Continuer l’œuvre de libération de Jésus-Christ.

Dimanche des Rameaux

PROCESSION DES RAMEAUX

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc. « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. » (Mc 11, 1-10)

Lorsqu’ils approchent de Jérusalem, vers Bethphagé et Béthanie, près du mont des Oliviers, Jésus envoie deux de ses disciples et leur dit : « Allez au village qui est en face de vous. Dès que vous y entrerez, vous trouverez un petit âne attaché, sur lequel personne ne s’est encore assis. Détachez-le et amenez-le. Si l’on vous dit : Que faites-vous là ?, répondez : Le Seigneur en a besoin, mais il vous le renverra aussitôt. »

Ils partirent, trouvèrent un petit âne attaché près d’une porte, dehors, dans la rue, et ils le détachèrent. Des gens qui se trouvaient là leur demandaient : « Qu’avez-vous à détacher cet ânon ? » Ils répondirent ce que Jésus leur avait dit, et on les laissa faire. Ils amenèrent le petit âne à Jésus, le couvrirent de leurs manteaux, et Jésus s’assit dessus. Alors, beaucoup de gens étendirent leurs manteaux sur le chemin, d’autres, des feuillages coupés dans les champs. Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le Règne qui vient, celui de David, notre père. Hosanna au plus haut des cieux ! »

MESSE DE LA PASSION

Première lecture
Lecture du livre du prophète Isaïe
« Je n’ai pas caché ma face devant les outrages, je sais que je ne serai pas confondu » (Troisième chant du Serviteur du Seigneur). (Is 50, 4-7)

Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. Chaque matin, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute. Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.

Psaume
(21 (22), 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a)

R/ Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Tous ceux qui me voient me bafouent,
ils ricanent et hochent la tête :
« Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre !
Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »

Oui, des chiens me cernent,
une bande de vauriens m’entoure.
Ils me percent les mains et les pieds ;
je peux compter tous mes os.

Ils partagent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.
Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin :
ô ma force, viens vite à mon aide !

Tu m’as répondu !
Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur.

Deuxième lecture
Lecture de la lettre de Saint Paul apôtre aux Philippiens
« Il s’est abaissé : c’est pourquoi Dieu l’a exalté. » (Ph 2, 6-11)

Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

Évangile
Passion de notre Seigneur Jésus Christ. (Mc 14, 1 – 15, 47)

Acclamation :
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! Pour nous, le Christ est devenu obéissant, jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom. Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! [1]

