Claude Masson sma (1932-2014)

Un itinéraire discret de dévouement et de fidélité.

Claude Masson est né le 29 septembre 1932 à Stenay (diocèse de Verdun), une petite ville de la Meuse à mi-chemin entre Longwy et Montmédy. Ses parents étaient confiseurs-pâtissiers. Son père s’est dit « très heureux de voir son fils prêtre missionnaire ». Claude termine ses études primaires à Vermenton, dans l’Yonne, où sa famille s’était repliée pendant la guerre. C’est là qu’il reçoit le sacrement de confirmation le 9 novembre 1942.

JPEG - 84.3 ko
Le Père Claude Masson.
Photo SMA Strasbourg

Études
Il rejoint le Lycée J. Decour à Paris de 1943 à 1945. Admis en quatrième au collège de la Malgrange à Jarville-Nancy en octobre 1945, il y reste jusqu’en 1949 et passe avec succès la première partie du baccalauréat. Pour sa dernière année d’études secondaires (1949-50), il entre à l’École Saint-Sigisbert de Nancy. Ayant choisi les mathématiques, contrairement à l’avis de ses professeurs, et peu préparé pour cette option malgré un travail acharné, il n’obtient pas la deuxième partie du baccalauréat. L’impression qu’il laisse dans les établissements qu’il a fréquentés est généralement bonne. Il jouit de l’estime et de l’amitié de ses camarades et de ses maîtres. Très sérieux dans ses études et son comportement, il est doté d’une grande énergie, mais effacé et quelque peu timide. Il cherche sa voie et demande des renseignements sur la Société des Missions Africaines. En juillet 1950, il fait une retraite de discernement à Haguenau à l’occasion d’une prise de soutane. Il est alors admis pour les deux ans de philosophie et noviciat à Chanly, de 1950 à 1952, et émet le premier serment d’appartenance à la SMA le 25 juillet 1952.

Il accomplit ensuite son service militaire qui dure 18 mois (1952-54) en Algérie, près de Constantine : « Cela me permettra de connaître un peu l’Afrique du Nord. De toute façon, c’est déjà l’Afrique et même un peu l’A.O.F. [1] ». Dans un souci apostolique, il s’efforce d’animer un cercle d’amitié à la caserne. Il rejoint le grand séminaire des Missions Africaines de Lyon en octobre 1954. En mai 1956, il est rappelé à l’armée pour six mois lors des événements d’Algérie. Il constate avec peine combien l’atmosphère de guerre a changé le pays par rapport à son premier séjour où l’environnement était plutôt serein et pacifique.

Revenu au 150 cours Gambetta, il poursuit patiemment ses études de théologie. Il émet son serment perpétuel le 24 mars 1957, et le lendemain est ordonné sous-diacre. Il est ordonné prêtre le 15 février 1958. Devant terminer sa théologie début avril 1958, il aimerait savoir où il serait envoyé. Le 25 mars, il écrit au Provincial : « Sur le point de terminer mes études au grand séminaire de Lyon, je vous serais reconnaissant de bien vouloir m’annoncer quelle destination je devrai prendre ensuite… Comme jeune prêtre je serais très heureux de faire connaissance le plus tôt possible avec l’Afrique noire. Cependant, si les nécessités des maisons de France vous obligeaient à me laisser quelque temps en Europe, soyez assuré que je me ferai un plaisir de suivre vos désirs ». Le 1er avril, il est nommé pour l’école apostolique de Saint-Pierre, dont le supérieur était le Père Sirlinger. L’année scolaire terminée, il est affecté au diocèse de Sokodé qui « avait un besoin urgent d’ouvriers apostoliques » et où il pourrait « trouver la plus belle occasion d’activité missionnaire, telle que peut la désirer sa jeune et généreuse ardeur ».

JPEG - 112.8 ko
De g. à dr. : les PP. Claude Masson, Marcel Singer et Aloyse Brunner.
Photo SMA Strasbourg

Dix ans d’enseignement au Togo
Il reste dix ans au Togo, d’abord comme enseignant au collège secondaire de Lama-Kara, qui venait d’être construit par le Père Jean Perrin. Il est en même temps vicaire à la paroisse de 1958 à 1960. Le collège est ensuite pris en charge par les frères marianistes et prend le nom de Collège Chaminade. Claude devient alors directeur des Petits Clercs à Aledjo, économe de la maison et vicaire à la paroisse de 1960 à 1961. De 1961 à 1962 il est vicaire coopérateur à Niamtougou et, en 1963, il retrouve Aledjo comme enseignant au petit séminaire. À son retour de congé en septembre, il apprend qu’il doit remplacer un prêtre momentanément absent de Lama-Kara : « J’ai jugé préférable de refuser de partir pour Lama-Kara. C’est une nomination provisoire. D’après ce qui m’a été dit, je suis plutôt destiné à l’enseignement… Je demande à être employé au collège St-Joseph à Lomé ».

