lui et que nous vous dévoilons. Dieu est lumière, et de ténèbres il n’y a pas trace en lui. »

La vie d’Antoine a été relatée dans le « Républicain Lorrain », le journal régional auquel il a beaucoup contribué, elle est connue. Même s’il a pu faire de brillantes études et s’il a passé toute sa carrière à l’enseignement et à la formation continue, Antoine est resté homme du terroir, attaché au village qui l’a vu naître, attaché à sa famille, celle qui l’a fait naître et éduqué, celle aussi qu’il a lui-même fondée avec son épouse Marie-Thérèse, fortifié par sa foi chrétienne qu’il a reçue des siens et qu’il a cultivée et fait rayonner. Il avait refusé le poste de proviseur au nouveau lycée d’enseignement professionnel en voie de construction à Morhange, qu’on lui proposait, « parce que », écrivait-il, « il me semblait impensable de quitter le village et de fait priver mes parents âgés et mon frère, cultivateur célibataire, de l’aide que nous (mon épouse, mes enfants et moi) leur apportions pour la survie de l’exploitation agricole ». Mis à part le temps des études et de la guerre, il est resté toute sa vie à Dannelbourg, pour lui le plus beau village du monde. Ce fut un drame lorsque, il y a quatre mois, il a dû quitter sa maison pour l’hôpital et un établissement de soin.

Dans la relecture de sa vie qu’il faisait, en 2008, alors qu’il était reçu comme membre honoraire de la Société des Missions Africaines, il rappelait sa petite enfance au village, où il a appris très jeune le travail de la ferme. Il rappelait aussi ses vacances chez son oncle Jean, le frère de son père, qui fut curé à Brouviller et qui l’initiait au latin et au grec, des langues qu’on semble redécouvrir aujourd’hui, ce qui lui a donné le droit d’entrer au petit séminaire de Montigny-les-Metz. Mais, confiait-il, il ne fut jamais heureux en cette maison : « enfermé entre quatre murs, aussi hauts qu’étendus, je me languissais après la liberté du grand air, des bêtes et des champs ». La guerre fait de lui un déserteur et un réfugié au monastère de Ligugé.

Après des études à la Sorbonne, tandis qu’à Paris il logeait chez son oncle, il est nommé à un premier poste d’enseignant au centre d’apprentissage de Sarrebourg, nouvellement créé, chargé d’enseigner les lettres et la législation du travail à de jeunes apprentis. Il continua ensuite à accompagner jeunes et moins jeunes dans le contexte de la formation continue au sein de ce qui s’appelait le GRETA. Il écrit : « le contact avec ces jeunes, la découverte de leurs conditions de travail, les relations avec leurs employeurs, leurs parents, le monde ouvrier, m’ont rapidement convaincu qu’enseigner, dans ce milieu, ne pouvait déboucher qu’à un engagement social. Un engagement qui, du 1er janvier 1949 jusqu’à ma retraite le 20 novembre 1984, s’est intégré au quotidien dans ma vie d’enseignant dans le respect des hommes et des institutions du moment ».

« Ce que nous avons entendu, dit Saint Jean dans la première lecture, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie… nous vous l’annonçons ». Lui, homme du terroir et de la terre, il a aimé participer à la formation professionnelle des jeunes afin qu’ils soient épanouis dans leur métier. Il a lutté pour les conduire au plus haut niveau, souvent malgré la réticence des parents. « J’ai mis trente-six ans et demi de ma vie au service des jeunes et des adultes au cœur d’une profession exigeante et enrichissante. »

C’est alors qu’elle avait 17 ans qu’il rencontra, ou plutôt qu’il aperçut, pour la première fois, Marie-Thérèse, au début 1949, sûr ce jour-là qu’elle serait son épouse ; elle fut son ange accompagnateur… « Nous nous sommes mariés le 12 août 1952, il y a 64 ans, union heureuse », confie-t-il, « d’un amour fidèle, toujours renouvelé. Nous louons le Seigneur pour l’affection, le soutien et les bons moments de rencontre dans notre maison construite à Dannelbourg ». Cette vie en couple fut une vie d’engagement. Il écrit : « Tous les engagements de laïc, dans les mouvements d’Église, je n’aurais pu les assurer sans l’aide de mon épouse, mère au foyer, maman de nos quatre enfants, avec qui j’ai tout partagé ».

