Centrafrique : entre espoir et lassitude

Depuis décembre 2012, la Centrafrique est ravagée par de terribles affrontements et des exactions. Ces derniers temps, les media parlent de moins en moins de ce drame. J’étais à Bangui en juillet dernier, et j’ai pu me rendre compte de cette descente aux enfers. Le pays va très mal !

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Des enfants dans un camp de déplacés de Bangui.
Photo Justin Ketté

La situation dans la capitale semble sous contrôle, même si certains quartiers comme ceux des 3e, 4e et 5e arrondissements restent encore sensibles, du fait de la concentration des éléments armés. Le vaste camp des déplacés de Mpoko, autour de l’aéroport de Bangui, plante le décor pour tout visiteur qui débarque. Ce camp accueillait jusqu’à 100 000 déplacés ; aujourd’hui, il compte quelques 37 000 personnes qui vivent dans des conditions sanitaires déplorables. Plusieurs autres sites, dans des églises et des écoles, grouillent encore de déplacés. Un autre signe de cette lente amélioration de la situation à Bangui est la présence de nombreux check-points sur les principaux axes, des barrières tenues par les forces internationales africaines et européennes.

Dans les rues, la peur se lit sur tous les visages et une certaine exaspération domine les conversations. Les stigmates des violences et des pillages sont encore visibles : maisons incendiées ou détruites, boutiques et échoppes saccagées, véhicules calcinés... Aux abords de certains sites de déplacés, on voit des tombes, comme à l’entrée de la paroisse Saint-Charles Lwanga de Bégoua, tenue par les prêtres des Missions Africaines, à la sortie nord de Bangui. Ce sont les tombes des victimes des attaques des rebelles Séléka. Certains quartiers sont méconnaissables tant la destruction des maisons a été systématique ; on dirait qu’une tornade a rasé les bâtiments. A la tombée de la nuit, la psychose gagne les esprits. Les rues habituellement bruyantes se vident ; seuls les véhicules des forces internationales patrouillent. Les nuits banguissoises sont rythmées par des tirs d’armes automatiques. La peur au ventre, on essaie de se mettre à l’abri le plus tôt possible, chacun priant son Dieu de le garder en vie jusqu’au petit matin.

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Campd de déplacés à Bangui.
Photo Justin Ketté

Si la capitale va mieux, la situation est loin de s’améliorer dans le reste du pays, surtout au centre et au nord-est du pays. Les axes routiers vers les villes du centre et du nord sont coupés depuis belle lurette ; aucun véhicule ne s’y aventure. C’est la zone du non-droit. Les rebelles de la Séléka et les milices anti-balaka continuent de s’affronter. Les pauvres civils n’ont que la brousse et les églises pour seuls refuges. J’étais encore à Bangui quand, le 6 juillet, l’évêché de Bambari, la grande ville du centre où les rebelles ont établi leur quartier général, a été attaqué à l’arme automatique en plein jour. Bilan : une quarantaine de morts parmi les déplacés civils qui s’étaient réfugiés à la cathédrale.

Du 21 au 23 juillet 2014 se sont tenus à Brazzaville des pourparlers de paix entre les différents protagonistes de la crise centrafricaine, rebelles de la Séléka et milices anti-balaka, en présence des représentants des partis politiques, de la société civile et des confessions religieuses. Les représentants de la Séléka ont réclamé la partition du pays avant de se rétracter. Les accords signés au sortir de ces pourparlers stipulent la fin des hostilités. Mais les dissensions internes aux principaux groupes armés font planer le doute sur l’application de ces accords. Les armes continuent de parler sur la ligne de front au centre du pays.

Désormais, les yeux des Centrafricains sont tournés vers le déploiement des 12 000 casques bleus de la MINUSCA [1], prévu pour débuter le 15 septembre prochain. Pourront-ils changer la donne sur le terrain et ramener la paix dans un pays ravagé par 2 ans de conflit meurtrier ? On ne peut que l’espérer, avec le secours du bon Dieu.

[1] Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation en République Centrafricaine.

Publié le 24 novembre 2014 par Justin-Sylvestre Kette