Au nom de l’égalité

« Tous les hommes sont égaux en droit [1]. » Tout le monde ne le reconnaît pas. Ceux, par exemple, qui tirent avantage d’une société inégalitaire.

Que les hommes ne peuvent être égaux en réalité est un fait brut que seul l’aveuglement provoqué par l’idéologie empêche de voir. Vouloir faire faire à tous les hommes la même chose est simplement stupide, parce que tous ne sont pas pareillement doués. Qu’on donne à chacun sa chance de s’accomplir dans ce pour quoi il est doué. Ce serait possible dans une société idéale, dans le « meilleur des mondes » [2] ? Qu’on se souvienne de la sage comparaison du corps et des membres que fait saint Paul. La tête n’est pas le pied. Leurs fonctions diffèrent : la tête commande aux pieds. Où est le problème ? Crime contre l’égalité, diront certains.

A quelles extrémités n’est-on pas parvenu au nom de l’idéologie égalitaire ! L’égalité est un bel idéal qui, s’il dégénère en idéologie, peut conduire au désastre. Il en est de même pour l’idéologie inverse, celle qui voudrait faire croire qu’il y a une race supérieure, une race de seigneurs. Elle a abouti aux fours crématoires.

Où en est-on arrivé, en voulant imposer l’idéologie égalitaire à tout prix en ne prenant pas compte du facteur temps ? Aux révolutions sanglantes et, plus près de nous, à des génocides. On a déstructuré des sociétés certes inégalitaires mais qui étaient arrivées à des « modus vivendi » souvent séculaires, fruits du bon sens. Chacun y trouvait son compte. On a provoqué des chaos indescriptibles, des milliers de morts, sinon des millions. Bien sûr, puisque le bien finit toujours par triompher, le bien est sorti du mal, en apparence du moins puisque les inégalités n’ont pas disparu.

Faut-il alors canoniser le pragmatisme ? Sans doute pas, mais sûrement le bon sens. Fallait-il passer par tout ce gâchis en vie humaines pour arriver au meilleur des mondes, un monde où on sélectionne et où on conditionne les hommes selon les nécessités d’une société qui reste profondément inégalitaire et qui s’édifie au détriment du bien de tous ? Où peut-on en arriver si on veut transplanter l’au-delà dans le présent, sans autre forme de procès ? Et que faire en attendant ? Faire avec ce qu’on a en visant le mieux. La Palice n’aurait pas dit mieux.

[1] La Déclaration universelle des droits de l’homme.

[2] Voir Aldous Huxley.

Publié le 22 avril 2015 par A. K. sma