Éduquer, un acte de foi (suite)

Éduquer, c’est apprendre à chercher de la joie en toute chose
La vérité est dans l’être et le devenir, bien plus que dans l’avoir. Mais l’être est plus difficile à discerner et apprécier que l’avoir. Le père Monier disait qu’il faut « être en devenir », et il rajoutait, avec son humour incisif : « la tranquillité, c’est bon pour le cimetière ».

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Vue aérienne du Collège des Missions Africaines de Haguenau.
Photo sma Strasbourg

La vie est faite de quêtes et de fuites de la vérité. Mais que l’on se berce d’illusions ou que l’on se voile la face, aucune vérité n’est statique, particulièrement pour un jeune qui chaque jour se découvre différent. C’est dans la quête de sa propre identité qu’il la recherche. Il trouvera dans ses réussites et dans ses échecs des vérités passagères, illusoires, insatisfaisantes, auxquelles il s’identifiera pour un temps, avec tous les risques que cela implique dans l’image qu’il aura alors de lui-même et dans sa relation aux autres. Selon Pablo Picasso, « s’il y avait une seule vérité, on ne pourrait pas faire cent toiles sur le même thème ».

L’éducateur saura aider le jeune à démêler cet imbroglio, à corriger ses erreurs et les laisser derrière lui au bord du chemin. Il lui apprendra à les dépasser et à apprécier la joie qui accompagne les réussites bien méritées. Sa vérité sera faite de ces bonheurs qui paveront sa vie et de ceux qu’il rêvera pour ses lendemains et qu’il rendra possibles.

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Le Collège des Missions Africaines de Haguenau.
Photo sma Strasbourg

Progressivement, si l’équilibre se fait entre ce qu’il est et ce qu’il espère, entre ce qu’il fait et ce qu’il aime, entre ce qu’il dit et ce qu’il pense, entre qui il est et qui est son prochain, entre le respect qu’il attend et le respect qu’il donne, son chemin sera vrai. Ainsi, quelle que soit sa foi, la parole du Christ rapportée par Jean [1], « je suis le chemin, la vérité et la vie », éclairera sa route.

Le travail d’un éducateur, dans cette quête de vérité, est d’aider le jeune à ne pas vivre ses erreurs comme des fautes, à dépasser le sentiment de culpabilité ou d’incapacité qu’il peut ressentir, et à enrichir son expérience.

Éduquer, c’est guider sur le chemin de la vérité
En parcourant le chemin de la vie, on prend le risque de faire des faux pas, de se heurter aux autres, d’entrer dans des conflits, de contester les règles. Celles-ci sont faites d’interdits, de « Non ! Ne le fais pas ! », car ainsi rédigées elles ont l’avantage d’être claires et concises. Mais « la loi est faite pour le bien de l’homme. Si elle fait son mal, il faut la changer. Il faut agir d’après sa conscience, d’où la nécessité de bien la former afin d’être capable de se décider soi-même… Donnez-nous une morale qui respecte notre vie et non pas l’éteigne, ni qui la refoule, ni qui la tue, ni qui la renie », dit le père Monier.

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Entraînement de foot au Collège des Missions Africaines de Haguenau.
Photo sma Strasbourg

L’éducateur sait que pour découvrir les réalités de la vie, les jeunes traverseront des crises et seront tentés de transgresser des règles. Certains passeront à l’acte pour contester un cadre qu’ils perçoivent trop contraignant, ou parce qu’ils n’y trouvent pas motif à espérer, ou encore parce que les émotions qu’ils ressentent seront impossibles à taire. D’autres sauront prendre du recul sans sortir du cadre car, à leurs questions posées, les réponses obtenues auront été satisfaisantes. Chacun d’eux est chercheur d’espérance. Dans la plupart des cas, il suffira que l’éducateur donne de son temps au jeune avec bienveillance, pour le guider dans une prise de conscience et aviver en lui cette flamme de l’espérance qui vacille sous le vent de la contestation.

Parfois malheureusement, la transgression des règles et le sentiment d’insécurité conduira à l’opposition entre certains jeunes et à la violence, sous toutes ses formes, en paroles ou en actes, chez les garçons comme chez les filles. Pour le père salésien Jean-Marie Petitclerc, autre éducateur reconnu, « chacun, pour vivre en sécurité dans un groupe, a besoin que soit respecté son espace d’intimité. Il y a violence quand cet espace n’est plus respecté. La violence, c’est le contraire du respect ».

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Entraînement de foot au Collège des Missions Africaines de Haguenau.
Photo sma Strasbourg

À chaque fois, l’éducateur devra apporter, voire imposer, la paix avant de dénouer l’écheveau pour déterminer les raisons de cette violence. Ainsi, si dans les actes posés la violence paraît identique, on pourrait en déduire que les causes sont semblables. Or il n’en est rien. Comme chaque jeune est unique, par essence-même les motivations de chacun sont différentes. Souvent l’espérance pourra être ravivée et la paix scellée, bien avant que les motifs des conflits ne soient compris.

[1] Jn 14, 6.

Publié le 4 avril 2013 par Jean-Marie Mosser