Dans la mouvance de la fête de tous les saints, le 6 novembre à Saint-Pierre

Notre rencontre eucharistique de la commémoration pour nos Pères et Sœurs défunts, nous la plaçons dans la mouvance de la Toussaint… Et la fête de la Toussaint, dans son brouillard et sa pluie – ne dit-on pas Allerheilichewedder - nous la plaçons dans la mouvance de Pâques. Car c’est une Fête lumineuse comme celle de Pâques. C’est le printemps du peuple de Dieu ressuscité dans le Seigneur Jésus le Christ, le vivant de l’aurore du matin de Pâques, l’agneau glorifié de Dieu tel que Jean l’a vu dans son Apocalypse.
Et aujourd’hui, si nous sommes tous réunis dans la fête de tous les saints, c’est pour célébrer les bénis du Père que furent nos missionnaires défunts, Pères et Frères et Sœurs religieuses.

Longtemps nous avons subi une théologie pessimiste qui voyait le péché partout et qui menaçait l’homme des flammes de la condamnation éternelle. Cet enseignement n’était pas conforme à la Parole de Dieu, le Père de toute miséricorde tel que Jésus, en Luc entre autre, nous l’a révélé. Mais, comme dit Benoît XVI, il faut du temps à la charité pour devenir vérité et à la vérité pour devenir charité. Heureusement que depuis Vatican II nous avons découvert une théologie positive et optimiste qui voit en tout homme l’image de Dieu à la lumière du Ressuscité dans l’Esprit. C’est le sourire de Dieu en l’homme qui est important, bien plus que l’auréole de la sainteté . C’est le sourire du Père qui efface le péché, la marque de la traditionnelle colère du Dieu qui juge et condamne.

J’ai vu, dit Jean dans la 1ère lecture, cette foule innombrable groupée autour du trône de l’agneau… Et qui peut les compter ? Aucun être humain parce que la Toussaint est le seul moment où il ne faut pas faire des comptes ni des statistiques de banquier sur le nombre de sauvés. Innombrables sont-ils, ces serviteurs et servantes du Royaume, et la plupart sont anonymes pour les hommes que nous sommes. Mais ils sont connus par leur nom, et ils sont attendus par Dieu, le Père. A chacun le Christ a dit : Venez les bénis de mon Père - aujourd’hui les temps sont accomplis pour toi, ils ont atteint leur plénitude, aujourd’hui ton temps est accompli et tu entres dans la gloire du Père… Quand je vous disais que la Toussaint est la fête lumineuse de Pâques dans le sourire de Dieu, et non pas dans les brouillards de l’automne d’une année qui décline

Et c’est à travers tel ou tel visage que nous connaissions, telle ou telle personne que nous aimions, que nous voulons faire mémoire maintenant dans le mémorial de la grande fête de la réconciliation par l’agneau immolé selon l’apocalypse de Saint Jean… Venez les bénis de mon Père… Fidèles servantes et serviteurs, Pères, Frères ou Sœurs Religieuses… Oui ! Ils ont porté leur croix, et ils ont tout subi et tout assumé. Ils ont partagé la pauvreté dans la nourriture précaire, la santé, l’inconfort du quotidien, ils ont rayonné de la miséricorde, ouverts à tous les maux et à toutes les misères, inlassables artisans de paix. Par de petits gestes souvent anonymes - un puits par ci, un dispensaire rudimentaire par là - et avec votre aide minutieuse et fidèle, ils ont construit et réalisé les fondations.

Ainsi, il aura fallu six semaines de pirogue au Père Sirlinger pour remonter le delta de la Bénoué - 300 km - vers Jos, son terrain de mission, comme un étranger jeté sur la route du fleuve. Ce qu’il avait n’équivalait à rien et ne pesait rien ; il dépendait entièrement de l’administration locale et du bon vouloir de l’homme africain. Mais l’Esprit l’a poussé, comme beaucoup d’autres. Comme eux tous, et toutes - les SMA, les NDA et tant d’autres, se hâtant vers leur mission. Ces missions qui aujourd’hui sont devenues des communautés de foi mûre et responsable, capables de témoigner de la présence du Christ des béatitudes en leur milieu.

J’ai vu, et vous les avez vus, ces visages tout autour de nous, dans cette église. Il faut les contempler avec respect et en silence. Mais également les regarder à la lumière du matin de Pâques, comme illuminés par l’agneau de l’Apocalypse de Saint Jean en cette après midi qui les éclaire d’une lumière de résurrection et d’éternité. Car ces visages ici exposés restent figés – ce sont des visages du passé, trop terrestres encore - alors que le Christ agneau de Dieu les a déjà rassemblés autour de lui, vivants, actifs et rayonnants. Cet agneau qui est au milieu de nous tous… J’ai aussi vu, pourrait dire Jean, les ancêtres de la vie et de la foi africaines, ces passeurs qui ont transmis et donné aux familles et à leurs tribus tout ce qu’eux-mêmes avaient reçu de leurs propres familles.

Et nous rejoignons ainsi nos frères les Africains et les Indiens dans leur culte à eux, le culte de leurs propres ancêtres, ces passeurs et donneurs de vie et de sens qui sont les fondateurs de cultures puissantes et profondes. Mais ces ancêtres africains, comme nos Pères et nos Sœurs dans la foi, cela fait longtemps qu’ils fraternisent autour du trône des noces de l’agneau, entre eux et avec l’humanité toute entière. Venez les bénis de mon Père, Noirs ou Blancs, hommes et femmes… Entrez dans la maison du Père et asseyez vous à la table et à la place préparée spécialement pour vous afin de célébrer maintenant le banquet des noces de l’agneau… Ce grand réconciliateur de toute cette humanité par le don de sa vie et le partage de son sang.

Nous allons prendre à présent le pain et le vin, fruits de la terre et du travail des hommes, les présenter et les offrir en mémorial de la nouvelle alliance destinée à rassembler la multitude des hommes et des femmes d’aujourd’hui. Pour les grouper autour du même agneau et célébrer la gloire du même Père par le partage de la parole, du pain et de la fraternité.

Publié le 22 mars 2012 par Jean-Pierre Frey