Entretien avec Marc Arbogast

David ARNOLD : Pourquoi avoir voulu faire un musée d’art vodou ?
Marc ARBOGAST : On n’a pas envie de faire un musée d’art vodou. Simplement, à force de collectionner, un moment j’ai eu beaucoup d’objets. J’ai eu l’impression que c’étaient des objets importants, je n’avais pas envie de les garder pour moi. J’avais envie de les partager. Voilà pourquoi le musée.
David ARNOLD : Et qu’est ce qui vous passionne finalement dans l’art vodou ?
Marc ARBOGAST : Par rapport à la majeure partie de l’art premier africain, ce sont les objets de culte qui présentent le plus de mystères. Dans l’art vodou, on retrouve des objets très chargés, des objets qui ont une longue histoire, ce qui les rend intéressants à découvrir. En plus, ils ont toujours une certaine force présente en eux. Par ailleurs, ce sont des objets, quand on les voit pour la première fois, que l’on les trouve laids. Et c’est quand on apprend à les connaitre qu’on voit leur beauté.

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Marc Arbogast.
Photo David Arnold

David ARNOLD : Et en tant que scientifique de formation, vous ne trouvez pas ça un peu folklorique ?
Marc ARBOGAST : Le vodou s’appuie sur une pharmacopée relativement importante. Il y a 41 plantes sur lesquelles ils font beaucoup d’extractions, et avec lesquelles ils soignent les gens. Ces plantes sont également introduites dans les fétiches, il y a donc un côté scientifique réel. Maintenant, si vous me demandez ce que je pense des croyances vodou, c’est comme si vous me demandiez ce que je pense des croyances chrétiennes. Je vous répondrai, en tant que scientifique, ce que disait Einstein : Définissez moi d’abord ce que vous entendez par Dieu et je vous dirai si j’y crois ! A part ça, le vodou est une religion comme une autre, elle est intéressante particulièrement dans la manière avec laquelle les prêtres agissent sur les populations.
David ARNOLD : Vous voulez dire que le vodou maintient un certain lien social ?
Marc ARBOGAST : Sûrement, d’abord parce que c’est une médecine de soins ; ensuite, il y a toute l’action psychologique de cette religion qui est aussi utile que les psychiatres dans les pays occidentaux. Ce qui est étonnant d’ailleurs, c’est que le vodou soigne les maladies mentales. Bien sûr, ils se servent là aussi de leur pharmacopée, et il y a un travail scientifique à faire à ce niveau. Certaines herbes sont déjà identifiées. Mais il ne faut pas croire que l’on va trouver des molécules miracles ; les grands labo pharmaceutiques se seraient déjà jetés sur ces produits.
David ARNOLD : Vous êtes vous-même protestant. Avez-vous l’impression que christianisme et vodou peuvent bien cohabiter ensemble ?
Marc ARBOGAST : Dans le vodou, il faut savoir qu’il y a un Dieu unique comme dans les religions chrétienne, juive ou musulmane. Les adeptes le définissent avec le mot « Sait-tout ». Tout ce qui est, c’est lui. Donc c’est très proche finalement de nos religions monothéistes. Il faut dire que dans le vodou, il y a eu, à travers les Pères Blancs, beaucoup d’apports chrétiens. La croix, par exemple, est présente dans de nombreux objets. Leurs divinités sont finalement très proches de nos saints. Ils en introduisent régulièrement d’ailleurs dans leur panthéon. Même de grands hommes politiques, parfois. De Gaulle, par exemple. Sur place, au Togo ou au Bénin, il n’y a pas de rivalités fondamentales entre ces religions. Et finalement, ils ont le même questionnement que les Chrétiens, c’est à dire qui suis-je, d’où je viens et où je vais....
David ARNOLD : Qu’est ce qui a changé en vous depuis que vous vous intéressez au vodou ?
Marc ARBOGAST : C’est embêtant à dire, mais tout en restant croyant je me suis beaucoup séparé des religions une fois de plus. Cela confirme ce que je pensais déjà : je fais bien ma route tout seul, je n’ai pas besoin de structures autour de moi, de systèmes qui créent souvent des dissensions.

Publié le 16 janvier 2014 par David Arnold