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Marc  [2]
L La fête de la Pâque et des pains sans levain allait avoir lieu deux jours après. Les grands prêtres et les scribes cherchaient comment arrêter Jésus par ruse, pour le faire mourir. Car ils se disaient :
A « Pas en pleine fête, pour éviter des troubles dans le peuple. »
L Jésus se trouvait à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux. Pendant qu’il était à table, une femme entra, avec un flacon d’albâtre contenant un parfum très pur et de grande valeur. Brisant le flacon, elle lui versa le parfum sur la tête. Or, de leur côté, quelques-uns s’indignaient :
A « À quoi bon gaspiller ce parfum ? On aurait pu, en effet, le vendre pour plus de trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données aux pauvres. »L Et ils la rudoyaient. Mais Jésus leur dit :
X « Laissez-la ! Pourquoi la tourmenter ? Il est beau, le geste qu’elle a fait envers moi. Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, et, quand vous le voulez, vous pouvez leur faire du bien ; mais moi, vous ne m’avez pas pour toujours. Ce qu’elle pouvait faire, elle l’a fait. D’avance elle a parfumé mon corps pour mon ensevelissement. Amen, je vous le dis : partout où l’Évangile sera proclamé – dans le monde entier –, on racontera, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire. »
L Judas Iscariote, l’un des Douze, alla trouver les grands prêtres pour leur livrer Jésus. À cette nouvelle, ils se réjouirent et promirent de lui donner de l’argent. Et Judas cherchait comment le livrer au moment favorable. Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent :
D « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? »
L Il envoie deux de ses disciples en leur disant :
X « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le, et là où il entrera, dites au propriétaire : Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ? Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. »
L Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque. Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze. Pendant qu’ils étaient à table et mangeaient, Jésus déclara :
X « Amen, je vous le dis : l’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer. »
L Ils devinrent tout tristes et, l’un après l’autre, ils lui demandaient :
D « Serait-ce moi ? »
L Il leur dit :
X « C’est l’un des Douze, celui qui est en train de se servir avec moi dans le plat. Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! »
L Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit :
X « Prenez, ceci est mon corps. »
L Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit :
X « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »
L Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. Jésus leur dit :
X « Vous allez tous être exposés à tomber, car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées. Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. »
L Pierre lui dit alors :
D « Même si tous viennent à tomber, moi, je ne tomberai pas. »
L Jésus lui répond :
X « Amen, je te le dis : toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. »
L Mais lui reprenait de plus belle :
D « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. »
L Et tous en disaient autant. Ils parviennent à un domaine appelé Gethsémani. Jésus dit à ses disciples :
X « Asseyez-vous ici, pendant que je vais prier. »
L Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse. Il leur dit :
X « Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez. »
L Allant un peu plus loin, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure s’éloigne de lui. Il disait :
X « Abba... Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! »
L Puis il revient et trouve les disciples endormis. Il dit à Pierre :
X « Simon, tu dors ! Tu n’as pas eu la force de veiller seulement une heure ? Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. »
L De nouveau, il s’éloigna et pria, en répétant les mêmes paroles. Et de nouveau, il vint près des disciples qu’il trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis de sommeil. Et eux ne savaient que lui répondre. Une troisième fois, il revient et leur dit :
X « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. C’est fait ; l’heure est venue : voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs. Levez-vous ! Allons ! Voici qu’il est proche, celui qui me livre. »
L Jésus parlait encore quand Judas, l’un des Douze, arriva et avec lui une foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres, les scribes et les anciens. Or, celui qui le livrait leur avait donné un signe convenu :
D « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le, et emmenez-le sous bonne garde. »
L À peine arrivé, Judas, s’approchant de Jésus, lui dit :
D « Rabbi ! »
L Et il l’embrassa. Les autres mirent la main sur lui et l’arrêtèrent. Or un de ceux qui étaient là tira son épée, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille. Alors Jésus leur déclara :
X « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus vous saisir de moi, avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j’étais auprès de vous dans le Temple en train d’enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais c’est pour que les Écritures s’accomplissent. »
L Les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent tous. Or, un jeune homme suivait Jésus ; il n’avait pour tout vêtement qu’un drap. On essaya de l’arrêter. Mais lui, lâchant le drap, s’enfuit tout nu.

Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre. Ils se rassemblèrent tous, les grands prêtres, les anciens et les scribes. Pierre avait suivi Jésus à distance, jusqu’à l’intérieur du palais du grand prêtre, et là, assis avec les gardes, il se chauffait près du feu. Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort, et ils n’en trouvaient pas. De fait, beaucoup portaient de faux témoignages contre Jésus, et ces témoignages ne concordaient pas. Quelques-uns se levèrent pour porter contre lui ce faux témoignage :
A « Nous l’avons entendu dire : Je détruirai ce sanctuaire fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme. »
L Et même sur ce point, leurs témoignages n’étaient pas concordants. Alors s’étant levé, le grand prêtre, devant tous, interrogea Jésus :
A « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? »
L Mais lui gardait le silence et ne répondait rien. Le grand prêtre l’interrogea de nouveau :
A « Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? »
L Jésus lui dit :
X « Je le suis. Et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel. »
L Alors, le grand prêtre déchire ses vêtements et dit :
A « Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous avez entendu le blasphème. Qu’en pensez-vous ? »
L Tous prononcèrent qu’il méritait la mort. Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, couvrirent son visage d’un voile, et le giflèrent, en disant :
F « Fais le prophète ! »
L Et les gardes lui donnèrent des coups.

Comme Pierre était en bas, dans la cour, arrive une des jeunes servantes du grand prêtre. Elle voit Pierre qui se chauffe, le dévisage et lui dit :
A « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ! »
L Pierre le nia :
D « Je ne sais pas, je ne comprends pas de quoi tu parles. »
L Puis il sortit dans le vestibule, au dehors. Alors un coq chanta. La servante, ayant vu Pierre, se mit de nouveau à dire à ceux qui se trouvaient là :
A « Celui-ci est l’un d’entre eux ! »
L De nouveau, Pierre le niait. Peu après, ceux qui se trouvaient là lui disaient à leur tour :
F « Sûrement tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, tu es Galiléen. »
L Alors il se mit à protester violemment et à jurer :
D « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez. »
L Et aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta. Alors Pierre se rappela cette parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Et il fondit en larmes.

