De la nativité au désert

Un rapide survol. Paradoxes et bouleversements.

Ah ! Cette généalogie de l’évangile de Matthieu, cette liste, ce charabia étrange et interminable qui nous assaille jusqu’à l’ironie. Matthieu n’aime pas cette fausse généalogie royale, issue d’Abraham via Jessé. Elle ne mène nulle part, sauf sur de fausses pistes de guerre et de sang, d’exil et d’esclavage, à travers l’histoire de ces rois très davidiques.

Mais il intègre dans cette liste, très digne parce que royale, tous les faux pas de ces femmes libres, après tout. Comme Tamar l’adultère, Rahab la prostituée, Ruth la moabite et l’étrangère. Sans oublier Bethsabée, abusée par la grandeur royale de David, converti en monstre tyrannique et dominé par son désir, qui a envoyé son général à la mort. Nathan le prophète en sait quelque chose. Ces femmes sont les témoins et les héritières de toutes les faiblesses des hommes ; seules elles sont vraies, parce qu’elles seules sont humaines, et donc faibles et fragiles.

Mais Matthieu, dans sa liste, va produire le « scoop » avec Joseph, l’époux royal de celle qui, par l’intervention de l’Esprit, porte le vrai roi et le vrai berger. Celui qui nous mènera, non pas à la mort comme ces roitelets, mais au-delà de la mort en ce matin du vrai passage - la Pâque - vers la véritable liberté, dans la lumière du ressuscité.

Mais il souffre, Joseph. Il est désemparé devant le « ventre » de sa fiancée, comme on dit dans nos villages. Jusqu’à ce songe libérateur : Joseph, fils de David, ne crains pas… Et la nativité du Fils de Dieu se passera dans la nuit, à portes closes chez les marginaux de l’époque. Mal réveillés, ou pas éveillés du tout, ils sont exposés à l’inévitable choc du Gloria qui retentit dans une gerbe d’étoiles et va les pousser à la crèche et les envoyer au monde endormi de Bethléem. Enfin !

Et nous ? Oui, et nous ? Quel Jean-Baptiste viendra nous inviter au désert de la faim et de la soif afin de préparer une vraie voie au Messie qui est à nos portes ? Une fois encore, je pense à François, notre pape. Il s’est converti en prophète itinérant et se veut proche de tout homme. Il est fort semblable au Baptiste dans son désert qui appelle et qui interpelle, souvent en vain.

Hélas ! Il se peut fort bien qu’un Hérode, dévoyé et prêt à tout, rôde quelque part dans les couloirs d’un palais non pas royal mais curial !

Publié le 21 mars 2017 par Jean-Pierre Frey