Ainsi, tout en étant rattaché au diocèse de Sokodé, il devient professeur de mathématiques au collège St-Joseph de 1963 à 1968. Il y laisse la réputation d’un professeur rigoureux et travailleur. Après cinq ans d’enseignement à Lomé, il obtient de Mgr Dosseh la permission de quitter le collège et voudrait retourner au diocèse de Sokodé. Mgr Bakpessi lui propose la mission de Bassari, alors qu’il aurait aimé avoir un poste d’enseignant.

Dix ans au secrétariat général à Rome
L’Assemblée générale de 1968 avait décidé la création d’un secrétariat central sma. Les Pères McCarthy, Gantly et Douau y furent nommés au lendemain de l’Assemblée. Le Père Claude Masson rejoint l’équipe en janvier 1969. « Il apporte au secrétariat son dynamisme et son expérience de dix ans de mission [2] ». « La fonction du secrétariat central est : de promouvoir l’étude et la recherche dans les domaines qui pourraient être bénéfiques aux missions, d’en communiquer les résultats aux membres de la SMA, de préparer aux autorités (Gouvernement Central et autorités provinciales) tous les programmes particuliers ou les orientations qui pourraient être indiqués. Le secrétariat central pourra aussi servir d’organe de liaison entre les membres sma et les autorités de la Société. Par son bulletin de liaison, il pourra chercher à assurer une large participation dans l’élaboration des décisions et des programmes. Ce bulletin deviendra ainsi un forum de consultation des membres et d’échanges d’idées. Il accueillera ainsi l’intervention de spécialistes (sma et autres). L’intention présente du secrétariat est de publier chaque mois des informations, et chaque trimestre – si possible - un bulletin… [3] ».

Ce programme ambitieux sera exécuté de façon assez régulière pendant une dizaine d’années. Claude était particulièrement chargé de la mise en page et de l’édition de ces publications. Il participait aussi à la collection et à la rédaction des données. L’Assemblée générale de 1978, avec son lot de documentation préparatoire, son suivi et les éditions provisoires des textes adoptés, fut la dernière étape du travail à Rome auquel il participa.

Quinze ans en paroisse
« Cela fait près de dix ans que je suis arrivé ici à Rome… Je ne regrette pas ces deux « lustres » passés au centre de la Société. Mais l’éloignement de la Province commence à devenir pesant. Aussi j’aimerais pouvoir enfin reprendre contact avec la réalité vécue sur place dans notre Province. Je serais content de pouvoir rentrer en France également pour une autre raison. Ma mère a maintenant 77 ans et vit seule dans sa maison de Stenay… J’aimerais donc lui rester proche pendant ces prochaines années [4] ». Le 3 août 1978, à son retour de Rome, il est nommé économe de la maison de Saint-Pierre avec l’idée que « sa tâche lui laisserait assez de temps pour préparer un diplôme qui puisse l’habiliter à enseigner dans un collège secondaire, soit en France, soit en Afrique ».

JPEG - 140.5 ko
de g. à dr. : les PP. Bernard Vonderscher, Claude Masson, Roger Moritz et Gérard Althuser.
Photo SMA Strasbourg

Il restera un an à Saint-Pierre [5]. Muté à Haguenau, il reprend sa tâche d’enseignant à la rentrée 1979. En 1982, il demande à aller en paroisse : « Je n’entends pas « lâcher » les Missions Africaines. Mais j’aimerais travailler dans un milieu francophone et ici, ce n’est pas toujours évident. Ensuite je voudrais trouver en paroisse un peu plus de calme et oublier les tiraillements de la communauté de Haguenau ». Il est nommé prêtre administrateur à Avricourt, dans le diocèse de Metz. Il est rattaché à la communauté sma du Zinswald, qu’il visite souvent surtout dans les premières années de sa vie en paroisse. Il sert la communauté d’Avricourt et les villages qui y sont rattachés avec beaucoup de zèle et de discrétion. Les paroissiens lui manifesteront leur attachement et leur étonnement lorsqu’il doit se retirer précipitamment en août 1997. Il rejoint Saint-Pierre et reste disponible pour les différents services de la communauté sma et des paroisses environnantes.

Dix ans au service des « assurances »
Lorsque le Père Gérard Althuser décède en janvier 2002, Claude s’offre spontanément pour prendre la relève de la gestion des « assurances » auxquelles sont affiliés les confrères. Il suit les dossiers avec beaucoup de dévouement, de minutie et de patience. Mais la santé lui fait défaut, il doit subir une grosse opération aux intestins, dont il se remet avec peine… Le mal s’acharne. Au bout de dix ans de service, il doit passer la gestion des assurances à sœur Thérèse. C’est dans la discrétion, comme il a vécu, sans parler beaucoup de lui-même, qu’il est parti vers l’autre rive ce 6 juillet 2014, à 82 ans.

[1] Lettre du 2 mai 1953.

[2] Newsletter SMA n°3, janvier-février 1969, p. 3.

[3] Newsletter SMA n°1, 15 novembre 1968 p. 1.

[4] Lettre au Provincial de Strasbourg.

[5] Il sera remplacé par Pierre Kunegel, puis Gérard Althuser.

Publié le 24 novembre 2014 par Jean-Marie Guillaume