Au Togo, le combat de Sœur Marie Stella

Dans un livre bouleversant, cette religieuse togolaise, qui mène une lutte importante auprès des orphelins et des malades du sida, rend hommage à ces « vies emportées ».

« Au Togo où je suis religieuse infirmière, nous avons enterré plus de 50 morts par semaine jusqu’en 2005. » Ainsi commence le bouleversant témoignage de Sœur Marie Stella [1], dans lequel elle rend hommage à Safiétou, Ramatou, Rosalie, Jean... et à « toutes ces vies emportées par l’épidémie de sida ».

Née en 1967 à Dapaong, dans le nord du Togo, Marie Stella pense à devenir religieuse à 15 ans. Après son noviciat chez les Augustines Hospitalières, puis cinq années d’école d’infirmières à Saint-Amand-les-Eaux (Nord) et à Charleroi, en Belgique, elle commence à travailler en 1998 à l’hôpital pédiatrique de Dapaong, tenu par sa communauté.
Cette année-là, sur 90 tests de dépistage du sida, 78 se révèlent positifs. Depuis les années 1980, en effet, le sida ravage cette zone frontalière entre le Bénin, le Ghana et le Burkina Faso, où les hommes partent chercher du travail saisonnier, multipliant les partenaires éphémères. Mais le silence entoure ce drame, parce que cette maladie est liée à la sexualité et parce qu’« en Afrique, lorsqu’on n’a pas de remède contre un mal, on imagine qu’il s’agit d’un mauvais sort. Alors, les malades sont abandonnés, rejetés par leur famille et leur village », écrit Sœur Marie Stella dont le frère, Hippolyte, est mort du sida en 1994.

Face à ce constat accablant, la religieuse fonde « Vivre dans l’espérance », pour sensibiliser la population, soutenir les malades, contribuer à leur intégration sociale et former des volontaires pour les accompagner. Au bout d’un an, l’association accompagne déjà 156 malades. En 2000, avec l’aide de « Maman Rita » et de « Tonton Marcel », Sœur Marie Stella loue une grande maison - nommée Saint-Augustin - pour prendre en charge des centaines d’orphelins et d’enfants séropositifs. Une autre pour les filles - maison Sainte-Monique - ouvrira peu après. « Nous devons jouer tous les rôles : parents, éducateurs, psychologues, conseillers, confidents... », explique la religieuse qui parle avec affection de « (s)es 1 500 enfants ».

C’est alors qu’un article de La Croix [2] lui permet d’acheter deux mobylettes, de recruter ses premiers parrains d’enfants et d’obtenir d’autres soutiens internationaux, notamment celui des lecteurs de Pèlerin (groupe Bayard). À partir de 2006, les traitements antirétroviraux (ARV) ne coûtant plus que 22 € par mois grâce à des subventions de l’État togolais, les malades peuvent être soignés et l’hémorragie a peu à peu ralenti.

Dans La Croix du 18 novembre 2013

[1] Vivre dans l’espérance, avec Sophie Laurant, journaliste à Pèlerin, Bayard.

[2] Sophie LAURANT, Sœur Sida tisse l’espérance avec de petits moyens, dans La Croix du 18 avril 2000.

Publié le 16 avril 2014 par Claire Lesegretain