Carreaux blancs

On connaît le carré blanc, qui indique qu’une émission de télévision est déconseillée aux enfants (définition du dictionnaire). On connaît aussi les carreaux blancs qui servent de revêtement des murs ; on s’attend à les trouver dans les lieux d’aisance (WC, douches…), dans une cuisine, une boucherie. On s’attend moins à les retrouver comme revêtement de l’intérieur d’une tombe. N’y a-t-il pas confusion des genres : viande d’animaux qu’on vient d’abattre et chair vouée à la décomposition ?

On ne s’attend pas, non plus, à les trouver dans une église, comme revêtement d’autel par exemple. Que penser quand la Bible demande que l’autel du temple soit construit en pierres non taillées ? « Selon la Loi, ils prirent des pierres non taillées et bâtirent un autel nouveau sur le modèle du précédent » lisons-nous en 1 Macc. 4, 47. C’est ce qui est naturel, non artificiel, qui est sacré [1]. Cela ne donne-t-il pas à réfléchir ? Il est vrai qu’au Portugal on trouve ces carreaux sur les murs des églises. Mais ils ne sont pas blancs, ils servent de supports à des dessins artistiques en bleu. C’est autre chose.
Le comble, pour les carreaux blancs, on l’a retrouvé dans une église comme revêtement du banc des célébrants : des morceaux de carreaux blancs cassés (et non blanc cassé) dont on a souligné de couleur noire les joints de maçonnerie. On pensait sans doute bien faire : « noir et blanc », en Afrique. Du plus mauvais effet.

On pourrait dire que « des goûts et des couleurs on ne discute pas », si on ne savait que le goût s’éduque chez les fidèles. On ne parle pas des prêtres, on suppose que leur goût a été éduqué lors de leur formation. Pour se convaincre de cela, qu’on se reporte à la Présentation Générale du Missel Romain, au paragraphe 279, ch. V, XII. « L’ornementation de l’église doit viser à une noble simplicité plutôt qu’à un luxe pompeux. Pour choisir les éléments concourant à sa beauté, on aura le souci de la vérité des choses et on cherchera à s’assurer l’éducation des fidèles et la dignité de tout le lieu sacré. » A se demander si les carreaux de cuisine ou de WC respectent la dignité du lieu sacré. Au paragraphe 253 du même chapitre, cette Présentation Générale dit : « Les demeures sacrées et les objets destinés au culte divinseront vraiment dignes et beaux, capables de signifier et de symboliser les réalités surnaturelles ». Et au paragraphe 257 : « La nature et la beauté du lieu, tout comme le mobilier, manifesteront la sainteté des mystères qu’y s’y célèbrent. »

Qui a dit, bien avant Jean-Paul II, que la beauté sauvera le monde ? Comment cultive-t-on le sens de la beauté ? Comment retrouver le sens de la beauté que possédaient les ancêtres africains de façon innée, à preuve la beauté qu’on trouve dans leurs constructions ? Comment expliquer qu’on en soit arrivé à la culture au rabais qu’on voit aujourd’hui, à une dégénérescence ?

De jeunes moines béninois regardaient le film tiré de l’émission de Georges Duby, Le temps des cathédrales, dont le propos est de faire l’histoire de l’Église à partir des œuvres d’art anciennes. Leur réaction a été de dire : « Pourquoi ne pourrait-on pas faire la même chose chez nous ? » Ils avaient donc été sensibles à la beauté des édifices servant à la liturgie.

Oui, comment retrouver le sens perdu de la beauté ?

[1] Ex 20, 25.

Publié le 9 novembre 2015 par A. K. sma