De l’arbre sec à l’arbre fleuri

La cathédrale Saint-Etienne de Metz est comme l’aboutissement de l’architecture gothique avant qu’elle ne s’égare dans le flamboyant. Tout ici magnifie l’élan vertical, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur [1].

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Cathédrale St-Étienne de Metz. La croisée du transept et le chœur.
Photo Marc Heilig

L’édifice ne garde que l’essentiel – supports, voûtes et contreforts [2] – et se libère autant que possible des murs au profit de vastes verrières [3]. On a donc volontairement renoncé à la parure de sculptures dont s’ornent d’autres cathédrales pour privilégier la structure, la clarté et l’élévation [4]. Ce chef-d’œuvre, savant point d’équilibre, est dû, entre autres, au maître bâtisseur Pierre Perrat (+1400).

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Cathédrale St-Étienne de Metz. La grande verrière de la façade et la rosace.
Photo Marc Heilig

Le Portail de la Vierge

Cette sobriété dans l’ornement ne fait qu’une exception, le Portail de la Vierge, ancienne entrée de N.-D. La Ronde. Saint-Etienne est en effet la réunion de deux églises : la cathédrale elle-même, qui se déploie selon un axe est-ouest, et N.-D. La Ronde, qui lui est perpendiculaire [5]. En 1260, on décida de les associer en une seule église de grande envergure. L’entrée méridionale de N.-D. la Ronde devint celle de la cathédrale, qui n’avait pas de porche en façade, et fut pourvue d’un riche ensemble de sculptures dans la seconde moitié du XIIIe s [6].

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Cathédrale St-Étienne de Metz. Le Portail de la Vierge.
Photo Marc Heilig

Le programme sculpté est un condensé de l’enseignement du christianisme. De part et d’autre du portail, à mesure que l’on pénètre vers l’intérieur, on trouve les quatre évangélistes (Jean et Luc à droite, Mathieu et Marc à gauche), les figures de la Synagogue et de l’Eglise, et d’imposantes statues de saints et de saintes. La voûte est occupée d’un côté par le jugement du Christ, la montée au Calvaire et la Crucifixion ; de l’autre par la Résurrection, l’Ascension et le Christ en majesté. Le portail lui-même est consacré à Marie : Vierge au Sourire avec l’Enfant Jésus sur le trumeau, Dormition et Couronnement sur le tympan [7].

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Cathédrale St-Étienne de Metz. St Mathieu et St Marc.
Photo Marc Heilig

[1] Après Amiens, les voûtes de Metz sont les plus hautes de France dans une cathédrale achevée.

[2] Ce sont en effet les principaux éléments de l’architecture gothique, qui se résume ainsi à un jeu subtil de poussées et de contre-poussées.

[3] Elles ont donné à la cathédrale son surnom de Lanterne de Dieu. Aucune construction gothique n’est plus ajourée que la cathédrale Saint-Etienne : ses verrières sont les plus vastes d’Europe.

[4] Le principal reproche qu’on puisse faire à la restauration de Paul Tornow, à la fin du XIXe s., est précisément d’avoir ajouté des éléments sculptés superflus.

[5] Chapelle personnelle de l’évêque, N.-D. La Ronde avait été rebâtie peu avant que l’on entreprenne d’édifier une nouvelle cathédrale, dont elle empêchait l’extension à l’ouest.

[6] Au XVIIIe s., l’architecte François Blondel fut chargé d’aménager les abords de la cathédrale en place royale. En masquant le bas du monument par des arcades de style classique, il condamna le Portail de la Vierge. On les démonta en 1868, ce qui permit de retrouver le portail, que l’architecte allemand Paul Tornow reconstruisit entièrement à la fin du XIXe s.

[7] Les sculptures du Moyen Age, lorsqu’on les dégagea de leur gangue classique, apparurent fort abîmées. Elles furent restaurées avec le plus grand soin par le sculpteur Auguste Dujardin, qui travailla avec Tornow. Bien que fortement décriée après le retour de la ville à la France, leur intervention est aujourd’hui considérée avec plus d’objectivité. Ils s’inscrivaient d’ailleurs dans la ligne des bâtisseurs de cathédrales : aucune n’est l’œuvre d’un seul architecte ni ne fut construite d’une seule volée. Bien au contraire, on voit partout la main de plusieurs maîtres d’œuvre et les marques de différentes époques.

[8] Cf I Rois 7, 13 et II Chroniques, 2.

[9] On le retrouve de nos jours chez les Compagnons du Tour de France, à qui l’on fait appel pour restaurer les monuments prestigieux.

[10] Ce parcours initiatique a été décrit en détail par Christian Jacq, Le Voyage initiatique ou les trente-trois degrés de la sagesse, 1986. L’auteur y suit, l’une après l’autre, chacune des figures du Portail de la Vierge.

[11] Ch. Jacq, op. cit., p. 181.

Publié le 4 avril 2013 par Marc Heilig