Faut-il canoniser Mgr Melchior de Marion Brésillac ?

Personne ne doute que le Fondateur de la SMA, Mgr Melchior de Brésillac, soit au ciel, auprès de Dieu. Cependant, pour son cheminement terrestre, l’Église présente à tout le peuple de Dieu des hommes et des femmes qui ont su répondre de façon exemplaire à l’appel à la sainteté adressé par Dieu à tous. La sainteté reconnue des frères et sœurs qui nous ont précédés est un trésor précieux à la disposition de tout chrétien de bonne volonté. D’ailleurs, souvent les fidèles ont proclamé en toute simplicité la sainteté d’un homme ou d’une femme santo subito, avant même la reconnaissance officielle de l’Église.

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Portrait officiel de Mgr Melchior de Marion Brésillac.
Photo SMA Strasbourg

Pourquoi « canoniser » le fondateur d’un institut ?

Les missionnaires d’aujourd’hui, comme ceux d’hier, ont besoin du témoignage des fondateurs de leurs instituts et de leurs successeurs les meilleurs pour les aider à répondre aux défis de la mission. Certes, les temps changent, aujourd’hui plus rapidement qu’hier. Cependant le témoignage des saints qui nous ont précédés reste une base solide pour un cheminement de vie chrétienne, et il est utile, voire parfois indispensable, lorsqu’il s’agit d’un institut, de reprendre leur intuition originelle et la façon dont ils ont répondu à l’appel de Dieu, et de les réajuster à la situation actuelle. En outre, l’introduction d’une cause de béatification par un institut oblige à faire des recherches, des analyses, des réflexions qui ne seraient jamais faites, ou faites de manière superficielle et sans méthodologie systématique [1].

Que faut-il chercher dans la vie et l’enseignement de notre Fondateur pour qu’il soit proclamé « bienheureux » ou « saint » ? Il s’agit d’abord de voir s’il a pratiqué les vertus chrétiennes de manière supérieure à l’ordinaire, disons de manière « extraordinaire » :
- les vertus théologiques, qui nous relient directement à Dieu : la foi, l’espérance, la charité ;
- les vertus qu’on appelait autrefois « cardinales » parce qu’elles garantissent l’équilibre de la personne : la prudence, la justice, la tempérance, la force de caractère.

Et voir aussi s’il a pratiqué ces vertus dans l’obéissance complète et habituelle à la volonté de Dieu, connue à travers un sérieux discernement spirituel. Après son retour de l’Inde, et avant de choisir l’Afrique et de fonder la SMA, Mgr de Brésillac écrivait à un ami : « Priez le bon Dieu qu’il me fasse connaître où se trouve ma place. Je ne lui demande pas qu’elle soit en Europe, ni en Asie, ni en Amérique, ni en Afrique. Toute la terre est au Seigneur, et, de tous les points, on trouve sans doute la route du ciel. Je ne lui demande que d’être où il veut, et de m’accorder cette paix de l’âme qu’il donne ordinairement à ceux qui se trouvent à la place qu’il leur a lui-même fixée [2]. »

Pour un institut missionnaire comme le nôtre, la cause de béatification de son fondateur est un temps favorable pour remettre en évidence ses convictions, son engagement et son charisme missionnaire, qui est à la base du charisme de la SMA. Elle devient en même temps un stimulant pour les missionnaires sma d’aujourd’hui et leurs amis et bienfaiteurs, qui les pousse à la suite de Jésus de manière radicale, constante, cohérente, courageuse et selon les signes des temps suscités par l’Esprit Saint, à s’engager dans « l’avancement spirituel » comme disait Mgr de Brésillac.

Lors d’une canonisation en 1975, le Pape Paul VI disait : « Les saints représentent toujours une provocation pour nos habitudes que, souvent, nous considérons prudentes seulement parce qu’elles nous sont commodes. La radicalité de leur témoignage secoue notre paresse et nous invite à découvrir certaines valeurs oubliées ».

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Mgr Melchior de Marion Brésillac.
Photo SMA Strasbourg

Pourquoi avoir attendu 130 ans ?

Pourquoi avoir attendu 130 ans pour introduire la cause de béatification de notre Fondateur auprès de la congrégation pour la cause des saints, organe officiel du Vatican qui examine les demandes de béatification ou de canonisation ?

