Au-delà des frontières

Le don de soi

Mgr de Marion Bresillac a été une source d’inspiration pour des gens de nombreuses nationalités, en particulier pour des Indiens. Comme missionnaire, il nous incite à chercher le bien chez notre prochain et à vivre pour les autres. Il s’est donné sans compter à la tâche de la mission qu’il s’était assignée. Séminariste à Carcassonne, jeune prêtre à Castelnaudary, missionnaire dans le district de Salem, recteur au collège-séminaire de Pondichery, évêque de Coimbatore et finalement Fondateur des Missions Africaines… partout et toujours il répondu à l’appel de Dieu. Et s’il a pu agir ainsi, c’est grâce à sa foi profonde en Dieu et en sa Parole.

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Nouvelle église de Karumathampatty (Inde).
Photo Lawrence Chinnappan

Les douze années de missionnaire que Marion Brésillac a passées en Inde sont pleines d’expériences et d’aventures exaltantes, aussi bien dans les joies que dans les difficultés. Il appréciait les choses selon la vision d’avenir qu’il avait et en a entretenu l’espoir jusqu’à sa mort. Ses lettres et ses écrits montrent qu’il éprouvait un véritable amour pour ses missionnaires comme pour sa famille et ses amis. Dans toutes les situations, même lorsqu’il démissionna de sa fonction de premier évêque de Coimbatore, il a souhaité le bien de la mission. Il a aimé les Indiens, il a aimé l’Église et il a aimé Dieu qui l’avait appelé pour être missionnaire.

Les nombreux voyages qu’il a faits en Inde en tant que missionnaire lui ont permis d’observer et d’apprécier la simplicité des gens du pays et leur dévotion. Les trajets étaient souvent interminables et pleins de dangers, les journées rudes et difficiles, mais il enseignait le catéchisme partout où il passait. Dans certains endroits, 160 ans après son départ, personne ne lui a succédé. Le village de Martally, par exemple, où il n’est resté que quelques jours, a donné beaucoup de prêtres et de religieux pour le service de Dieu [1].

Un homme qui s’adapte facilement

Pendant son séjour en Inde, Melchior de Marion Brésillac a rencontré des gens simples, qui trouvaient leur joie dans l’accomplissement des petites choses de la vie quotidienne. Il raconte combien il a été stupéfié de voir certains passer la nuit devant leur maison, sous un arbre ou sur une natte, à la merci des tigres, des éléphants et des serpents. Lui-même, durant ses voyages, a dû dormir dans de modestes chapelles de torchis ou de pauvres maisons ; à Coulavourampatty, il lui a fallu rester à l’extérieur a cause des insectes. Il vivait ainsi très simplement, se levant au chant du coq comme n’importe quel villageois.

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Fête du bicentenaire de Mgr Brésillac à Karumathampatty, où il a été ordonné évêque de Coimbatore.
Photo Lawrence Chinnappan

Lorsqu’il fut nommé évêque de Coimbatore, il ne disposait pas d’assez de prêtres pour organiser son nouveau diocèse. Pas de belle église non plus, ni même de cathédrale. A son départ, il laissait un séminaire, un plan pour la cathédrale de Coimbatore et l’argent nécessaire pour la construire. Grâce a son dévouement missionnaire, son diocèse a donné naissance aux diocèses d’Ooty et de Palghat. Son travail pour former un clergé local a largement porté ses fruits : les diocèses de Pondichery, Coimbatore, Salem, Ooty sont bénis par de nombreuses vocations. « Sans être riche, je ne manquais de rien ; on apprend à notre école à se contenter du pur nécessaire et à découvrir qu’il y a bien peu de choses nécessaires à l’homme », dira-t-il aux séminaristes de Carcassonne en 1843. Je ne peux m’empêcher de rapprocher son propos de celui de Gandhi, un peu plus tard : « La civilisation ne consiste pas à multiplier les besoins mais à les réduire volontairement, délibérément. Cela seul amène le vrai bonheur. » Mgr de Marion Brésillac était heureux du peu qu’il avait.

La joie d’un missionnaire

Brésillac pensait que tout le monde, laïcs, clergé et missionnaires, participait à la mission de Jésus. Il croyait fermement que l’éducation transforme la société et efface l’ignorance. Recteur du petit séminaire, il s’est montré un professeur et un directeur efficace. Devant les souffrances des tisserands de son diocèse de Coimbatore, il sut prendre des mesures pour leur venir en aide et transformer leur vie. Il avait en effet beaucoup de compassion pour les gens : la misère que causait la sécheresse ou le choléra ne le fit pas s’enfuir. Il a même voulu que quelques prêtres maîtrisent la philosophie et la tradition indiennes afin d’égaler les personnes les mieux éduquées. Très sensible aux sentiments des autres, il n’aurait voulu les gêner pour rien au monde. Il considérait aussi que la mission devait se faire en harmonie avec la nature.

En son temps, les missionnaires n’étaient pas toujours bien acceptés. Même aujourd’hui, évangéliser l’Inde reste un grand défi car la caste supérieure opprime les castes inférieures. Elle domine la société et a peur du message de Jésus parce qu’elle craint de perdre ses prérogatives, notamment que les femmes soient égales aux hommes. Une large majorité de fondamentalistes hindous est persuadée que les missionnaires récoltent des âmes pour le Christ.

Brésillac vivait à une époque où beaucoup ne connaissaient guère Jésus. Il apportait ainsi la Bonne Nouvelle sans préjugés, bien qu’il ait dû vivre avec les gens de castes différentes. Il aura aimé tout le monde, comprenant bien que sa vocation était spécifique : ad extra, ad gentes, et ad vitam.

[1] Du temps de Brésillac, Martally faisait partie du diocèse de Coimbatore ; il est aujourd’hui dans celui de Mysore.

Publié le 8 octobre 2014 par Francis Kalan Madhan