Courrier des lecteurs : « nouvelle évangélisation »

Un article du Père Jean-Pierre Frey sur la nouvelle évangélisation, paru juste au moment de l’élection du Pape François [1] établissait avec justesse une sorte d’état des lieux. Il nous fournit une excellente base de réflexion sur un sujet de première importance : le processus paraît en quelque sorte au point mort et les pistes actuellement proposées bien insuffisantes vu la situation qui serait à évaluer à l’échelle mondiale.

Etat des lieux
Cet article relève avec précision les obstacles auxquels se heurtent ceux qui cherchent une réponse positive aux interrogations et aux attentes de très nombreux fidèles : déchristianisation, désenchantement, décalage croissant de l’Institution avec la société. Légalisme et ritualisme déjà dénoncés par Jésus en son temps... Le résultat est résumé en une phrase : Qui croit encore au Père Noël ?
Personne, une fois sorti de l’enfance. Nous décelons bien, depuis le XVe siècle, que l’individu humain devient de plus en plus autonome, plus adulte. D’où un laïcat adulte, mais très minoritaire (…) Alors revient un vieux refrain, mille fois entendu : retour aux sources.
Des sources, il serait très utile d’en voir deux : le Nouveau Testament et la Réforme (…)
Et que penser des méthodes et d’un nouveau langage indispensables pour évangéliser ? Bonne idée, mais quoi de nouveau dans ce langage, surtout qu’une réponse adéquate ne saurait concerner que les seuls fidèles ? Car une « mission » qui n’irait pas ad extra perdrait vite son élan et son charisme.

L’autre mondialisation
Certes, les baptisés ont des attentes, mais pas seulement eux. Puissions-nous percevoir et reconnaître dans toute son ampleur mondiale cette aspiration au spirituel, à l’Evangile, qui se fait jour, qui est manifestée par tous ces « nouveaux évangéliques » sur tous les continents à présent : dans les deux Amériques, en Europe, en Afrique et depuis peu en Asie. Nul ne devrait ignorer ce qui se passe en Chine où, par exemple, l’imprimerie Amity Press vient de fêter la sortie de sa cent millionième Bible [2]. Et l’imprimerie de Nanjing déclare en vendre 6 millions par an. Ce qui permet d’estimer le nombre de chrétiens, toutes dénominations confondues, à environ 90 millions. Indice de progression : doublement tous les 7 ans. Qui dira :: l’Évangile n’a plus la cote ?

Un peu de sérieux !
Pour ne plus être perçu comme un doux bavardage, l’évangélisation doit labourer profond et voir large. Aussi, retourner aux sources, ou plutôt en repartir comme l’ont fait les Réformés en leur temps. Ces communautés-là, sachons-le bien, vivent très chrétiennement depuis quelques siècles, sans pape ni évêques, sans codex ni canons, sans fatras doctrinal... Or, pendant ces siècles, chez plusieurs d’entre elles, Hutérites, Amish et d’autres, comptant plusieurs centaines de milliers de fidèles, le taux de criminalité demeure à 0% [3]. C’est un fait notoire ! L’arbre se reconnaît à ses fruits... C’est l’Évangile qui le dit.

Proclamation !
Que soit proclamé le droit au libre examen des Écritures, à charge pour nous de proposer des éclairages et des repères, et que chacun décide selon ce que l’Esprit lui soufflera.
Ce qui implique de renoncer à tout pouvoir qui prendrait plus d’importance que le service rendu, sans lequel tout pouvoir est abusif. La péricope du lavement des pieds montre à quel point le service a plus d’importance que l’exercice du pouvoir.

Schisme ?
Le Pape pourrait bouleverser l’institution millénaire [4]. Alors là, ce que craignent les bons apôtres, c’est le schisme. Mais enfin ! Dites-nous donc, depuis le début, depuis les Ariens, les Nestoriens, les Luther et Calvin, etc. combien de schismes la Sainte Église a-t-elle su éviter à coups d’anathèmes, de canons ou de décrétales... ou par son immobilisme ?
Ce que le Pape pourrait dire de positif aux intégristes : « Je vous félicite pour votre ferveur et votre zèle. Continuez puisque vous êtes sûrs de votre bon droit. Soyons frères. »
Et aux progressistes : « Je vous félicite pour votre ardeur à lutter pour le changement. Continuez... Et soyons frères. » Mais de grâce, arrêtons d’excommunier [5]. Au contraire, soyons en communion avec nos contemporains, surtout avec ceux qui portent l’étincelle évangélique.
Et puis, il faut impérativement desserrer les freins, lever les barrières. C’est rendre service à la multitude, et d’abord à l’Église elle-même. Ces barrières une fois supprimées, tous ces blocages et autres hypocrisies s’en iront en fumée. Et dès lors tout schisme, conformément à l’Évangile, devient impossible.

Utopie ? Oui, bien sûr. Reconnaissons cependant que l’utopie mûrie sur le terreau du réel se transformera tôt ou tard en réalité. L’Histoire en témoigne.

[1] Cf. Ralliement n°2-2013.

[2] Voir La Croix du 9-10 février 2013.

[3] Cf. Jacques Légeret, L’Énigme Amish, éd. Labor et Fides ; D.B. Kraybill, Les Amish, éd. Excelsis.

[4] Cf. Émission TV-5 du 3. 10. 2013.

[5] Le Père G. Reynolds vient d’être excommunié pour délit d’opinion. Voir Golias n° 305, p. 16.

Publié le 3 avril 2014 par Fernand Kochert