Célébrer Noël en Inde

L’Inde, berceau de nombreux courants religieux [1], a fort bien su en adapter de nouveaux, comme le christianisme et l’islam. Chacun célèbre ses propres fêtes sur le sol indien tout au long de l’année. L’État et les instances fédérales les reconnaissent et accordent des jours fériés pour ces festivities [2], le trafic des trains et des bus est renforcé afin que les familles puissent se réunir et les fidèles exprimer leur foi. Lors de ces réjouissances, les leaders politiques présentent leurs voeux aux communautés concernées, et certains n’hésitent pas à y prendre part. Tout cela crée dans le pays un ciment qui favorise l’entente entre des populations très diverses. Les fêtes religieuses, en Inde, sont très colorées et animées mais, bien qu’elles soient souvent bruyantes et parfois redoutables pour l’environnement, leur caractère confraternel permet une forte solidarité envers les moins privilégiés.

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Élèves lors de la fête de Noël à Karumathur-Madurai
Photo R. Sagayam

Les Noëls de Mgr Brésillac en Inde

Mgr de Marion Brésillac a décrit dans ses Souvenirs son premier Noël à Pondichéry et les crèches qu’il y a vues. Durant les douze années qu’il passa en Inde, il a célébré la fête de la Nativité en différents endroits avec ses prêtres et la population [3].

Puis, viennent les fêtes de Noël et du premier de l’An. Comme partout, la fête de Noël est populaire et joyeuse. (…) Il va sans dire qu’on place dans l’église une representation de la crèche, et que les femmes de l’assemblée battent doucement des mains ou se frappent les joues, en signe de joie à la vue de la statue du petit enfant, que tout le monde salue par des chants d’allégrese.
Dans presque toutes les maisons chrétiennes on renouvelle cette représentation. Les riches font quelquefois une dépense considérable pour avoir chez eux une belle crèche. Le soir, elle est illuminée, on chante des cantiques, on fait de la musique, et l’on va d’une maison à l’autre pour faire les visites de la crèche. Il y en avait qui étaient réellement parées avec goût et qui respiraient la foi et la piété. Presque toujours on remarquait des accessoires originaux ou puérils. Ainsi, des poupées de toutes les sortes, de petits bonshommes en terre cuite ou en carton, des ouvrages de cire imitant des fruits ou des fleurs. Après avoir salué Marie et Jésus par un « Pater » et un « Ave », on s’asseyait, et alors commençait le chant des cantiques, longs et monotones, accompagnés d’une musique d’intérieur. Ici, pas d’instruments à vent à cause de l’impureté de la salive ; aucun d’ailleurs de ces instruments qui ne sont entre les mains que des parias, des barbiers ou des blanchisseurs. Quelques mauvais tambourins, des grelots, des petites cymbales, et une énorme cruche sur laquelle on tape avec quelque mesure. Ces visites durent jusqu’à la fête des Rois. Malheureusement, elles son sujettes à dégénérer en abus. Jusqu’ici néanmoins, il ne me paraît pas que les abus aient été assez grands pour rendre mauvaise une chose louable.

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Le repas du soir après la fête de Noël
Photo R. Sagayam

Noël réunit tout le monde

Noël est célébré avec faste dans ce pays à majorité hindouiste. Les chrétiens ne représentent qu’une minorité, mais les fidèles des autres religions apprécient qu’ils célèbrent la naissance de Jésus car Noël apporte joie, bonheur et bénédictions et participe ainsi à l’unité nationale. Les hindouistes, en particulier, portent une grande admiration aux valeurs et aux personnages de la Bible, surtout à la Vierge Marie et à Jésus, le Bon Pasteur. La diversité religieuse du pays se retrouve dans toutes les mailles de la société. Les institutions scolaires catholiques, par exemple, accueillent des élèves de toute confession. Dans les écoles, on fête Noël avant que les enfants ne partent en vacances ; on y monte de belles crèches, et tous assistent à la messe et participent à des activités culturelles. Dans les familles, qui sont elles aussi fréquemment multi-confessionnelles, les chrétiens invitent tout le monde à leur table pour partager les plats et les patisseries qu’ils ont préparés. On visite les personnes âgées et les orphelins, afin que tout le monde ait part à la fête.

L’Église catholique célèbre Noël en communion avec les autres Églises, comme les Protestants : on se rassemble pour prier et chanter ensemble. Dès le début de sa présence en Inde, la Société des Missions Africaines s’est investie dans l’aide aux enfants pauvres qui vivent autour de nos maisons de Chennai [4], Madurai et Coimbatore. De nombreuses familles d’Alsace, par l’intermédiare du P. Marcel Schneider, soutiennent financièrement le parcours scolaire de ces enfants, dont les parents, pour la plupart, ne sont jamais allés à l’école. Pour Noël, même s’ils sont souvent de confession hindouiste, ces enfants préparent des chants et des danses ; à la fin de la fête, ils reçoivent des vêtements et des cadeaux.

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Fête de Noël SMA à Illam-Karumathur
Photo R. Sagayam

Partout dans le monde à cette période de l’année, les Indiens célèbrent « Oli Vizha », la Fête de la Lumière. Elle s’accompagne toujours d’un grand élan de solidarité. Dans le diocèse de Strasbourg, les communautés tamoules de Strasbourg, Colmar et Mulhouse réunissent des fonds pour venir en aide aux enfants, aux veuves et à ceux qui ont souffert de la guerre civile au Sri Lanka. Les Hindous se rendent à l’église pour recevoir les bénédictions de Dieu, qui vint sur cette terre comme le Sauveur. Ainsi Noël permet-il de partager ce que l’on a avec les autres.

[1] Par exemple l’hindouisme, le bouddhisme, le jaïnisme, le sikhisme…

[2] L’Inde est le pays où les jours fériés sont les plus nombreux.

[3] Nous citons ici quelques extraits. Pour le texte complet, cf. Marion Bresillac, Souvenirs de 12 ans de mission, Médiaspaul, 1987,p. 179-180.

[4] Chennai est le nouveau nom de Madras.

Publié le 24 janvier 2017 par Francis Madhan Kalan