Dès le matin, les grands prêtres convoquèrent les anciens et les scribes, et tout le Conseil suprême. Puis, après avoir ligoté Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate. Celui-ci l’interrogea :
A « Es-tu le roi des Juifs ? »
L Jésus répondit :
X « C’est toi-même qui le dis. »
L Les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations. Pilate lui demanda à nouveau :
A « Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi. »
L Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate fut étonné. À chaque fête, il leur relâchait un prisonnier, celui qu’ils demandaient. Or, il y avait en prison un dénommé Barabbas, arrêté avec des émeutiers pour un meurtre qu’ils avaient commis lors de l’émeute. La foule monta donc chez Pilate, et se mit à demander ce qu’il leur accordait d’habitude. Pilate leur répondit :
A « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? »
L Il se rendait bien compte que c’était par jalousie que les grands prêtres l’avaient livré. Ces derniers soulevèrent la foule pour qu’il leur relâche plutôt Barabbas. Et comme Pilate reprenait :
A « Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ? »
L de nouveau ils crièrent :
F « Crucifie-le ! »
L Pilate leur disait :
A « Qu’a-t-il donc fait de mal ? »
L Mais ils crièrent encore plus fort :
F « Crucifie-le ! »
L Pilate, voulant contenter la foule, relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il soit crucifié. Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais, c’est-à-dire dans le Prétoire. Alors ils rassemblent toute la garde, ils le revêtent de pourpre, et lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée. Puis ils se mirent à lui faire des salutations, en disant :
F « Salut, roi des Juifs ! »
L Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et s’agenouillaient pour lui rendre hommage.

Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau de pourpre, et lui remirent ses vêtements. Puis, de là, ils l’emmènent pour le crucifier, et ils réquisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs. Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire). Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas. Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun. C’était la troisième heure (c’est-à-dire : neuf heures du matin) lorsqu’on le crucifia. L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ». Avec lui ils crucifient deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Les passants l’injuriaient en hochant la tête ; ils disaient :
F « Hé ! Toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, descends de la croix ! »
L De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux :
A « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’Israël ; alors nous verrons et nous croirons. »
L Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient. Quand arriva la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure. Et à la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte :
X « Éloï, Éloï, lema sabactani ? »
L ce qui se traduit :
X « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
L L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient :
F « Voilà qu’il appelle le prophète Élie ! »
L L’un d’eux courut tremper une éponge dans une boisson vinaigrée, il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire, en disant :
A « Attendez ! Nous verrons bien si Élie vient le descendre de là ! »
L Mais Jésus, poussant un grand cri, expira.

(Ici on fléchit le genou et on s’arrête un instant)

Le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas. Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara :
A « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! »
L Il y avait aussi des femmes, qui observaient de loin, et parmi elles, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé, qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée, et encore beaucoup d’autres, qui étaient montées avec lui à Jérusalem. Déjà il se faisait tard ; or, comme c’était le jour de la Préparation, qui précède le sabbat, Joseph d’Arimathie intervint. C’était un homme influent, membre du Conseil, et il attendait lui aussi le règne de Dieu. Il eut l’audace d’aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus. Pilate s’étonna qu’il soit déjà mort ; il fit appeler le centurion, et l’interrogea pour savoir si Jésus était mort depuis longtemps. Sur le rapport du centurion, il permit à Joseph de prendre le corps. Alors Joseph acheta un linceul, il descendit Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans un tombeau qui était creusé dans le roc. Puis il roula une pierre contre l’entrée du tombeau. Or, Marie Madeleine et Marie, mère de José, observaient l’endroit où on l’avait mis.

Textes liturgiques © AELF
AELF

Homélie
Continuer l’œuvre de libération de Jésus-Christ.

La lecture de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem et celle de sa passion nous placent devant une situation à la fois paradoxale et tragique. Ces deux lectures nous mettent en présence d’un homme de grand cœur. Il a nourri des foules, guéri des malades, restauré la dignité de personnes humiliées et mises à la périphérie de l’humanité. Il a ouvert des chemins d’espérance, de libération et de paix. Cet homme aux grandes œuvres est triomphalement accueilli par une foule enthousiaste et reconnaissante lors de son entrée à Jérusalem. Mais cet homme est aussi violemment pris à parti par des leaders religieux. Ceux-ci ont eu beaucoup de mal à comprendre l’identité à la fois humaine et divine de Jésus, ainsi que sa prédication libératrice et vivifiante. Ces deux accueils différents expliquent le contraste de la liturgie de la parole de ce jour. A travers ces deux récits, l’accueil triomphal et le rejet haineux et violent de Jésus-Christ se côtoient.

