Audace et bienveillance

Le correspondant de La Croix à Rome a publié les paroles suivantes du Cardinal Walter Kasper au sujet des évêques français et allemands.

Evoquant le récent Synode, le Cardinal a considéré que : « Les évêques sont trop habitués à attendre leurs instructions de Rome. Ils doivent être courageux et prendre leurs responsabilités. Il faut qu’ils s’expriment et parlent fort. Nous n’entendons pas beaucoup les évêques français alors que la France a d’ordinaire des pasteurs de haut niveau. Le même problème se pose en Allemagne [1]. » Les rédacteurs de la revue Gobas-Hebdo confirment : « Nous avons pu constater la même frilosité. » Mgr Dagens (Angoulême) fait figure d’exception, qui « a la franchise de donner une explication à cette absence de débat : la prudence, pour ne pas dire la peur », en désignant l’une des causes de cette absence de débat : la politique ecclésiale dictatoriale depuis trente-quatre ans.

Dans un courrier au Père Jean-Marie Guillaume [2], j’ai mentionné certaines causes de ces dérives en illustrant mon propos avec le livre de L. Basset Oser la bienveillance [3] qui démontre ex professo l’inanité et l’aberration de la doctrine du péché originel en se fondant à la fois sur l’exégèse biblique, sur la psycho-sociologie, et en particulier sur les neuro-sciences [4]. « Si nous voulons une Église vivante et crédible », dit-elle, « une réflexion décapante s’impose d’urgence. » Comment « oser la bienveillance » avec un subconscient et, oui, une conscience « contaminées par un virus de désespérance » ? Dans ce contexte, évêques et prédicateurs ont beau clamer : conversion, solidarité, nouvelle évangélisation… En vain, car notre bonne conscience peut toujours se replier derrière la ligne Maginot des initiatives ponctuelles, louables certes, mais tellement limitées et contrôlées ! Sans le péché originel, dont l’idée remonte au Ve siècle, le baptême prendra son plein sens : chaque baptisé n’est-il pas sacramentellement ordonné prêtre, prophète et roi ? A mettre en œuvre(s). En plus, dans le dessein de Dieu, l’Incarnation du Christ ne se comprendra plus comme un plan B improvisé pour réparer l’échec de la Création... Ouf ! Quelles splendeurs à l’horizon !

En conclusion, lâchons nos prudences frileuses et notre phobie du péché. Oser, cela implique lâcher prise, voire un peu d’inconscience. Le Pape François l’a bien compris. Joignons-nous à sa prière : « Que Dieu m’accorde une saine dose d’inconscience [5]. »

[1] Source : Gobas-Hebdo n°365, p.9 et http//www.la-croix.com/Religion/Actualité/Cardinal-Walter-Kasper

[2] Courrier du 26.12.2014.

[3] (Albin Michel, 2014.

[4] Cf. le rôle des neurones-miroirs.

[5] http//lanacion.com.ar/1750350-pope-francis

Publié le 12 mai 2015 par Fernand Kochert