Devenir le signe de la présence de Dieu

3ème dimanche de carême

1 – Lectures [1]

Première lecture
Lecture du livre de l’Exode (brève : 20,1-3.7-8.12-17) (Ex 20, 1-17)
Dieu donne sa loi par Moïse

Sur le Sinaï, Dieu prononça toutes les paroles que voici :
« Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage. Tu n’auras pas d’autres dieux que moi.
Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre.
Tu ne te prosterneras pas devant ces images, pour leur rendre un culte. Car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux : chez ceux qui me haïssent, je punis la faute des pères sur les fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération ;
mais ceux qui m’aiment et observent mes commandements, je leur garde ma fidélité jusqu’à la millième génération.
Tu n’invoqueras pas le nom du Seigneur ton Dieu pour le mal, car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui invoque son nom pour le mal.
Tu feras du sabbat un mémorial, un jour sacré.
Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage ;
mais le septième jour est le jour du repos, sabbat en l’honneur du Seigneur ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l’immigré qui réside dans ta ville.
Car en six jours le Seigneur a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent, mais il s’est reposé le septième jour. C’est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat et l’a consacré.
Honore ton père et ta mère, afin d’avoir longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu.
Tu ne commettras pas de meurtre.
Tu ne commettras pas d’adultère.
Tu ne commettras pas de vol.
Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.
Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne : rien de ce qui lui appartient. »

Psaume : Ps 18, 8, 9, 10, 11

R/ Dieu ! Tu as les paroles de vie éternelle

La loi du Seigneur est parfaite,
qui redonne vie ;
la charte du Seigneur est sûre,
qui rend sages les simples.

Les préceptes du Seigneur sont droits,
ils réjouissent le cœur ;
le commandement du Seigneur est limpide,
il clarifie le regard.

La crainte qu’il inspire est pure,
elle est là pour toujours ;
les décisions du Seigneur sont justes
et vraiment équitables :

plus désirables que l’or,
qu’une masse d’or fin,
plus savoureuses que le miel
qui coule des rayons.

Deuxième lecture
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens (1Co 1, 22-25)
Sagesse du monde et folie de la croix

Frères,
alors que les Juifs réclament les signes du Messie, et que le monde grec recherche une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les peuples païens.
Mais pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient Juifs ou Grecs, ce Messie est puissance de Dieu et sagesse de Dieu.
Car la folie de Dieu est plus sage que l’homme, et la faiblesse de Dieu est plus forte que l’homme.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 2, 13-25)
La prophétie du Temple relevé en trois jours

Comme la Pâque des Juifs approchait, Jésus monta à Jérusalem.
Il trouva installés dans le Temple les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. »
Ses disciples se rappelèrent cette parole de l’Écriture : L’amour de ta maison fera mon tourment.
Les Juifs l’interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? »
Jésus leur répondit : « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai. »
Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce Temple, et toi, en trois jours tu le relèverais ! »
Mais le Temple dont il parlait, c’était son corps.
Aussi, quand il ressuscita d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent aux prophéties de l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.
Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en lui, à la vue des signes qu’il accomplissait. Mais Jésus n’avait pas confiance en eux, parce qu’il les connaissait tous et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme : il connaissait par lui-même ce qu’il y a dans l’homme.

2 – Homélie

Quelle mouche aurait piqué Jésus ? Pourquoi une telle crise de colère ? serait-on tenter de le demander. Les transactions au Temple semblaient tout à fait autorisées au profit des nombreux pèlerins qui montaient chaque année à Jérusalem. Ils venaient de toute la Palestine et même au-delà, c’est-à-dire de la diaspora, offrir leur sacrifice dans le Temple. Les offrandes étaient constituées de bœufs, de brebis et de colombes pour les moins fortunés. Au cours du transport vers Jérusalem, certaines de ces bêtes pouvaient se blesser et devenir impropres au sacrifice. Il était alors pratique de les acquérir sur place. Par ailleurs, toutes ces transactions étaient faites avec la monnaie ancienne, et non pas avec la monnaie romaine. Les grands prêtres gardaient l’œil sur toutes ces transactions qui constituaient leur fond de commerce. En ce sens, on pourrait dire que la pratique était courante.

Au-delà de cette crise de colère phénoménale, les disciples de Jésus « se rappelèrent cette parole de l’Ecriture : l’amour de ta maison fera mon tourment [2]. » Ce passage est en effet tiré du psaume 69. C’est le cri de détresse du fidèle qui est victime de son attachement au Seigneur :
« C’est pour toi que je souffre l’insulte,
Que la honte me couvre le visage,
Que je suis un étranger pour mes frères,
Un inconnu pour les fils de ma mère ;
Car le zèle de ta maison me dévore,
L’insulte de tes insulteurs tombe sur moi [3]. »

Il convient alors de voir dans cette explosion exceptionnelle de colère la marque de l’attachement de Jésus à son Père. Rappelons-le : pour Israël, le Temple n’était pas qu’une structure architecturale. Il était le signe de la présence de Dieu au milieu de son peuple, et donc un moyen indispensable dans la communion qui les liait Dieu tous deux. Le Temple et les commandements pour les Israélites hier ; l’Eglise et les sacrements pour les chrétiens aujourd’hui. Tout cela semble obsolète à la lumière de la révolution qu’annonce Jésus. N’a-t-il pas poussé l’audace jusqu’à l’effronterie en annonçant la destruction du Temple, lieu de la rencontre de Dieu avec les hommes ? Quel sacrilège !

Loin de sous-estimer les signes et les moyens de salut que le Seigneur place à la disposition de l’homme, Jésus ouvre de nouvelles perspectives. La seule personne qui fera véritablement communier à Dieu, c’est son Fils Jésus Christ dont le corps est le nouveau Temple. Ce qui compte désormais, c’est de ne pas nous enfermer dans des expédients qui peuvent à la longue devenir des boulets. Nous les traînons, et ils nous empêchent d’avancer allègrement sur les chemins de la vie et d’accueillir avec enthousiasme le mystère de la Croix.

Libérons-nous de toutes ces attaches qui nous retiennent et nous enferment sur nous-mêmes et dans nos certitudes. Grâce à l’Esprit Saint qui nous meut, laissons-nous modeler à l’image du Corps du Christ, et devenons à notre tour le signe authentique de la présence de Dieu parmi nos frères.

[1] (c) AELF 2011 www.aelf.org, le site officiel de la traduction française de la liturgie catholique.

[2] Jn 2, 17.

[3] Ps 69, 8-10.

Publié le 13 mars 2012 par Nestor Nongo Aziagbia