Ce fut l’engagement dans l’Action Catholique des Hommes avec le Père Demerlé, sma, nommé curé de Dannelbourg. « C’est lui qui sera à l’origine de ma prise de conscience de la mission des laïcs au sein de l’Église… J’ai répondu en toute simplicité, inconscient du cheminement qui allait s’ouvrir. » Ce fut une longue série de réflexions, récollections, actions, initiation de groupes. Ce fut l’implantation du mouvement et son animation dans le village, dans le canton, dans l’arrondissement. « Ensemble nous avons créé des dizaines d’équipes A.C.G.H dans la région. Appliquant la pédagogie du Voir, Juger, Agir dans les différents thèmes d’année. » Ce fut aussi en 1973 la création d’une équipe du comité catholique contre la faim et le développement (CCFD) dans le canton de Phalsbourg. Il y eut encore l’intégration au groupe des « Résistants », l’animation du Football Club de Sarrebourg, l’organisation du groupe des anciens à Dannelbourg, aux multiples activités, et la fréquentation du Puits de Jacob pour un approfondissement spirituel.

Ainsi très tôt, avec le Père Démerlé, les prêtres des Missions Africaines furent présents dans sa vie. L’animation de la paroisse a été assurée pendant longtemps par les Pères des Missions Africaines, dont le Père Arthur Becker qui, au terme d’un long service, vient de passer le relais à des prêtres plus jeunes venus d’Afrique, Albert Kouamé et Justin Inandjo. Antoine a noué de profondes amitiés avec plusieurs d’entre eux. Nombre de rencontres de l’Action Catholique avaient lieu à la maison SMA du Zinswald, une maison dont Antoine a toujours fait la promotion, rapportant fidèlement, de sa plume d’or, avec enthousiasme et foi, les événements qui s’y déroulaient, comme correspondant du Républicain Lorrain : « ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie – car la vie s’est manifestée et nous avons vu, nous en rendons témoignage ».

Sa plume d’or, à la fin de sa vie, était devenue tremblante, mais il s’efforçait encore de faire parvenir ses messages d’amitié et de communion aux membres de la Société des Missions Africaines, dont il était devenu membre honoraire. Son dernier message dont j’ai eu connaissance date du 8 décembre 2014, jour de notre fête patronale. Il écrit : « C’est un vieillard qui a du mal à utiliser l’ultime outil de ses mains. La SMA reste ma seconde famille. Merci à tous les prêtres sma que j’ai pu rencontrer dans ma longue vie… une vie enrichie par chaque rencontre et pendant laquelle j’ai pu recevoir et donner… Voici Noël. Dieu s’est fait homme en Jésus. Quelle grâce pour toute l’humanité… J’ai encore le bonheur d’être avec tous par la prière. Que le Seigneur vous bénisse tous et vous accompagne ! »

« Que votre cœur ne se trouble pas », dit Jésus dans l’évangile de ce jour. « Que votre cœur ne se trouble pas », semble reprendre Antoine : « Vous croyez en Dieu. Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures ». C’est Jésus, celui qui est le chemin, la vérité et la vie, qui nous rassemble autour d’Antoine. Jésus nous a fait connaître ce Dieu d’Amour. À la suite de Jésus, ses disciples nous l’ont fait connaître et en ont témoigné. Antoine l’a fait connaître et en a largement témoigné tout au long de sa vie : « Voici le message que nous avons entendu de lui et que nous vous dévoilons », dit encore St Jean dans la première lecture : « Dieu est lumière. Nous sommes en communion avec lui… Si nous marchons dans la lumière, comme lui-même est dans la lumière, nous sommes en communion les uns avec les autres. »

[1] 1 Jn, 1-7 et Jn 14, 1-6.

Publié le 10 juin 2016 par Jean-Marie Guillaume