Construire l’Eglise de Dieu

Le Père Jean-Marie Guillaume, Supérieur Général sma, a répondu à l’invitation du Père Jean Perrin pour la bénédiction du sanctuaire Notre Dame de la Merci et la célébration de ses 60 ans de sacerdoce, le 2 juillet 2011. C’est lui qui a prononcé l’homélie de la fête que nous publions ci-dessous.

Nous avons été convoqués pour une grande action de grâce et c’est avec joie que nous sommes venus, parfois de très loin. Cette célébration concerne deux événements étroitement liés, les soixante ans de sacerdoce missionnaire du Père Jean Perrin et l’inauguration du sanctuaire Notre Dame de la Merci.

Notre Dame de la Merci, la Vierge Marie, a accompagné le Père Jean Perrin pendant toute sa vie. Déjà au jour de son Baptême, il y a 86 ans, selon la coutume locale, il a été présenté à la Vierge Marie pour qu’elle le protège et le guide. Pendant la guerre 1939-1945, alors qu’il était en captivité, le jeune séminariste Jean avait promis à la Vierge Marie que, s’il s’en sortait, il bâtirait un sanctuaire dédié à Notre Dame. Cette promesse ne l’a jamais quitté, le projet a mis longtemps pour mûrir, il fallait qu’il soit digne et grandiose, et il y avait d’autres urgences que le jeune missionnaire s’était données. Notre Dame a su attendre, comme souvent, car tout en elle est en fonction de son Fils. Et aujourd’hui, en reconnaissance aussi pour soixante ans de vie sacerdotale missionnaire, c’est l’inauguration de ce sanctuaire posé comme une grande tente au nord-est de la ville de Sotouboua. Entre temps cependant, le Père Perrin, fidèle au chapelet quotidien, n’a jamais failli de prier Notre Dame.

Durant ses soixante ans de vie missionnaire, depuis sa première nomination à Kara, en 1952, le Père Perrin n’a cessé de construire. On dit qu’il est né avec une maladie incurable, qu’il l’a même développée avec plaisir, la maladie du ciment. Partout où il a passé, Kara, Sokodé, Blitta, Yomaboua, Tchébébé, Sotouboua, le Père Perrin a construit. En 1992, il avait pourtant décidé de prendre une retraite semi-active à Yomaboua ; il avait 67 ans, mais la maladie du ciment a repris, avec plus de force parce que s’y étaient ajoutées l’expérience et la sagesse. Toutes ces constructions avaient un but et entraient dans le cadre de l’évangélisation, ce pourquoi le Père Perrin était devenu missionnaire.

Car le Père Jean était bien loin de négliger la pastorale ordinaire, celle de la catéchèse, de la visite des villages, des collèges, des liens qu’il fallait bâtir entre les gens. Il est impossible de compter les chapelles et églises qu’il a édifiées. Sa philosophie, derrière ces constructions de chapelles jusque dans les plus petits villages, est simple : « il y a des chrétiens dispersés partout. Donnez-leur un lieu de culte décent, ils y viendront et la communauté va se développer. ». C’est ce qui est arrivé dans l’ensemble des villages qu’il a visités.

L’œuvre d’évangélisation du Père Perrin a toujours été dirigée vers le développement humain et social qui va de pair avec l’annonce de la Parole ; dispensaires et écoles et même maternités ont toujours fait partie de ses projets. De ses nombreuses constructions à Blitta, je retiendrai l’audacieux chantier du grand pont sur l’Anié. Ne construit-on pas un pont pour relier les gens entre eux ? J’y ajoute la création de la fanfare et du groupe des majorettes, fruits des talents du Père Perrin, deux œuvres qu’il a su recréer ailleurs et qui font la joie de nos yeux et de nos oreilles dans cette liturgie si animée. Personne d’ailleurs n’arrive à comprendre que le Père Perrin, dont la surdité est devenue légendaire, continue à enseigner la musique et à former des organistes.

La crise financière actuelle, l’option d’aide au développement, qui souvent exclut les demandes de fonds en faveur d’édifices religieux, ne l’ont pas découragé. Les organismes qui, dans le passé, accordaient des aides pour les projets de développement qu’il présentait, ont écarté toute demande pour le sanctuaire. Mais le Père Perrin a redoublé de foi et d’audace. « Marie y pourvoira », répétait-il. Il a alerté ses amis les plus proches et les plus fidèles, ceux qui connaissent depuis longtemps son efficacité et son entêtement. De petites sommes sont arrivées de différentes directions... quelques apports inattendus plus substantiels, comme celui des Pères de la Merci, ont permis que les travaux puissent commencer.

« Votre descendance sera célèbre parmi les nations et votre postérité au milieu des peuples [1]. » Cette parole, qui est le début de la première lecture et qui introduit une immense action de grâce pour les œuvres accomplies par l’envoyé du Seigneur, s’applique à la Vierge Marie [2]. Mais elle peut s’appliquer aussi au Père Perrin, dont les œuvres sont bénies et appréciées par les générations de chrétiens qui reconnaissent en lui celui qui les a rassemblés dans la foi et la charité.

Personne ne sait combien de temps encore le Père Perrin va tenir, mais ce que nous savons, c’est qu’il est toujours rempli de foi et de projets et que les structures qu’il compte installer autour du sanctuaire lui permettront de développer ce mal incurable du ciment encore pour bien des années : chemin des mystères du Rosaire, jardin d’enfants, centre médico-social, maison du pèlerin, maison du chapelain...

Ce sanctuaire de Notre Dame de la Merci, qui nous rassemble aujourd’hui en grand nombre, est destiné à l’accueil de pèlerins qui viendront individuellement, en famille ou en groupes organisés, pour rencontrer le Seigneur, pour implorer sa Miséricorde par l’intercession de celle qui est invoquée comme « Notre Dame de la Merci ». Notre Dame sait en effet ce que c’est que de rechercher le Seigneur et d’obtenir sa Merci.

« Chaque année », raconte l’évangile de ce jour, qui est celui de l’épisode de Jésus perdu et retrouvé au temple à l’âge de douze ans, elle venait elle-même « en pèlerinage à Jérusalem pour la fête de la Pâque ». C’est dans le Temple qu’elle a retrouvé Jésus, son fils, le fils de Dieu, celui qui est « aux affaires du Père », qui conduit vers le Père. Elle laisse entendre combien elle-même et Saint Joseph « ont souffert » de l’avoir perdu, elle fait l’expérience de la Merci de Dieu lorsqu’elle le retrouve.

Et ils repartent à Nazareth, là où ils habitent, avec Jésus qui continue de vivre humblement avec eux. Ce sanctuaire, dédié à Notre Dame de la Merci, est ce lieu où le Seigneur peut être cherché et trouvé, le lieu où peut se faire l’expérience de la miséricorde de Dieu et de la protection de Marie. Forts de cette expérience, les fidèles qui viendront ici pourront, comme Marie d’après l’évangile du jour, retourner chez eux en sachant que Jésus vit avec eux, témoigner de la foi et de la charité qu’ils portent dans leur cœur.

« Je tressaille de joie dans le Seigneur. Mon âme exulte en mon Dieu. Car il ma enveloppé du manteau de l’innocence, il m’a fait revêtir les vêtements du salut... De même que la terre fait éclore ses germes et qu’un jardin fait germer ses semences, ainsi le Seigneur fera germer la justice et la louange devant toutes les nations [3]. »

[1] Is, 61, 9-11.

[2] Luc, 2, 41-51.

[3] 1ère lecture, Is, 61, 9-11.

Publié le 28 septembre 2011 par Jean-Marie Guillaume