Des missionnaires venus d’ailleurs en session

Du 22 au 26 Février 2016 s’est tenue la session « welcome » à Paris Orsay (La Clarté Dieu) pour les religieux et religieuses en France. Parmi les participants, il y avait trois SMA : Dieudonné de Lyon, Basil Soyoye de Saint-Pierre et Justin Inandjo du Zinswald, sans oublier la présence de deux sœurs NDA venues de Nantes, Éliane et Suzanne.

Basil et Justin voudraient déjà dire un sincère merci au district de Strasbourg et surtout au Père Supérieur Jean-Marie Guillaume de leur avoir donné la chance de partager avec leurs frères et sœurs d’autres congrégations ou Sociétés cette expérience très enrichissante. Dans les quelques lignes qui suivent, nous voudrions partager avec vous le contenu de cette session.

Nous souhaiterions ensuite dire pourquoi il nous parait important pour tout nouveau prêtre ou pour tout religieux ou religieuse venu pour une mission en France de participer à la session welcome. Qu’avons-nous reçu de cette réunion ? Comment cela peut-il nous aider a mieux comprendre la société et l’Église de France ? Et comment devons-nous aussi nous faire mieux comprendre et accepter par les Français ?

La session, organisée par la CEF [1] et la CORREF [2], a commencé le lundi 22 Février avec ce qu’on a appelé « se souhaiter la bienvenue en partageant découvertes et questions ». Cette première partie a débuté avec le mot d’accueil de Mgr Thierry Jordan, archevêque de Reims, membre de la commission épiscopale de la mission universelle de l’Église. Ensuite, le programme de la rencontre a été présenté aux participants par les animateurs de la cellule : « accueil pour prêtres, religieux, religieuses étrangers en France ». Les participants se sont alors présentés en mettant l’accent sur leur mission, leurs découvertes, leurs questions, ainsi que sur ce qui les choque en France : par exemple les sœurs ainées qui disent aux jeunes de ne pas porter le voile, de ne pas faire le signe de croix en public ou de ne pas porter le col romain, et d’autres choses de ce genre.

A la fin de cette présentation, Mgr Jordan a exhorté les participants à évangéliser surtout par le témoignage de vie. Il a souligné que chacun va en mission pour une bonne raison : aussi faut-il être toujours disponible et ne jamais dramatiser sa situation missionnaire. Aimer les gens comme ils sont pour pouvoir travailler avec eux, et ne jamais oublier que tout missionnaire est appelé a apporter un plus à la mission à laquelle il est assigné, a conclu Mgr Jordan.

Le mardi 23 février, nos discussions étaient centrées sur le thème « s’accueillir mutuellement dans sa différence ». Cette journée a été principalement animée par M. Pierre Diarra, un anthropologue, enseignant à l’université. Il a surtout mis l’accent sur : « les images culturelles qui nous façonnent, leur importance pour rencontrer l’autre ». Introduisant son thème, le défi de l’inter-culturalité, M. Diarra a souligné que la relation semble passer avant la vérité ou le savoir qu’il faut livrer sans condition. Ainsi, toute relation nécessite de passer de longs moments ensemble à s’apprivoiser, à se courtiser à apprendre à se connaître, à tisser des relations, à se faire confiance », mais aussi à se tester avant de commencer vraiment à échanger et à partager ce qu’on ressent au plus profond de soi-même. D’où la question de la communication. Celle-ci passe de la pluri-culturalité à l’inter-culturalité.

A ce point, il était important de savoir ce qu’est la culture et de comprendre pourquoi l’autre est « autre ». Au sens large, nous pouvons dire que la culture désigne tout ce par quoi l’homme affine et développe les multiples capacités de son esprit et de son corps. Dans le même sens, pour Tylor [3], « le mot culture (…) désigne ce tout complexe comprenant les sciences, les croyances, les arts, la morale, les lois, les coutumes et les autres facultés et habitudes acquises par l’homme dans l’état social ».

Mais les rencontres interculturelles ne se font-elles pas sur fond de conflits ? Quel rapport avons-nous avec l’autre ? Il est nécessaire d’affirmer ici que l’autre - l’autre comme moi ou l’autre comme l’autre de moi - doit toujours nous inspirer respect et nous inviter à faire preuve d’un peu d’humanité. L’inter-culturalité nous conduit à vivre les différences de manière positive même s’il n’a jamais été facile de gérer des problèmes socioculturels ou interculturels. Car, dans la même ligne que Amin Maalouf, nous pouvons affirmer qu’aujourd’hui, comme dans le passé, nous sommes appelés à inventer de nouvelles manières d’accueillir, compte tenu des nouveaux contextes qui s’imposent à nous. Ceci nous amène à une communication décentrée de nous-mêmes.

