Esprit de Pentecôte… souffle de Dieu

« Dieu, je ne l’ai pas rencontré là-haut ! » aurait dit Gagarine au retour de sa mission dans l’espace… Mais il n’avait pas à le rencontrer. Il ne lui avait pas fixé de rendez-vous, pour la simple raison qu’il ne suffit pas de monter là-haut sur la montagne ou en orbite autour de la terre, ni même sur la lune pour rencontrer Dieu…

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La Pentecôte selon la Renaissance italienne

L’Esprit, par contre, dès le début, plane au-dessus du chaos initial selon la Genèse, mais pour changer le « chaos » en harmonie où qu’il soit, dans notre monde, dans notre cœur ou notre vie. Avant de « retourner » vers Dieu, Jésus annonce à ses disciples la « promesse du Père » et leur dit d’attendre à Jérusalem jusqu’à sa réalisation. Et la promesse du Père devint le matin de la Pentecôte, de l’Esprit qui bouleverse les apôtres et tout Jérusalem. Un tel évènement, il n’y en aura plus, comme il n’y aura plus de nuée de feu sur le Sinaï. Les temps ont changé et il y a eu un déplacement de perspective… Désormais l’Esprit ne se trouve plus en dehors ou au-dessus de nous, mais en nous.

Au commencement, nous dit la Bible, Dieu a créé et harmonisé le monde et le cosmos. Mais Adam et Eve, avec leur pomme, les ont ébranlés. Depuis, le monde est bancal et il ne faut pas grand-chose pour le perturber… Et c’est à l’homme, et surtout au baptisé, d’arranger sans cesse ce monde en déroute, en déviation ou en dissidence depuis le dérapage initial d’Adam et d’Eve.
L’Esprit des commencements est ainsi descendu sur nous à notre Baptême, qui est notre propre Pentecôte. En effet, depuis lors, la Parole de Dieu qui a créé le ciel et la terre habite en chacun d’entre nous.
Et c’est à nous et à notre tour d’être des « créateurs »… Ah ! C’est plus difficile que d’être des consommateurs… Il faut mettre la main à la pâte avant de goûter au gâteau ! Nous avons été appelés pour cela. Alors nous avons le choix, ou de « ruminer » sur notre destinée souvent triste, ou de tout « bouffer » comme l’ont fait Eve et Adam. Ou encore de nous mettre debout, et de nous revêtir de la sagesse du Père et de la force l’Esprit pour nous mettre au boulot.
L’enfant que l’on gave, ou à qui on satisfait tous les souhaits, devient vite attentiste – pas pentecôtiste, attentiste -, mou et exigeant… Je le veux, et je le veux tout de suite !, voici son cri quasi permanent, parce qu’il crie, lui, il ne parle pas. Tandis que l’homme qui est mature dit en lui-même ou à son épouse : je vais y arriver et je veux le faire... Un jour, devant la foule, Jésus a dit à ses apôtres : « Donnez leur vous-mêmes à manger ». Mais ils n’ont rien su faire, sans doute parce qu’ils étaient déjà des consommateurs… Oui, consommateurs des bienfaits du Seigneur !

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La Pentecôte
Enluminure du sacramentaire de saint Géréon

Depuis les commencements, l’Esprit fait tout, mais pas tout seul… Il y a aussi le Père et le Verbe… Dans la Bible, le Père parle et le Verbe fait. Ainsi, ils disent ensemble : « faisons l’homme à notre image », et homme et femme ils les font dans l’Esprit, naturellement.
Il y a tant de choses à faire pour rendre « visible », comme on dit maintenant, l’Esprit qui habite en nous depuis notre baptême, qui habite la communauté de notre baptême et qui habite le monde. Il a hâte de « descendre », s’il trouve des gens prêts à l’accueillir, comme les apôtres au matin de la Pentecôte.

Alors, ne restons pas assoupis sur nous-mêmes et ouvrons les yeux pour voir ce qu’il reste encore A FAIRE dans notre monde ! « Venez et voyez », a dit Jésus à ses disciples. Souvent pourtant nous voyons, mais nous n’avons plus le souffle, le courage, pour faire. Parfois nous avons le souffle et nous ne voyons pas… C’est déconcertant…
On parle beaucoup aujourd’hui d’un vivre « avec »… Mais avec qui ? Ou d’un vivre autrement. Mais comment ? On a toujours eu peur de l’autre. Dans l’évangile, il s’appelait « lépreux » ; chez les cathos romains il s’appelait « juif », puis protestant, et aujourd’hui musulman… On l’évitait, ou on le chassait carrément, ou même on le brûlait quand la détresse régnait. Nous autres, les disciples du Nazaréen, nous avons une terrible mission : celle d’accueillir tout le monde et de donner l’hospitalité à tout homme en désarroi. S’indigner ne suffit plus, il faut s’engager pour vivre avec… C’est là où le bât blesse au quotidien. Car nous ne vivons pas avec, nous vivons loin et nous vivons contre, avec des barrières bien dressées et dans une admirable indifférence à l’autre.

S’indigner n’est toujours pas suffisant, et s’engager non plus. Il faut s’impliquer ! N’oublions pas : l’Esprit de notre Baptême nous a donné, à nous comme aux apôtres, le feu et la lumière, le souffle et la sagesse, le courage et la lucidité.
Ce sont nos compagnons pour continuer notre route aujourd’hui comme témoins fiables. Alors, bon voyage et bonne mission !

Publié le 5 septembre 2012 par Jean-Pierre Frey