Avec le Christ dans sa Passion

Il serait injuste de réduire la dévotion au seul désir de satisfaire une requête. Les moines, avec sagesse, surent accepter la foi naïve et fervente des simples fidèles et les conduire à mieux comprendre les mystères de la vie du Christ et de son enseignement. Les Franciscains imaginèrent ainsi la crèche pour la Nativité et le chemin de croix pour la Passion.

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Plaque de l’ancien chemin de croix de Seltz.
Photo Marc Heilig

Gardiens des lieux saints en Palestine, ces religieux dirigeaient le pèlerinage de la Via Dolorosa à Jérusalem. Ils créèrent la dévotion du chemin de croix pour ceux qui ne pouvaient faire le voyage et la diffusèrent en Europe à partir du XIVe s. Grâce à ce parcours, les fidèles pouvaient méditer sur les souffrances du Christ. L’Eglise leur accordait en outre des indulgences. Les Franciscains furent longtemps les seuls autorisés à établir ces chemins de croix, mais ce n’est plus le cas depuis Vatican II.

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Plaque de l’ancien chemin de croix de Seltz.
Photo Marc Heilig

Le nombre et les thèmes des stations, d’abord variables, furent fixés au XVIIIe s. par Clément XII et Benoît XIV à 14 épisodes tirés des évangiles ou d’autres traditions. Lourdes, en 1958, ajouta une 15e station avec la rencontre d’Emmaüs, terminant ainsi sur un motif d’espérance. Jean-Paul II, enfin, remplaça les scènes légendaires des trois chutes de Jésus et de ses rencontres avec sa mère et Véronique par celles du Jardin des Oliviers, du reniement de Pierre et de la promesse au bon larron.

Cette dévotion a toujours connu la faveur des fidèles car elle constitue une catéchèse simple. Seul ou avec sa communauté, le chrétien peut méditer sur les mystères du Christ sans que la présence d’un prêtre soit nécessaire. Il s’unit ainsi à toute l’humanité souffrante en un témoignage d’amour et de compassion.

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Plaque de l’ancien chemin de croix de Seltz.
Photo Marc Heilig

On entend parfois dire que le chemin de croix est une dévotion périmée. C’est une erreur. Il est vrai qu’on s’arrête généralement à la mise au tombeau, sans aller jusqu’à la découverte du tombeau vide, c’est-à-dire la Résurrection, comme si la Passion et la Résurrection étaient deux épisodes séparés qu’on pourrait dissocier sans porter atteinte à la Rédemption. Il s’agit d’une démarche d’adoration, de vénération, d’attachement et de dévouement. Le chemin de croix traduit un élan du cœur et une intelligence de la foi. On constate même une attente nouvelle. Nous ne « suivons » pas le chemin de la croix, nous le vivons, avec Jésus et avec les autres. Le chemin de croix doit toujours être considéré comme une sorte de pèlerinage, ainsi qu’il était à l’origine. Une démarche. On peut le faire à tout moment. C’est tous les jours la Passion, comme c’est tous les jours Pâques et la Résurrection [1].

[1] Pierre Dubois-Dumée, Le chemin de la Croix, Prier n°49, mars 1993, p. 11.

Publié le 28 juin 2011 par Marc Heilig