Dans la montagne kabyè

Une chapelle et une école pour Kolundé ?

Saoudé est une paroisse du diocèse de Kara, au nord du Togo. Créée en 1953, elle compte environ mille catholiques sur dix mille habitants environ. La montagne où elle se trouve est le berceau de la religion traditionnelle africaine kabiyè. C’est là que sont « initiés » les jeunes ; là que se trouvent les grands ancêtres fondateurs, les esprits protecteurs ; là que sont enterrés aujourd’hui les morts issus de la montagne.

Assez isolé à 7km du centre, Kolundé a été récemment rattaché à la paroisse. On y compte 309 habitants mais seulement 18 baptisés et une quarantaine de catéchumènes, y compris les personnes âgées qui demandent le baptême. Le village a une petite école ouverte par les habitants [1]. C’est un hangar provisoire, une toiture sur des poteaux de bois, où se font aussi pour le moment les offices religieux.

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L’église école de Kolundé (Togo).
Photo Alphonse Kuntz

Il y a quelques années, le Père Schenker, un marianiste suisse du collège Chaminade de Kara, avait élevé un hangar recouvert de paille. Après son départ pour cause de maladie, l’édifice a disparu. C’est à notre paroisse de reprendre le flambeau. L’église doit être construite à l’endroit où se trouvait le hangar. Les villageois ont donné un grand terrain à cet effet. Ils ont aussi rassemblé les moellons nécessaires à la fondation du bâtiment, qui fera 15m sur 9. C’est dire qu’ils sont motivés pour l’instant.

Le coût sera relativement modeste parce que l’église sera construite avec des matériaux économiques, selon un procédé éprouvé : des murs en biques de terre crue renforcés par des piliers et des chaînages en béton armé. Ce sont eux qui assureront la solidité de la structure. Le tout ne devrait pas dépasser 15 000 €. Pour construire l’école, nous avons une promesse ferme de l’association humanitaire « Amour Sans Frontière ».

Saint Nicolas de Flue a été choisi comme patron. Nous possédons une relique du saint, enchâssée dans une statue réalisée localement, grâce aussi au Père Schenker, l’initiateur, qui est aujourd’hui en Suisse.

Un sanctuaire-mémorial de sainte Odile au Nord-Togo, une idée incongrue ?

On pourrait le croire à en juger par le faible écho qu’a eu l’appel pour sa réalisation, paru dans le numéro de Terre d’Afrique de mars 2011. Pourtant, les églises dédiées à sainte Odile ne manquent pas à travers le monde. Il y a celle de Port-Gentil, au Gabon, celle de Dapaong, au Togo. Il y en a ailleurs encore, sans compter les cliniques ophtalmologiques. Les Alsaciens ne s’intéresseraient-ils plus à leur patronne, à la manière des Siciliens qui fêtent sainte Lucie le 13 décembre ? Ces fêtes sont nées à une époque où la foi était sans doute plus enracinée.

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Le sanctuaire Ste-Odile à Kara (Togo).
Photo Alphonse Kuntz

Ce sanctuaire-mémorial de sainte Odile, perché sur le promontoire de la montagne kabiyè, au dessus de la ville de Kara, existe pourtant, même s’il est très modeste. Au commencement, il y avait un tableau de sainte Odile, un bas-relief en bois sculpté et doré. Promis à l’oubli, il avait été recueilli par Agelina Weiss, une laïque consacrée de la région de Wurtzbourg, en Bavière. Elle l’a sauvé quand l’autel qui le portait, dans la chapelle de la clinique ophtalmologique de la ville, a été dépiécé. Faut-il ajouter que cette personne a travaillé en Afrique ? A sa mort, ce tableau, qui n’est sans doute pas une grande œuvre d’art (il date de 1932), est revenu à M. Henri Pabst, de Wurtzbourg lui aussi, qui a longtemps travaillé au Togo. Il cherchait dans ce pays une église qui serait dédiée à sainte Odile. Le tableau a trouvé place dans notre petit sanctuaire : la cloche, qui porte l’effigie de la sainte et qui fut offerte par M. Pabst, fait entendre sa voix au loin.

Sainte Odile est présente d’une manière singulière par une relique donnée par le chanoine Xibaut, bien placé pour en garantir l’authenticité. Si beaucoup ne croient plus aux reliques aujourd’hui, elles retrouvent cependant un regain de faveur auprès d’un large public. Au dire du P. Raymond Zambelli, recteur de la basilique de Lisieux, les reliques des saints sont « le support d’une présence, sans idéologie ni calcul ». *

Pourquoi appeler ce sanctuaire « mémorial » ? A l’intérieur du petit bâtiment se trouve un tableau avec les noms des missionnaires de la Société des Missions Africaines de la Province de Strasbourg qui ont travaillé au Togo depuis 1918. Y ont été ajoutés les noms des prêtres « Fidei Donum » envoyés au Togo par le diocèse de Strasbourg. C’est ici l’occasion de remercier tous ceux qui ont participé à la réalisation de ce sanctuaire.

Quel avenir pourrait-il avoir ? Rêvons un peu… Est-il interdit de penser qu’un amoureux de sainte Odile puisse le faire vivre ? N’y aura-t-il jamais pour l’occuper quelqu’un de la trempe de Charles de Foucauld, dont Strasbourg est si justement fière ? Une cellule s’y trouve déjà, rudimentaire, sans confort aucun.

Dans l’espoir que ces projets retiendront votre attention, nous vous assurons de notre prière par l’intercession de saint Nicolas de Flue.

[1] Ecole d’Initiative Locale : « EDIL » en abrégé.

Publié le 5 février 2013 par Alphonse Kuntz