Faire mémoire et ne pas oublier : le Père Jean Perrin

Sur son site Internet, le Père Silvano Galli publie des extraits de l’homélie donnée par le Père Jean-Marie Guillaume lors des funérailles du Père Jean Perrin.

Funérailles du Père Perrin

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Le P. Perrin
Photo Sr Rita Avesani
Marianiste, Tchébébé

64 ans de vie donnée au Togo

Le Père Jean Joseph PERRIN, né le 18 janvier 1925 à Fouchy (diocèse de Strasbourg), est devenu membre de la Société des Missions Africaines le 11 février 1951 et a été ordonné prêtre le 2 juillet 1951.

Il est décédé à Sotouboua, diocèse de Sokodé (Togo) le 6 novembre 2016, à l’âge de 91 ans.

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Le Père Jean PERRIN
Photo sma Strasbourg

1937-1939 Études à Haguenau
1939-1940 Études à Chamalières
1946-1948 Études à Chanly (Belgique)
1948-1952 Théologie à Lyon
1952-1966 Nommé à Sokodé (Togo)
1967-1992 Nommé à Blitta, diocèse d’Atakpamé (Togo)
1992-2016 Nommé à Sotouboua, diocèse de Sokodé (Togo)

Promu Chevalier de la Légion d’Honneur le 1er déc 2010

Nous sommes ici pour un temps de paix, de méditation, d’émotion, de tristesse et de joie, d’action de grâce. Nous rendons grâce pour le long cheminement qui a permis au Père Jean Perrin d’arriver à ce jour nouveau, à ce « monde d’en haut » qui est le but de la vie, dont parle la première lecture. Le monde d’en haut est pleine participation à la résurrection du Christ. C’était la foi du Père Perrin, qu’il a nourrie en lui et développée jusqu’au bout. Dans cette célébration, nous rendons grâce pour cette foi du Père Perrin et tout ce que sa foi lui a permis de réaliser.

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Les funérailles du P. Perrin
Photo Sr Rita Avesani
Marianiste, Tchébébé

Ce don de la foi, donnée au Père Perrin, a rejailli sur toutes les communautés chrétiennes qu’il a fondées, qu’il a accompagnées, qu’il a aimées, pour lesquelles il s’est dévoué pendant 65 ans de sacerdoce : les communautés de Sokodé tout au début de son ministère au Togo, celles de Kara-Yadé pendant 15 ans, de Blitta pendant 25 ans, de Tchébébé pendant 6 ans, de Sotouboua, pendant 19 ans. On a pu voir comment le Père Perrin a marqué la communauté catholique de Sotouboua par la construction des églises et comment aussi il a marqué ce quartier attenant au sanctuaire. Partout où il est passé, le Père Perrin a laissé une trace de foi, de charité, d’évangile.

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L’oeuvre de son coeur : les majorettes
Photo Sr Rita Avesani
Marianiste, Tchébébé

C’est Notre Dame de la Merci, Notre Dame de la Miséricorde, qui nous accueille aujourd’hui pour rendre grâce pour cette vie si longue et fructueuse. Ce sanctuaire, il l’a fait construire parce que lui-même avait fait l’expérience de la Miséricorde obtenue par l’intercession de Marie. Il avait promis à la Vierge Marie d’ériger un édifice en son honneur s’il revenait des horreurs de la guerre, là-bas sur le front de Russie. Il est revenu de la guerre et a pu réaliser sa promesse. Le sanctuaire a été inauguré en juillet 2011, en même temps qu’il célébrait ses 60 ans de sacerdoce.

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Le salut de la bande musicale de jeunes
Photo Sr Rita Avesani
Marianiste, Tchébébé

Au sanctuaire, Jean a voulu ajouter une grotte, comme à Lourdes ; c’est le dernier ouvrage qu’il a pu superviser. Le 28 mai dernier, Il écrivait : « Bonne nouvelle. La statue de la Vierge Marie est arrivée telle que je la voulais… Je veux que les pèlerins et autres de passage puissent boire l’eau bénite comme à Lourdes, d’où installation de l’eau courante... Marie m’a beaucoup aidé pour le sanctuaire, et protégé tout au long de la guerre et jusqu’à maintenant. Papa avait fait le vœu de m’envoyer à Lourdes si je revenais et j’y suis allé. Ce n’est pas trop de lui offrir cette grotte. »

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La lituregie funéraire présidée par Monseigneur
Photo Sr Rita Avesani
Marianiste, Tchébébé

L’eau, symbole de vie et de vie éternelle, c’est un des soucis majeurs de sa vie. Il en a utilisé beaucoup pour les nombreux baptêmes qu’il a administrés, pour les nombreuses églises et chapelles qu’il a fait construire et fait bénir. L’eau, le Père Perrin en savait la valeur et la nécessité. Avec son pendule, pendant des années, il en a cherché en de nombreux villages et communautés. La première chose qu’il faisait lorsqu’il entreprenait une construction était de faire creuser un puits et de se garantir la réserve d’eau nécessaire. Partout où il a habité, il cultivait un jardin et l’eau n’y manquait jamais, comme ne lui a jamais manqué l’eau de la grâce.