A ce point, nous étions tous d’accord que l’inter-culturalité, surtout du côté de l’Église face à la société, ne réussira que si elle est centrée sur l’Évangile. L’Évangile doit être au cœur de l’inter-culturalité, et la Bonne Nouvelle doit aussi transcender les cultures et se les approprier. En effet, l’inter-culturalité est aujourd’hui, et plus que jamais, un défi pour nos sociétés et nos Églises locales. Mais l’Évangile nous enseigne que c’est ensemble que nous formons l’humanité. L’Évangile doit être le critère de jugement et de communion entre les peuples et les cultures. Alors, ayons un regard positif sur la diversité des langues, des religions et des cultures car, entre le « même » et le « différent », on doit voir ce qui est complémentaire. Pour une inter-culturalité réussie, on doit comprendre qu’avec la mondialisation le dialogue interculturel s’impose, dans la douleur, les conflits, mais aussi dans la joie du partage, des échanges et de l’acceptation de l’autre dans sa différence car, de nos jours, on peut dire sans trop se tromper qu’en dehors du dialogue, point de salut.

Nous pouvons conclure que toute bonne intégration des prêtres, des religieux et religieuses venant d’ailleurs en France passe par une compréhension et une acceptation de la culture française et de son incarnation dans l’Évangile. Et ceci est aussi vrai pour les Français à l’égard de ceux qui viennent d’ailleurs. Et, puisqu’il était évident pour nous que nous ne pouvons pas connaître la culture française sans connaître l’histoire de la France, sinon son passé, nous avons centré la journée du mercredi 24 Février sur le thème : « La mission au cœur de la société française ». L’intervenant principal de ce jour était le Père Jean-Claude Lavigne op. Il a surtout mis l’accent sur la compréhension de la France par son histoire et le rôle de l’Église dans une société laïque française. En effet, passant par l’histoire ancienne et récente du pays, nous avons compris que non seulement la France telle qu’elle est aujourd’hui n’a pas toujours existé, mais aussi que la forme de la carte française actuelle ne date que de 1860. Oui, l’histoire a beaucoup affecté la société et la religion en France. En effet, le pays a connu un passé à la fois glorieux et douloureux. Le Père Lavigne dira d’ailleurs que la gloire et la fierté de la France ont été entrecoupées par ses blessures, dont les séquelles sont toujours présentes dans la société française d’aujourd’hui. Si toute l’histoire a un effet sur la société et la religion en France, nous pouvons affirmer que la crise de Mai 68 a beaucoup influencé et influence toujours la religion chrétienne, et surtout catholique. Tout prêtre et tout religieux ou religieuse venant d’ailleurs qui ignorerait cette histoire pourrait mal comprendre et mal interpréter certaines réactions de la société française envers la religion, et en particulier face au catholicisme. Une fois encore, on doit comprendre que la France est un État laïque. D’où la question du rôle de l’Église dans cette société laïque.

Effectivement, la plupart des participants ont déjà eu l’impression que la France a une certaine hostilité face à la religion, et notamment à l’Église catholique. Mais, comme l’avait si bien souligné le Père Lavigne, en France nous vivons plutôt ce que l’on peut appeler la « laïcité et le sécularisme ». Ainsi, il était clair que la loi du 9 Décembre 1905 concernant la séparation de l’Église et de l’État faisait de la République française un État laïque. La laïcité peut être une machine pour ou contre la religion. Cette loi porte ainsi en elle des avantages et des faiblesses au niveau de la relation entre l’État et la religion. Car elle déclarait à la fois la séparation de la religion vis-à-vis de l’État et la liberté de religion : tout culte peut être pratiqué sans qu’aucun ne soit supérieur à l’autre, stipulait-elle.

En conclusion, nous pourrons affirmer que ces quelques jours passés à Paris Orsay ont été d’une grande importance pour nous, prêtres et religieux qui venons d’arriver en France. Les différentes interventions nous ont permis de mieux comprendre la culture française et sa société, surtout par son histoire. Nous avons pu comprendre que nous sommes ici pour une mission déterminée : celle de l’annonce de l’Évangile par la parole et l’exemple de nos vies. Mais la question que presque tous les participants se sont posée est celle-ci : qu’avons-nous de nouveau à apporter à la société française en général et à l’Église catholique française en particulier ? Car nous avons reçu l’Évangile des Européens, et parfois même des Français. Sans prétendre être des missionnaires à la manière des Européens ou des Français en Afrique, en Asie et en Amérique, nous sommes conscients que nous sommes ici parce que nous avons et pouvons apporter un plus à la France, surtout à son Église. Ne seraient-ce que les éléments culturels de nos différents pays et continents, qui peuvent enrichir la culture et l’Église françaises. Avant de nous séparer, nous avons encore réfléchi sur l’avenir de l’Église dans le contexte actuel de la France. Malgré tout, nous sommes tous d’avis que l’Église de France vit et vivra toujours car c’est une œuvre de Dieu.

[1] Conférence des Évêques de France.

[2] Conférence des religieux et religieuses de France.

[3] E. B. Tylor, Primitive culture, 1871, t. l, p. 1.

Publié le 10 juin 2016 par Justin Inandjo