En communauté « à l’italienne »

Cinq membres du District SMA de Strasbourg se sont partiellement immergés, dans la dernière semaine de septembre 2011, dans la vie quotidienne de la communauté mixte de quatre Pères de la Société des Missions Africaines et de trois Sœurs de Notre-Dame des Apôtres (NDA) qui anime actuellement la Maison SMA de Feriole, commune de Teolo, près de Padoue. L’autre Maison SMA d’Italie, celle du siège provincial, se trouve à Gênes.

Les visiteurs alsaciens, à savoir le Père Marcel Schneider et quatre laïcs actifs (Lily et Roby Bucher, Colette et Etienne Weibel), ont à cette occasion pu découvrir avec étonnement et admiration à quel point la cohabitation et la collaboration entre Pères SMA et Sœurs NDA (dont la congrégation, il est bon de le rappeler, a été fondée par le Père Augustin Planque, successeur du fondateur Melchior de Marion Brésillac à la tête de la SMA) pouvaient être harmonieuses et constructives.

Ils ont partagé avec eux nourritures spirituelles et terrestres, des temps de prière (matines et messe du soir), de repas (petit déjeuner et dîner) et de… plonge, dans un même élan d’âme et de cœur. Le contact avec les Pères et Sœurs italiens a été d’autant plus aisé qu’ils maîtrisent parfaitement le français pour avoir œuvré durant des années, voire des décennies, en terre de mission en Afrique.

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Photo Colette Weibel

Leur communauté est d’autant plus soudée par leur rencontre hebdomadaire du mardi pour rompre la nouvelle, partager leur vécu de la semaine passée et se projeter dans la semaine à venir, se mettre à l’écoute des uns et des autres. Une halte, un temps de « respiration » qui contribue à renforcer encore les liens internes.

Aménagements judicieux
La Maison SMA de Feriole a été aménagée de façon remarquable et fonctionnelle dans une ancienne ferme dont la conception, l’architecture et l’aménagement sont typiques de la région vénitienne. Dans le long et vaste hall d’entrée, qui correspond à l’ancien préau de ferme, le visiteur est « accueilli » par les Pères Melchior de Marion Brésillac et Francesco Borghero, le pionnier des missionnaires SMA italiens qui a œuvré au Dahomey (l’actuel Bénin) et au Nigeria. Leurs portraits sont en bonne place autour de la carte d’implantation des Missions Africaines dans le monde. Une sélection de publications religieuses (livres, revues, brochures, journaux…) y garnit un présentoir. Ecurie, étable, porcherie et grange ont été transformées en cuisine bien équipée, spacieux réfectoire et chapelle dont l’autel en coin se détache sur un fond de mur de briques rouges inachevé symbolisant l’Eglise universelle en perpétuelle construction, et dont le plafond en bois dessine un soleil rayonnant, source de Lumière. A l’étage, dans l’ancien fenil, ont été aménagées les chambres des Pères, alors que les religieuses occupent la maison d’habitation de l’autre côté de la cour.

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Photo Colette Weibel

Une imposante structure en béton judicieusement agencée y a été ajoutée voici une demi-douzaine d’années. Elle abrite, outre des chambres d’hôtes très spacieuses et bien équipées pour une vingtaine de personnes, une vaste salle de réunions et de conférences ainsi que des locaux techniques et de rangement. Bien des équipes et mouvements paroissiaux locaux et des alentours, mais aussi des associations laïques, en profitent régulièrement. Comme quoi nos amis italiens de la SMA ont le sens de l’initiative, de l’entreprise et du pari sur le futur !

Investissement des fidèles
Et pourtant, la communauté mixte SMA-NDA de Feriole ne dispose guère de ressources propres. Mais elle peut compter sur l’admirable générosité et avant tout l’exemplaire investissement humain et matériel de la population locale et des environs, où les Pères SMA sont très appréciés et estimés pour leur engagement pastoral régulier dans les paroisses. Un soutien humain, matériel et financier jusque-là indéfectible, qui se vérifie et se concrétise d’ailleurs dans l’énorme succès habituel de la kermesse annuelle organisée par les Pères et Sœurs sur deux dimanches. Outre leur temps de « récollection » à Feriole, les cinq voyageurs-pèlerins ont découvert ou redécouvert des lieux touristiques très courus, sanctuaires bien connus, monuments remarquables et splendides sites naturels en Lombardie et Vénétie.

