Éduquer, un acte de foi

Est-il d’autre éducation que l’éducation pour la paix ? Est-il un but plus grand que la paix dans ce que nous apprenons aux enfants ? Quelles que soient les règles et les modes de vie transmis ou imposés selon les époques, quelles que soient les cultures, les conditions de vie, les situations géopolitiques…, la paix est cet idéal dont Albert Schweitzer disait qu’il « est pour nous ce qu’est une étoile pour le marin. Il ne peut être atteint mais il demeure un guide. » Dans les réflexions qui suivent, le terme « éducateur » englobe toutes les personnes qui transmettent des valeurs de vie aux plus jeunes dans les divers milieux qui les accueillent.

Eduquer, c’est guider vers la reconnaissance de soi
Nos paroles et nos actes sont les conséquences de nos pensées, même lorsqu’ils paraissent répondre à quelques pulsions irrésistibles. Ainsi, ce sont nos pensées négatives qui sont à l’origine du mal que nous commettons, et inversement nos pensées positives qui nous amènent à faire le bien.
Pour nous aider à différencier le bien du mal, la parole de Jésus, rapportée par Matthieu [1], est limpide : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux : voilà la loi et les prophètes. » Un enfant en comprendra plus aisément la formulation suivante : « Ce que tu ne veux pas que les autres te fassent, ne le fais pas aux autres ! » Pour s’approprier cette parole, il devra oblitérer son ego et s’intéresser aux autres. Cela ne se fera pas en un claquement de doigts. Il faudra des années pour prendre conscience du bien ou du mal dont sont empreintes les pensées qui surgissent et les conséquences qu’elles sont en mesure de créer, en lui et autour de lui. Par ces mots, Jésus a posé le fondement de l’éducation au respect sur lequel on pourra construire la vie en commun et le bien-vivre-ensemble.

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Une salle de classe dans les années 50.
Photo sma strasbourg

Le second commandement qu’Il énonce : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même [2] », est bien plus difficile à faire germer dans le cœur d’un jeune. Avant d’aimer son prochain, il lui faudra apprendre à s’aimer lui-même : s’accepter tel qu’il est, se pardonner ses propres erreurs et ne pas trop piétiner en s’apitoyant sur ses malheurs. Il devra découvrir les qualités qui sont en lui pour s’autoriser à rêver sa vie, et pourquoi pas vivre ses rêves, dans le plus grand respect de son prochain en comprenant qu’il est lui-même le prochain pour les autres.

Comment demander à un jeune de s’aimer lui-même alors qu’il est en perpétuelle mutation ? Chaque jour lui apporte son lot de changements, de transformations tant physiques que mentales, affectives ou émotionnelles. De la joie débordante au mal être, de l’abattement à l’exubérance, les hauts et les bas se succèdent. C’est dans ces changements, tout exaspérants qu’ils puissent paraître au premier abord, que réside la réalité d’un jeune. Ils sont sa fragilité, et ils recèlent sa beauté la plus pure. Pour devenir un diamant éblouissant, le carbone a été soumis à des pressions incessantes. Comme une fleur attend l’eau et le soleil pour s’épanouir, ainsi pour grandir un jeune a besoin d’être regardé avec bienveillance, avec admiration, encouragé et aimé… et parfois le tout en même temps !

Comment pourrait-on le guider sur le chemin escarpé de l’éducation sans ressentir pour lui de la compassion ? Aimer un jeune, c’est non seulement se réjouir avec lui de chaque étape qu’il franchit, mais c’est aussi souffrir de ses souffrances.

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M. Coulibaly Mamadou, instituteur de l’école de Litio, village de Côte d’Ivoire près de Kombolokoura.
Photo M. Sutter

Éduquer, c’est aimer sans concession.
Selon saint Augustin, « c’est de l’amour de soi-même que la règle de l’amour du prochain tire sa lumière ». Mais tant que l’amour qu’un jeune a pour lui-même est insuffisant, il le cherchera à l’extérieur de lui. Par ses paroles ou ses silences, son agressivité ou son indifférence, il exprimera ses manques, ses doutes, sa souffrance. Étymologiquement, patience signifie souffrance. Lorsqu’un jeune montre son impatience, il montre sa souffrance à sa manière en se révoltant contre elle. Il s’indigne contre ce monde qui l’entoure, peste de se sentir incompris, jusqu’à se faire mal. Sa souffrance est l’expression d’un doute, d’une méconnaissance, d’une ignorance, d’une peur. Elle produit son propre combustible, comme en un cercle dramatique. Il revient à l’éducateur d’aider le jeune à rompre ce cercle pour l’aider à en sortir, à s’en sortir. Mettre en lumière les causes de la souffrance permettra de discerner une voie de sortie.
La parole est une clé qui apporte cet éclairage, avec toutes les nuances qu’elle peut exprimer : de la douceur à la colère, de la compréhension à l’admonestation.

[1] Mt 7,12.

[2] Mt 22, 39.

Publié le 12 novembre 2012 par Jean-Marie Mosser