Chanter la vie

Il suffit de parcourir la presse écrite, de suivre le journal parlé ou télévisé pour se rendre compte du pessimisme ambiant. Les faits divers mettent en exergue le blocage du système. Rien ne semble tourner rond, tout est grippé. Le système social est en faillite. Les anciennes générations déplorent la décadence morale galopante qui affecte inéluctablement les relations que les hommes entretiennent les uns avec les autres.

Ah ! le bon vieux temps… se rappellent-elles avec nostalgie. Le tableau est sombre et les perspectives sont inquiétantes : crise, chômage, précarité, vulnérabilité des civilisations, sans oublier les catastrophes naturelles, les épidémies et même la méchanceté humaine. Pour certains, ce constat ne joue pas dans la surenchère. Il n’est que la description pragmatique de la réalité. C’est le cataclysme des fins dernières tel qu’il est présenté dans les récits de l’apocalypse.

Face à ce pragmatisme mortifère, l’optimisme ferait-il preuve d’une certaine naïveté ? Au-delà des défis auxquels l’homme est soumis, le mystère de la vie émerge parfois là où on s’y attend le moins. La vie naît des cendres. Telle est la profonde conviction qui m’habite.

Au cœur des massacres interethniques qui opposaient les Burundais les uns aux autres, le témoignage de Marguerite Barankitsé manifeste la victoire de l’amour sur la haine et les forces de la mort. Au risque de sa propre vie, elle a créé un environnement humain où des milliers d’enfants ont été sauvés de la mort. Par ailleurs, je retiens le sourire de ce jeune Haïtien tiré des décombres et dont la première préoccupation était de rendre grâce au Seigneur.

Que dire de l’actualité politique au Maghreb et au Moyen-Orient ? Ce printemps arabe, comme le qualifient certains observateurs, manifeste la détermination du petit peuple à se prendre en main. Qui aurait pu le croire ? C’est à juste titre que beaucoup de pays occidentaux se sont mépris sur l’importance de ce mouvement. Cette fois, la soif de liberté exprimée par le peuple a eu raison des intérêts politico-économiques défendus par des systèmes profondément ancrés depuis des décennies.

Ce vent de liberté a été irrésistible, emportant tout sur son passage. Des hommes et des femmes qui se sentaient opprimés, bafoués et exploités, peuvent dorénavant relever l’échine. Ils ont enfin retrouvé une certaine dignité, même si fondamentalement rien n’a changé du jour au lendemain dans leurs conditions de vie. Cette fierté qu’ils ont laborieusement reconquise vaut son pesant d’or.

Les difficultés sont certes réelles, et même nombreuses. Toutefois tout est grâce. En dépit des réticences et des résistances, personne ne saurait mettre en cause le grand élan de solidarité qui engage les hommes dans le combat en faveur de la justice, pour la sauvegarde de la planète et contre la faim et la violence. Avec des moyens limités, chacun est encouragé à promouvoir un monde meilleur où le vivre-ensemble est exalté. Comment ne pas se laisser porter par cet optimisme ? En effet, rêver c’est croire en ses propres capacités et en un avenir qui enchante l’homme.

Dans cette dynamique du vivre-ensemble et de l’exaltation du respect de l’autre, nous ne pouvons que célébrer la consécration de l’humanisation des rapports interpersonnels. Oser espérer en dépit de l’espérance, tel est le défi que chacun est tenu de relever. Laissons donc déborder notre optimisme en chantant la vie de Dieu en chacun de nos frères et sœurs !

Publié le 9 juin 2011 par Nestor Nongo Aziagbia