Côme et sa cathédrale de marbre
Les premières étapes les ont conduits sur les rives enchanteresses des lacs de Côme et de Garde. La ville de Côme recèle, entre autres édifices remarquables, l’un des monuments les plus importants de Haute-Italie : sa cathédrale gothique édifiée entièrement en marbre à la fin du XIVe siècle et plusieurs fois remaniée. A remarquer que son entrée principale est flanquée de part et d’autre des statues de deux illustres enfants de Côme : l’écrivain et naturaliste romain du 1er siècle, Pline l’Ancien, auteur de la monumentale encyclopédie « Histoire naturelle » qui a longtemps fait référence dans les domaines des sciences et des techniques, et son neveu adoptif, l’écrivain et influent sénateur romain Pline le Jeune.
A la pointe de la petite presqu’île éponyme qui s’enfonce comme un coin dans la rive sud du lac de Garde, la charmante cité de Sirmione, submergée par d’incessants flots de touristes en toute saison, est festonnée de somptueuses villas ; parmi elles, celle de la diva Callas dont les cendres reposent au Père Lachaise à Paris. Du donjon de l’imposant château médiéval des Scaligeri (les seigneurs della Scala, de Vérone), le visiteur jouit d’une vue splendide sur la ville et sur le lac et, près du débarcadère, il peut croiser le poète latin du 1er siècle avant J.-C. Catulle, lui aussi natif de Vérone.

Daniele Comboni : « Sauver l’Afrique ou mourir »
Vérone la romantique, justement, avec sa maison de Juliette dont Shakespeare a immortalisé la tragédie de l’amour avec Roméo, était la prochaine étape des visiteurs alsaciens. Vérone, riche d’histoire et de patrimoine, avec ses célèbres arènes, son théâtre romain au bord de l’Adige qu’enjambe le ponte pietra [1], chef-d’œuvre romain qui était demeuré intact pendant 2000 ans avant d’être détruit en grande partie par les Allemands battant retraite en 1945, puis restauré. Vérone riche également de son passé spirituel, religieux, avec entre autres sa basilique San Zeno qui est une des plus belles églises romanes d’Italie et la statue de saint Daniele Comboni (1831 - 1881), un des plus grands missionnaires de l’histoire de l’Eglise, sur le corso del Popolo [2].
Daniele Comboni, qui fut le premier évêque [3] et vicaire apostolique de l’Afrique Centrale, fit en effet ses études théologiques à Vérone où il fonda, dans le cadre de l’œuvre du Bon Pasteur instituée par son protecteur le prélat véronais Mgr Luigi di Canossa, l’Institut missionnaire pour la « Nigrizia » (négritude), et plus tard l’Institut des « Pieuses Mères de la Nigrizia » pour y éduquer des enfants africains.
Fidèle à sa devise « l’Afrique ou la mort », le fondateur de la congrégation des missionnaires comboniens du Cœur de Jésus et des Sœurs missionnaires comboniennes organisa des animations missionnaires dans les plus puissants pays européens (Italie, France, Allemagne, Autriche…) pour les sensibiliser à la cause du continent noir. Il y « démarcha » les rois, les gouvernants, les hommes les plus puissants et les plus influents pour les convaincre de soutenir financièrement son fameux « Plan pour la régénération de l’Afrique », projet missionnaire qui pouvait se résumer par le slogan « Sauver l’Afrique par l’Afrique elle-même ». Il lança en particulier des appels à l’Europe en faveur des victimes de la famine au Soudan. Comme l’histoire se répète !

