Evangile de la joie et de l’humour

Le Père Ugo Bosetti a mis par écrit ses souvenirs. Il les a confiés à Claude Rémond qui les a soigneusement dactylographiés : 112 pages intitulées « L’histoire d’une vie » ! Voici le chapitre trois de ces souvenirs de mission [1].

Monseigneur Jean-Marie Cessou
Mais revenons en arrière, je n’ai pas parlé de Mgr Cessou, mort à Lomé le 3 mars 1945. C’était l’évêque « circulaires », alors que Mgr Herrmann, vicaire apostolique de la Basse Volta, originaire de Turkheim, était l’évêque « circulant ». Dans les archives du diocèse de Lomé, il doit y avoir des volumes de circulaires de Mgr Cessou. Non pas qu’il n’ait pas circulé, il visitait toutes les stations secondaires ; s’il y avait un groupe de confirmands, il y restait trois jours. Le Père qui l’accompagnait n’avait rien à faire sinon de dire le bréviaire avec lui, assurer les confessions et la cuisine et désigner les porteurs pour le village suivant. Justement, quand il était séminariste, il s’était juré, avec les Pères Keimer, Herman et Legrand, de prendre la vie en large et non pas en long. Ils sont morts à 60 ans, seul Legrand n’a pas tenu parole puisqu’il est mort à La Croix- Valmer à l’âge de 84 ans.

Dans sa dernière circulaire, Mgr Cessou nous disait que s’il était malade, c’était à cause de ses soucis, nécessaires et non nécessaires, à cause de la musique (au Nigeria il composait avec le Père Sauer des cantiques), à cause de l’écriture, des chamailleries avec les gouverneurs, les commandants, la Société des Nations... et aussi à cause des bonnes sauces que savent faire les femmes d’Anécho. A table, il nous interdisait de boire car cela ne va pas avec le piment. Il pensait à ses palmiers sélectionnés du plateau de Daye. En 1942, il m’a mené en Renault « Viva Stella » à Danyi Kakpe, chez le chef de canton. Tous les mois, il payait pour arroser ses palmiers et l’argent transitait par moi. Son séminaire ne vit pas le jour à cause de la guerre, mais le terrain de Dzogbégan fut donné par Mgr Strebler aux bénédictins d’En-Calcat quand ils sont venus en 1960 au Togo. Quand Mgr Cessou arrivait dans une station, il repérait le Père qui avait un paquet de cigarettes et, peu à peu, il le lui vidait... Travers de grand homme, mais les Pères l’aimaient bien car ils savaient qu’ils pouvaient compter sur lui, toujours prêt à les défendre unguibus et rostro.

Le Père Frédéric Steiner, par exemple, curé d’Agou, dit Fritz, fut réquisitionné en 1943 avec son vieux cuisinier pour planter des tecks. On voulait ainsi compenser le déboisement causé par les locomotives et les camions gazogènes en temps de guerre. M. Hort, agronome arrivant de la Martinique, fut chargé du projet et il ignorait ce que c’était qu’un Fadagan au Togo (Père Supérieur). Mgr Cessou lui écrivit une lettre pour lui expliquer que les Pères étaient exempts des corvées. En montrant cette lettre au Père Werlé, M. Hort eut ces mots : « Voyez, elle est saumâtre ! » En tout cas, ces tecks sont toujours là, même si durant les troubles de 1991-93 ils ont été saccagés et brûlés. Personne ne peut empêcher les tecks de repousser.

[1] Suite du Ralliement N°2012-2.

Publié le 18 septembre 2012 par Ugo Bosetti