Dans le souvenir du Père Charles Cuenin

Lors du décès du Père Charles Cuenin, le Père Bardouillet, qui lui succéde au Village Renaissance, lui rendit cet hommage.

A l’entrée du village « Renaissance » de Yao Kopé, au Togo, il y a une parole qui est peut-être mystérieuse pour certains : Ta Gloire, Seigneur ! Le Père Charles a voulu exprimer ainsi ce qu’il voulait vivre et réaliser ici : tout pour la gloire du Seigneur ! Il répétait aussi volontiers le célèbre mot de saint Irénée : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ! » L’homme vivant, l’homme debout… Il a voulu aider ses frères qui étaient tombés à se remettre « debout ». Car tout être humain a une valeur infinie devant Dieu, qui l’aime quelles que soient ses blessures.
C’est pour ces êtres blessés par la vie, mal aimés, qui sont à l’écart de la société et en prison, que le Père Charles a voulu s’investir. Là se trouve l’origine du village « Renaissance ». L’Esprit du Seigneur l’a guidé dans ce projet pour ouvrir ce Centre. La population de Yao-Kopé lui à permis d’accueillir ici, dans un cadre familial, plein de verdure et d’espace, nos frères sortant de prison, peu importe leur origine ethnique ou religieuse.

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Le Père Charles Cuenin.
Photo SMA Strasbourg

« La Gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ! » Pour ceux qui sont accueillis, le programme est simple : retrouver l’équilibre physique, la liberté vécue, la confiance en soi et dans les autres, l’amour du travail bien fait, en développant tous leurs talents. Quant au passé, la page est tournée : il s’agit de regarder l’avenir en donnant le meilleur de soi pour réussir sa vie. Et demain, Dieu aidant, ces « Renaissants » seront « debout », heureux, ils trouveront leur place dans la construction de la nation.
Mère Teresa donnait cette consigne à ses missionnaires : « Ne laissez personne venir à vous sans qu’il ne reparte plus heureux. » Dieu sait tout ce que le Père Charles a fait dans ce domaine, et beaucoup parmi vous en ont été les bénéficiaires. D’ailleurs, rendre l’autre heureux et lui redonner goût à la vie, n’est-ce pas éprouver déjà la joie-même de Dieu qui veut tous ses enfants « heureux » ? « Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir », a affirmé Jésus. Et aussi : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait [1]. »

Si vous allez et venez à l’intérieur du Village, vous pourrez lire bon nombre d’inscriptions, sur des pierres ou sur les maisons. Autant de rayons de lumières que le Père Charles voulait rendre présentes ici : Paix, Joie, Amour, Espérance, Confiance, Bienveillance, Debout, Marche, Résurrection… Et aussi ce mot qui traverse neuf fois de suite les Béatitudes : Heureux !
Le Père Charles était un homme heureux et il voulait communiquer sa joie. Etre heureux, qui de nous n’en rêve pas ? Je sais qu’il lisait volontiers Maurice Zundel, un auteur spirituel bien connu. Voici comment cet homme a essayé de parler de Dieu, d’une façon assez audacieuse il est vrai, mais combien concrète : « Dieu, c’est quand tu es bon, quand tu es vrai, quand tu aimes, quand tu deviens transparent, lumineux à la vie. En dehors de cela, ce ne sont que des formules ! »

« La mort n’a pas d’heure », dit la sagesse africaine. Jésus nous le rappelle constamment : « Veillez, priez, tenez-vous prêts, vous ne savez ni le jour ni l’heure. » Car « dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur [2]. » Avant sa signature, deux mots revenaient invariablement dans le courrier du Père Charles : Paix et Joie.

[1] Mt 25, 40.

[2] Rom. XIV.

Publié le 26 août 2014 par Bernard Bardouillet