Considérons un peu plus ce rejet haineux et violent. Regardons Jésus incompris, de même que son amour et sa mission de libération de tout homme et de tout l’homme violemment mis en doute, niés et rejetés. Notons la violente manière utilisée par les leaders religieux d’Israël pour traiter le conflit d’opinion qui les opposent à Jésus : la mise à mort par crucifixion. Cette violence digne des grandes dictatures est frappante. Jésus est mis à mort de manière humiliante et violente, parce qu’il a une interprétation différente de la Loi et des Prophètes ; parce que sa révélation de son identité divine, confirmée par ses bonnes œuvres et ses miracles, est perçue comme un blasphème. Cette fin tragique et disproportionnée réservée à un homme de grand cœur soulève certainement en nous un sentiment d’indignation, de colère, de révolte. Elle nous remplit aussi de pitié, de compassion et même d’amour. Combien de fois la lecture de la passion a conduit des âmes sensibles aux larmes ! Mais comment pouvons-nous transformer l’énergie de ces sentiment d’indignation, de colère, de révolte, de pitié, de compassion et d’amour en actions ecclésiales, sociales et politiques qui continuent et perpétuent l’œuvre et la mission de libération de Jésus-Christ ? Je voudrais proposer ici quelques pistes.

La première consiste à se prendre du temps devant un crucifix pour méditer en silence et en profondeur le tragique et le dramatique de la vie terrestre de Jésus. Au milieu de tous les sentiments qui peuvent nous envahir, laissons émerger l’amour inconditionnel de Jésus-Christ et envelopper tout notre être et notre vie. En effet, c’est le sens profond que Jésus donne au sacrifice de sa vie. Ne dit-il pas : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » [3] ? Retenons entre autre que la plus belle réponse à notre indignation face à la mort tragique de Jésus sera de nous laisser aimer de Jésus, malgré le mystère de la souffrance et du mal, malgré le mystère de notre imperfection et de notre indignité qui nous font à douter et résister à l’accueil de cet amour.

La deuxième piste consiste à laisser le sentiment d’indignation, de colère et de révolte suscité par la lecture et la méditation de la passion de Jésus-Christ, nous conduire non à la haine, mais à un engagement ecclésial, social, économique et politique. Notamment celui qui consiste à chercher et à promouvoir des alternatives saines pour gérer les conflits d’opinions qui sont le lot quotidien de notre monde aujourd’hui. Cela revient à devenir des véritables chercheurs de vérité au cœur des contradictions humaines par la rencontre et le dialogue, notamment le dialogue interreligieux et interculturel. Ce dialogue peut s’inspirer du célèbre principe d’Antoine de Saint Exupéry : « Si tu diffères de moi, loin de me léser, tu m’enrichis. » Faire de la différence et de la diversité des opinions une richesse et non une menace pour une opinion donnée tenue pour supérieure. Cela nous invite à devenir aussi des bienheureux artisans de paix.

La troisième piste nous fera devenir ou redevenir, par le sentiment de compassion, d’empathie et d’amour de Jésus-Christ, des adorateurs enthousiastes et chaleureux de Dieu, départis de la tiédeur vomie de Dieu dans le livre de l’Apocalypse. Cela signifie se servir de l’énergie des mêmes sentiments mentionnés ci-dessus pour devenir ou redevenir des témoins, des missionnaires et des continuateurs enthousiastes de l’œuvre libératrice et restauratrice de Jésus-Christ. Évidemment, chacun selon ses dons, talents et conditions de vie.

Accueillir et faire fructifier l’amour, la compassion et le don de soi de Jésus à l’humanité, voilà selon moi des voies complémentaires pour entrer dans la vie de Dieu et la vie en Dieu. Ce sont des voies pour bénéficier soi même et faire bénéficier aux autres de l’abondance de la vie que Jésus dit être venu donner au monde à travers sa mort comparée à celui d’un grain de blé tombé en terre. Aussi, en célébrant la fête des Rameaux, ouvrons nous et aidons l’Esprit Saint à ouvrir le monde aux merveilleux, nombreux et savoureux fruits du grain de blé tombé en terre qu’est Jésus-Christ, mort pour que le monde ait la vie et l’ait en abondance ! Bonne fête des Rameaux.

[1] Cf. Ph 2, 8-9.

[2] Indications pour la lecture dialoguée : les sigles désignant les divers interlocuteurs sont les suivants : X = Jésus ;
L = Lecteur ;
D = Disciples et amis ;
F = Foule ;
A = Autres personnages.

[3] Jn 15 , 13.

Publié le 27 mars 2015 par Albert Kouamé