Conflits au Turkana

Le Turkana occupe tout le semi-désert, dans le District de Turkana et la Province de la « Rift Valley », au nord de la République du Kenya, faisant frontière d’une part avec l’Ouganda et d’autre part avec le Soudan du Sud.
Les Turkanas constituent la seconde communauté pastorale la plus grande du Kenya. C’est un peuple nomade. Leur activité essentielle est l’élevage de bétail, chèvres, chameaux etc. C’est leur ressource principale, voire unique.

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Paysage du Turkana.
Photo Jean-Marie Guillaume

Bien que vivant dans un milieu semi-aride où manquent l’eau et l’herbe de pâturage, les animaux survivent et se multiplient. Dans la même province vivent les Pokots, une tribu rivale des Turkanas, qui est connue pour le vol d’animaux. En réalité, selon les informations reçues, les deux communautés se volent l’une l’autre et sont en conflit depuis des années. Cela s’est désormais transformé en une véritable guerilla.

Partant de cette brève présentation, certaines questions méritent d’être posées. Quels sont les signes de l’insécurité chez les Turkanas ? Quelles en seraient les causes ? Enfin, quelle expérience en ai-je fait pendant mes séjours sur la terre turkana ?

Les signes en sont nombreux. Le plus visible et le plus inquiétant est la présence de civils armés parallèlement à la police d’État. Tous se reconnaissent et se respectent mutuellement et, sans même aller au-delà, l’instabilité se manifeste déjà dans l’existence de ces deux camps, civils et policiers, par leur tenue ou par leurs réactions. Les soi-disant « civils armés » agissent pour protéger leur lopin de terre, leurs animaux et la population contre la communauté opposée, qui peut les attaquer à tout moment. Dans ce cas, les policiers restent neutres et essayent de calmer les deux adversaires, ce qui n’est pas facile à faire. Un autre signe est le meurtre de nombreuses personnes par des hommes armés dont on ignore l’identité. Ou encore le vol de bétail d’une communauté à une autre, comme je l’ai dit.

La cause de cet antagonisme vient de cette mésentente entre Pokots et Turkanas. De part et d’autre on se met en armes pour combattre quiconque viendrait du camp adverse voler du bétail ou menacer la communauté. Étant donné que les animaux sont leur seule richesse, ces clans ne se laissent pas faire. Malheureusement, ils attaquent même les voyageurs, pensant que certains de leurs ennemis se trouvent parmi eux. Tout cela cause bien du tort, aux passagers comme aux résidents. Par ailleurs, le milieu semi-désertique favorise les bandits, qui peuvent y trouver refuge facilement.

Vivre sous cette menace permanente est donc une réalité sur la terre du Turkana. Ainsi, durant notre voyage de Nairobi à Lodwar, nous avons dû dormir dans un poste de police car il se faisait tard et nous ne pouvions continuer jusqu’à destination de crainte d’être attaqués. Qui plus est, nous ne pouvions même pas aller chercher à manger dans le village voisin. Notre bus avait en effet été assailli quelques mois auparavant par des civils bien armés et l’intervention de la police nationale avait donné lieu à une bataille générale. Selon les dires d’un résident, des personnes avaient été tuées et d’autres grièvement blessées.

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Au Turkana.
Photo Gianni Carrea

Pendant mon stage pastoral dans la mission SMA de Lorgum, à Lodwar, je visitais les fidèles dans leurs différentes stations. C’était pour moi l’occasion de parler avec eux et d’écouter ce qu’ils avaient à dire, notamment sur leur désaccord. Bien que beaucoup ne parlent que le turkana, il y avait toujours un catéchiste qui parlait anglais et facilitait notre communication. J’ai pu me rendre compte ainsi qu’ils sont réellement confrontés à ce problème, dont l’origine, à mon sens, se trouve dans l’opposition entre les deux tribus.

C’est un triste constat, particulièrement alors que les routes sont en mauvais état. Tous, passagers et résidents, en souffrent énormément. Et cette situation persiste malgré la présence de la police nationale. La méfiance serait fortement diminuée si l’on pouvait faire que les communautés s’entendent. La réconciliation effacerait le différend et rétablirait la paix.

Comment faciliter ce rapprochement ? Les agents pastoraux peuvent jouer un rôle important mais ils ne sont pas nombreux dans cette région. Certains pourtant, comme le Père Patrick Divine sma, ont d’ores et déjà beaucoup travaillé dans ce sens. C’est un appel que je lance à tous.

Publié le 16 mars 2015 par Armand Mayumbu Maku