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Les signes du services sur le cercueil
Photo Sr Rita Avesani
Marianiste, Tchébébé

Des talents, il en a reçu... Il a su les mettre en valeur et parfois les découvrir. Le premier cadeau que Dieu lui a donné, et qui a été la base de la solidité et de la force de son engagement et de toute sa vie, a été celui de la foi et de la confiance, une foi reçue de ses parents, de son père qui l’a envoyé à Lourdes, de son village qui a donné au moins six prêtres aux Missions Africaines. La foi que Jean a reçue l’a fait vivre, engendrant une confiance à toute épreuve, confiance en la vie, don de Dieu, qu’il a su maintenir lors de la guerre, confiance en Dieu, confiance en Marie.

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Photo Sr Rita Avesani
Marianiste, Tchébébé

Un autre don qu’il a développé est celui de la compassion pour les malades et les plus pauvres… Ils sont toujours venus nombreux frapper à la porte de son cœur. Sa compassion pour les plus pauvres l’a mis plusieurs fois en un mouvement empreint de colère et l’a fait intervenir auprès des autorités locales et même nationales : la suppression d’un éléphant isolé dévastateur, l’obtention d’un territoire pour des réfugiés, pris sur la réserve de la faune dans l’au-delà de l’Anié, derrière Tchébébé, d’où le tracé d’une nouvelle route, la construction d’un autre pont, la création d’un dispensaire officiel, d’une école...

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Photo Sr Rita Avesani
Marianiste, Tchébébé

L’école, l’éducation, a été un autre de ses soucis. Des écoles, des collèges, il en a mis partout où il est passé. L’une de ses premières réalisations a été l’école secondaire de Kara, ouverte en 1956, qui est devenue plus tard le collège Chaminade. Il a aussi construit les premiers bâtiments de ce qui est devenu le collège Adèle pour les filles. Il en évoque le souvenir : « Quand j’avais fait la demande d’un collège catholique pour Lama-Kara, ça avait fait l’effet d’une bombe : je n’avais rien, l’évêque n’avait rien non plus, et le ministère n’en voulait pas. Ils ont finalement accepté à condition que ça ne porte pas le nom de collège, mais Institut Secondaire, et c’est parti… »

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Photo Sr Rita Avesani
Marianiste, Tchébébé

L’éducation scolaire ne lui suffisait pas, il a utilisé ses talents de musicien évidents, au-delà d’une surdité maximale, à enseigner la musique, la trompette et l’orgue électronique. Il a développé les groupes de majorettes et les cliques, toujours présentes et actives aux grandes manifestations. Il nous fait plaisir de les voir aujourd’hui devant nous, remplies d’émotion et de talents. En tout cela, il n’a jamais oublié le service pastoral qu’il accomplissait avec soin, en utilisant les moyens les plus modernes qui se présentaient, le cinéma, la vidéo, l’internet, strict et exigeant pour la vie chrétienne.

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Sa dernière demeure au pied du Sanctuaire marial
Photo Sr Rita Avesani
Marianiste, Tchébébé

Il avait des projets plein la tête, encore à la veille de son décès : « J’ai commencé un amphi, pas assez grand paraît-il... je me suis encore donné trois ans… », écrivait-il encore le 5 juin 2016. « Il est mort en travaillant », me disait hier soir un prêtre qui était près de lui en ses derniers jours. Mais le corps, usé par tant d’activités, ne tenait plus, et un jour, il faut bien s’en aller. Alors qu’il venait d’achever la supervision de la grotte dédiée à Notre Dame de Lourdes, Notre Dame de la Merci, la Vierge Marie, l’aura conduit au matin d’un jour nouveau, à la rencontre du Vivant. Nous pouvons dire avec lui : « Le Seigneur a fait pour moi des merveilles ».

Publié le 23 janvier 2017 par Jean-Marie Guillaume