Padoue et le « Santo »
Padoue et Venise constituaient évidemment les deux étapes les plus importantes des touristes-pèlerins alsaciens. Parmi les découvertes à Padoue, la chapelle des Scrovegni (début du XIVe siècle), dont l’aspect extérieur en simples briques rouges ne paie pas de mine mais dont l’intérieur recèle un trésor qui constitue l’apogée de la peinture occidentale de l’époque et un des sommets de l’art chrétien : 53 magnifiques fresques du vieux maître florentin Giotto qui, visiblement influencé par Dante, a inauguré l’ère de la Renaissance. Ses fresques évoquent les vies de Joachim et Anne, de la Vierge (à laquelle Enrico Scrovegni et son père, riches marchands padouans, ont dédié la chapelle comme vœu d’expiation de leurs péchés d’usure) et du Christ, la majestueuse fresque du Jugement Dernier au-dessus de l’entrée formant le point d’orgue de cette œuvre magistrale, seul témoignage restant de l’activité de Giotto à Padoue.
Et parmi d’autres sites remarquables et incontournables figure bien évidemment, outre la basilique Sainte-Justine flanquée d’un monastère bénédictin plus que millénaire, la basilique Saint-Antoine (appelée basilica del Santo dans la ferveur populaire) érigée au XIIIe siècle, peu après la mort du frère mineur franciscain le 13 juin 1231. Complétée, modifiée et restaurée à plusieurs reprises, elle est certes en forme de croix latine avec trois nefs selon la tradition gothique, mais ses sept dômes renvoient à l’art byzantin et ses quatre clochers élancés rappellent les minarets des mosquées. Le tombeau de saint Antoine qu’elle abrite continue d’attirer, comme depuis bientôt huit siècles, des flots quasi ininterrompus de pèlerins.
Outre le Prato della Valle [4], une des plus grandes places urbaines du monde qui accueille chaque semaine un immense marché, l’intérêt des visiteurs alsaciens a été attiré par d’autres édifices remarquables de la cité de saint Antoine et ville natale de l’historien romain Tite-Live (Ier siècle avant J.-C.). Parmi eux, le somptueux Palazzo della ragione [5] du début du XIIIe e siècle qui, sous son toit caréné, abrite la plus grande salle suspendue du monde [6]. Cet ancien siège de l’administration et des tribunaux de la ville accueille aujourd’hui des galeries marchandes. Et le Palazzo Bo, du XIIe e siècle, siège historique de la célèbre université de Padoue fondée en 1222, qui a vu séjourner en ses murs des étudiants comme Nicolas Copernic (1473 – 1543) pendant trois ans et des professeurs tels que Galilée (1564 – 1642) durant dix-huit ans. Le palais Bô abrite en outre le plus ancien jardin botanique (datant de 1545) et le plus ancien « théâtre anatomique » (1594) du monde.

Venise, ses trésors et ses clichés
La prochaine escale de la poignée de membres SMA a été Venise, « la Sérénissime entre terre et mer », dont les fabuleux trésors naturels, patrimoniaux, architecturaux, culturels… ne sont plus à découvrir, ni à présenter. Parmi tant d’autres curiosités, ne citons que le Palais des doges, tête et cœur de la florissante et, à bien des égards, exemplaire République de Venise durant quatre siècles ; la place et la basilique St-Marc, surnommée « l’église d’or » tant le métal précieux est omniprésent dans la décoration intérieure et extérieure, en particulier dans les somptueuses mosaïques ; la Fenice, l’un des temples les plus prestigieux de l’opéra italien ; sans oublier le kaléidoscope d’images d’Epinal (le Grand canal, les vaporetti, les gondoles, les ponts des soupirs, Rialto et autres…).

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Photo Colette Weibel

Au pays de saint Pie X
Un périple à travers le merveilleux arrière-pays vénitien avec ses paysages verts et vallonnés, ses vignobles, ses abbayes et monastères, ses stations thermales, a conduit le groupe sur la « route de l’architecture », avec le temple du sculpteur et peintre Antonio Canova à Possagno et la cité médiévale d’Asolo, célèbre pour ses dentelles et le tissage de la soie mais aussi carrefour littéraire et artistique européen durant des siècles.
Les visiteurs en ont profité pour effectuer un crochet par la petite ville de Riese Pio X et visiter la maison natale de saint Pie X (1835 – 1914), le conservateur et néanmoins réformateur pape de l’Eucharistie et du (petit) catéchisme qui porte son nom. Malgré son aversion pour tous honneurs et hommages, un intéressant petit musée consacré à sa vie et son œuvre a été aménagé au fond du jardin de son humble demeure.
De courtes incursions dans les vallées et collines euganéennes ont plongé les visiteurs-pèlerins alsaciens dans le silence et le recueillement de lieux de vie monacale, comme le petit monastère franciscain de Monte della Madona et l’abbaye bénédictine de Praglia avec son imposante église lombardo-romane à doubles nefs latérales. Le séjour s’est achevé par un temps de flânerie dans deux stations thermales proches de Padoue, internationalement connues et spécialisées dans la fango-balnéothérapie : Montegrotto et surtout Abano, la plus ancienne et importante d’Europe, capitale du benessere [7].

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Un buste en marbre de Pie X près de sa maison natale.
Photo Colette Weibel

[1] Pont de pierre.

[2] Le cours du Peuple.

[3] A Khartoum, capitale du Soudan.

[4] Pré de la vallée.

[5] Palais de la Raison.

[6] 81m de long x 27m de large x 27m de haut.

[7] Bien-être.

Publié le 22 mars 2012 par Etienne Weibel