Bonne année 2014 !

« Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Qu’il fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi… Qu’il t’apporte la paix !  [1] »

« Qu’il t’apporte la paix ! » Paix en Centrafrique
Elle est belle, cette bénédiction du livre des Nombres qui nous est donnée comme premier texte à méditer dans la liturgie du 1er janvier, jour de l’an, fête de Sainte Marie, mère de Dieu ! C’est avec cette bénédiction que je voudrais souhaiter à tous une bonne et heureuse année 2014. Que la paix nous soit donnée comme un don de Dieu, tant il semble difficile, à voir en nous et autour de nous, que la paix vienne des hommes laissés à eux-mêmes. Paix sur la terre aux personnes qu’il aime, chantaient les anges alors que le messager du Seigneur annonçait la naissance du Sauveur.
Lorsque nous souhaitons la paix, prions pour la paix et travaillons à notre manière pour la paix, nous ne pouvons pas ne pas penser à la situation dramatique dans laquelle se trouve le Centrafrique. Nous y sommes sensibilisés par les reportages, journaux télévisés et autres, mais surtout par la présence courageuse là-bas de plusieurs confrères sma, ceux en particulier que nous avons côtoyés pendant plusieurs années dans notre district/province, comme Grégoire et Christophe, ou Nestor Désiré Nongo Aziagbia, évêque de Bossangoa.
Nous savons l’effort que Nestor a déployé pour faire connaître la situation de son pays sur le plan international, sa persistance pour instaurer un dialogue local et son aspiration pour une Église qui soit porteuse d’espérance dans la situation actuelle de son pays : L’Église, chemin de l’homme à Dieu, ne peut qu’exprimer la nouvelle fraternité où l’on se sent solidaire les uns des autres, se soutenant et s’encourageant mutuellement, se répartissant les fardeaux, partageant les moments de bonheur, mais aussi de peine, avançant ensemble dans l’inconnu de la vie. L’image qui transparaît d’une telle Église est celle de la responsabilité. Les hommes se sentent artisans de la nouvelle communauté humaine où la fraternité les rassemble de toute origine et les fait avancer la main dans la main en quête d’un bonheur qui se donne en Jésus-Christ [2].

Emmanuel – Dieu a confiance en nous.
Dans son homélie sur le sens de Noël [3], le Pape François rappelait que cette fête est fête de la confiance et de l’espérance… La raison de notre espérance est que Dieu est avec nous et Dieu a encore confiance en nous !... Il choisit la terre pour demeure, afin d’être avec l’homme et de se laisser trouver là où l’homme passe ses journées dans la joie et dans la douleur. Par conséquent, la terre n’est plus seulement une « vallée de larmes », mais le lieu où Dieu lui-même a planté sa tente, le lieu de la rencontre de Dieu avec l’homme, de la solidarité de Dieu avec les hommes… La présence de Dieu au milieu de l’humanité ne s’est pas réalisée dans un monde idéal, idyllique, mais dans ce monde réel, marqué par beaucoup de choses bonnes et mauvaises, marqué par des divisions, par la méchanceté, la pauvreté, par des tyrannies et des guerres. Il a choisi d’habiter notre histoire telle qu’elle est, avec tout le poids de ses limites et de ses drames…

« Je suis une mission sur cette terre ».
Quelle que soit notre situation, il nous revient toujours de témoigner de notre foi et de continuer notre mission. La parole du Pape François, appelant chaque chrétien à la mission, s’adresse certainement de façon particulière aux personnes qui, comme nous, ont perçu l’appel à donner toute leur vie à la mission : La mission au cœur du peuple n’est ni une partie de ma vie ni un ornement que je peux quitter, ni un appendice ni un moment de l’existence. Elle est quelque chose que je ne peux pas arracher de mon être si je ne veux pas me détruire. Je suis une mission sur cette terre, et pour cela je suis dans ce monde. Je dois reconnaître que je suis comme marqué au feu par cette mission afin d’éclairer, de bénir, de vivifier, de soulager, de guérir, de libérer [4]. La foi n’est pas un fait privé, une conception individualiste, une opinion subjective, mais elle naît d’une écoute et elle est destinée à être prononcée et à devenir annonce [5].
Il est vrai que notre entité sma, appelée « district sma de Strasbourg », sent de plus en plus le poids des ans et la fragilité humaine et psychologique due à l’avancée dans le temps. Là encore nous pouvons prendre en compte quelques paroles de François : Je voudrais redire que les personnes âgées ont toujours été des acteurs de l’Église, et le sont encore… Malgré leurs inévitables infirmités, parfois même graves, les personnes âgées ont toujours été importantes,… indispensables. Elles portent avec elles la mémoire et la sagesse de la vie, pour la transmettre aux autres, et elles participent à juste titre à la mission de l’Église… Même lorsque les capacités cognitives sont réduites ou perdues, l’esprit et le cœur n’interrompent pas le dialogue et la relation avec Dieu [6]. Il nous reste toujours le devoir ou la mission de la prière : Ne perdons jamais le courage de la prière, disait encore François dans son message de Noël lorsqu’il appelait à prier pour la paix en Syrie [7].
Appliquant sur nous la bénédiction du livre des Nombres, puissions-nous rayonner de notre foi à un point tel qu’elle laisse transparaître la lumière de Dieu sur notre visage et qu’elle soit signe de notre joie de croire. La joie, une obligation pour le chrétien ? Sans nul doute, mais elle n’est pas forcément exubérante ou débordante. Se modulant selon les tempéraments et les coups du sort, elle exprime la certitude, parfois très intérieure, que l’avènement du meilleur demeure possible. Elle est un acte de confiance qui irradie tout le corps [8].

Membres de la Société des Missions Africaines, ou rattachés à cette Société par des liens d’amitié et de participation concrète, nous nous sommes laissés inspirés par l’intuition de Melchior de Marion Brésillac, dont nous commémorons cette année le 200ème anniversaire de naissance. Comme le mage Melchior, celui de l’Épiphanie, il est reparti par un autre chemin. Au début de l’année nouvelle, nous célébrons la fête de l’Épiphanie et repartons pour une nouvelle année avec ses incertitudes, mais guidés par notre foi et la conscience que nous avons d’avoir été appelés à la mission.

[1] No, 6, 22.

[2] Nestor Désiré Nongo Aziagbia, évêque de Bossangoa, Dieu à la rencontre des hommes, lettre pastorale pour la fête de la Nativité, 21 décembre 2013, conclusion

[3] Pape François, Homélie du 18 décembre.

[4] Pape François, exhortation apostolique, La joie de l’Évangile, 24 novembre 2013, n°273.

[5] Pape François, Encyclique, La lumière de la foi, 29 juin 2013, n°22.

[6] Pape François aux participants de la XXVIIIe conférence internationale organisée par le Conseil pontifical pour la pastorale de la santé, le 23 novembre 2013. 

[7] Message de Noël, Urbi et Orbi, 25 décembre 2013.

[8] Bruno Bouvet, La Croix du 24/25 décembre 1013, p 2.

Publié le 3 avril 2014 par Jean-Marie Guillaume