Dans l’Église, généralement, il y a beaucoup de béatifications ou canonisations de chrétiens décédés récemment : par exemple, Padre Pio, Jean XXIII et surtout Jean-Paul II, Mère Teresa. Chaque cause a son histoire. Les circonstances varient de l’une à l’autre. Ainsi, la vie, et donc la biographie, d’un prêtre qui a vécu toujours dans son diocèse n’est pas comme celle d’un missionnaire qui a été sur plusieurs continents et dont les confrères qui ont vécu avec lui ont vite disparu, comme dans notre cas. Il est donc plus difficile de trouver des témoignages sur sa vie et ses vertus. Certains aussi sont favorisés, de façon spéciale pourrait-on dire, déjà dès leur vie terrestre ou tout de suite après leur décès, et sont porteurs de grâces et de signes qui favorisent leur renommée et la dévotion des fidèles. D’autres ne sont apparemment pas porteurs de tels signes, mais leur sainteté est réelle, se réalisant dans l’exercice discret, presque silencieux, des vertus chrétiennes.

Pour notre Fondateur, un élément de grande importance est sa fécondité ecclésiale après sa mort tragique en Sierra Leone : les milliers de missionnaires qui sont partis pour l’Afrique, les Églises qu’ils ont contribué à faire naître et développer, la foule des baptisés, les nombreuses vocations sacerdotales et religieuses, les œuvres de promotion humaine, la douzaine d’instituts fondés par des membres de la SMA, sont des signes concrets d’une sainteté personnelle qui a produit de bons et nombreux fruits.

De plus, la mort rapide d’un grand nombre de missionnaires en Afrique a beaucoup marqué la SMA, et pendant des dizaines d’années son engagement le plus important a été le recrutement et la survie de ses membres en mission. Quand les missionnaires allaient en Afrique par bateau, la meilleure « dévotion » au Fondateur s’exprimait par la visite de sa tombe au cimetière de Freetown, en Sierra Leone.

Procédures

La procédure pour une cause de béatification exige que soient rassemblés tous les témoignages concernant le Serviteur de Dieu, tous ses écrits et ceux le concernant. Pour notre cas, nous avons déjà rassemblé quelques 12 000 pages. À partir de ce matériel doit être rédigé un grand document, appelé positio, qui présente la vie, les vertus, la renommée de sainteté de notre « candidat ».

Pour qu’une « cause » puisse exister et se développer, un autre engagement est nécessaire, celui de la promotion du candidat auprès du peuple de Dieu et, pour nous, spécialement auprès de nos amis, bienfaiteurs et collaborateurs. Il s’agit de faire connaître Mgr de Brésillac et de faire en sorte qu’on lui demande son intercession auprès de Dieu pour obtenir des grâces, des faveurs, et de les signaler. Un jour, parmi ces grâces, pourrait arriver un fait, souvent une guérison, absolument inexplicable du point de vue humain et naturel, que nous pouvons présenter à l’Église afin qu’elle le reconnaisse comme un miracle. Dans ce cas, la voie est ouverte à la béatification. Il faudra un autre miracle pour la canonisation.

Il va sans dire qu’en tout cela, l’élément de base principal est la foi, surtout la foi simple et humble de ceux qui savent faire confiance au Seigneur. Cette foi nous fait reposer sur l’aide du Seigneur, indispensable pour la vie et l’action de notre Société et de chaque missionnaire : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire », nous a dit Jésus [3]. Il est certain que notre Fondateur intercède auprès de Dieu pour nous, si nous savons lui faire signe…

Combien de temps encore faut-il pour que notre cause arrive avec succès à sa fin ? La réponse n’est pas facile. Normalement, les temps sont longs, quelques dizaines d’années, si toutes les étapes de la procédure arrivent à leur conclusion positive, si les membres de la SMA et leurs amis et collaborateurs y croient et s’y engagent, et si le bon Dieu est d’accord… Alors suivez l’exemple de notre Fondateur, priez, engagez-vous à fond dans votre tâche missionnaire et n’oubliez pas de signaler les grâces ou les faveurs reçues par l’intercession de Mgr Melchior de Marion Brésillac.

[1] Le Père Bruno Semplicio sma a écrit plusieurs livres sur le Fondateur, dont une biographie détaillée, publiée en 2006 à l’occasion du 150ème anniversaire de la fondation de la SMA. Il est actuellement le promoteur de la Cause de béatification du Fondateur. N’hésitez pas à lui signaler toute grâce et bénédiction reçue par l’intercession de Mgr de Marion Brésillac. Son adresse est :
Società delle Missioni Africane
Via della Nocetta 111
00164 ROMA
ITALIE
Béatification de Mgr de Brésillac

[2] À Mgr Luquet, le 11.6.1855.

[3] Jn 15, 5.

Publié le 8 octobre 2014 par Bruno Semplicio