Docteur Nongo !

Le Père supérieur du District sma de Strasbourg, Nestor Désiré Nongo Aziagbia, nommé par le pape Benoît XVI le 14 mai 2012 à la dignité épiscopale, se devait de soutenir une thèse de doctorat de théologie catholique avant de prendre ses nouvelles fonctions. Il l’a fait avec brio, lundi 2 juillet dans la salle Fustel-de-Coulanges du Palais Universitaire de Strasbourg, en présence de près d’une centaine de confrères, de paroissiens, de connaissances et d’amis des Missions Africaines.

Le jury présidé par Monseigneur Joseph Doré, archevêque émérite de Strasbourg et professeur à l’Institut catholique de Paris, comprenait quatre autres théologiens de renom : les professeurs Michel Deneken et Simon Knaebel, de l’Université de Strasbourg, Fred Poché, de l’Université catholique de l’Ouest et Abel Kouvouama, de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour ; ce dernier n’a malheureusement pu être présent mais avait transmis son rapport.
Devant cet éminent aréopage, le soutenant a présenté ses travaux intitulés La fraternité en Christ : fondements de l’être ecclésial et son incidence africaine comme sa contribution à la représentation que les hommes se font de l’Eglise. Car l’être ecclésial est appelé à faire Eglise et à être Eglise. La fraternité en tant que communauté de frères et de sœurs ne peut se réaliser que dans l’Esprit Saint, affirme-t-il encore dans sa monographie de 521 pages que l’un ou l’autre membre du jury a trouvée trop longue [1], mais que tous ont jugée très intéressante et enrichissante dans la forme comme dans le fond.

Questions pièges et franches réponses
Riche de son expérience pastorale et de son vécu en paroisse en tant que chargé d’âmes entre autres à la chapelle des Missions Africaines à Haguenau puis dans la communauté de paroisses « Terre de missions » [2], Nestor a abordé ses travaux sous l’angle de la pastoralité de la théologie, a souligné le Professeur Michel Deneken qui a aussi été son directeur de thèse. Le président Monseigneur Joseph Doré a, pour sa part, présenté le soutenant comme un théologien de troisième génération qui assume l’africanité.

Puis le Père Nestor Nongo a dû faire front au feu nourri des questions de ses juges qui n’ont pas eu de peine à relever dans ses travaux quelques petites failles ou insuffisances, ce qui est de bonne guerre. C’est finalement leur boulot ! Après des réponses satisfaisantes du doctorant à ses légitimes interrogations, Michel Deneken en a conclu que Nestor a voulu situer son sujet de la fraternité en Christ à la fois dans sa réalité anthropologique, sa réalité sociologique et sa dimension symbolique.
Le Professeur Michel Deneken a fait lecture du rapport de son confrère absent, le Professeur Abel Kouvouama, qui a rendu un avis favorable pour un travail bien écrit, aéré et de grande honnêteté intellectuelle. Enfin, le Professeur Simon Knaebel a fait à son tour la critique des travaux du Père Nestor, dans lesquels il a décelé un défaut d’analyse institutionnelle qui est pratiquée depuis près de 50 ans et qui combine sciences sociales et psychanalyse, ainsi que des contradictions, des antagonismes entre dialogue interreligieux et impératif missionnaire, entre évangélisation et sacramentalisation. En outre, l’établissement d’une critériologie en vue de l’évaluation de la fraternité n’est pas assez approfondi.

Le doctorant s’est bien entendu défendu avec ses atouts que sont la conviction, la franchise, l’honnêteté et l’humilité. Appartenant à un institut de vie apostolique, il conçoit sa mission de nouvelle évangélisation (en Afrique) par la puissance, non pas en premier lieu de la parole, mais de son témoignage et de ses actes, dans un esprit de fraternisation.
Après s’être retiré pour une brève délibération, le jury a validé les travaux du Père Nestor Nongo avec l’évaluation « très bien », sous les applaudissements nourris du public. Le président Monseigneur Joseph Doré s’est adressé au nouveau docteur en théologie catholique en concluant : Vous allez engager comme père et frère un service de fraternité.

Le Père Nestor a convié, pour terminer, toute l’assemblée au verre de l’amitié. Il devait quitter l’Alsace le 11 juillet 2012 à destination de la République centrafricaine, son pays natal, pour y être ordonné le 22 juillet évêque de Bossangoa, dont le diocèse ne comprend certes qu’une douzaine de paroisses très vastes mais qui s’étend sur plus de 62.000 km². Soit sept fois et demie la superficie de l’Alsace !

[1] Le Professeur Simon Knaebel l’aurait compactée en 350 pages.

[2] Weitbruch, Gries, Kurtzenhouse, Niederschaeffolsheim, Harthouse.

Publié le 24 octobre 2012 par Etienne Weibel