Femme au puits du village

France et Hugues Siptrop sont des artistes dans le plein sens du terme, mais artistes engagés et qui vivent intensément le cadre et le contexte de la thématique de chacune de leurs créations. Il y a 24 ans, dans la commune de Windstein, au Nord de l’Alsace, une première réalisation de ce mémorial des deux guerres a vu le jour. Le temps et les ans ayant eu raison d’une œuvre en céramique, on l’a refaite en bronze.
France Siptrop a dit ce poème, composé par elle-même sur une tonalité symbolique de séparation, d’attente, d’incertitude et de refus du désespoir… toutes ces épreuves qui sont les purs produits d’une culture de guerre. C’est tout cela que France nous invite à revivre dans ce poème de la douleur et de l’espérance… avec son sourire .

« Un homme. Ou une femme.
Un ange ? on ne sait pas ».
...Je t’écris cette lettre. Où-es tu, wo bist du mein lieber ?
Les enfants vont bien. Ici le prix du pain a augmenté
on dort tous ensemble dans le salon pour avoir moins froid, ton petit dernier
m’a dit l’autre jour : « et papa il est où » ? je lui ai dit tout là bas très loin il revient
très bientôt viens que je te mette au chaud sous les couvertures dors mon petit
mon enfant mon amour...

Quand ils t’ont dit de partir pour la guerre, le jour était gris et il pleuvait
mon dieu ce qu’il pleuvait on aurait dit une muraille de pluie, et moi j’ai pensé
c’est peut-être là le ciel qui pleure sur la terre ?
Et j’ai pensé alors que je t’aimais et que tout restait possible, par amour...
Je voudrais te faire rire, te raconter des histoires de gamin
tu sais ces histoires sans queue ni tête mais qui font rire parce que l’été a été radieux
et que les foins sont rentrés... Je voudrais t’inventer des mots tendres au chocolat
et au café, et te dire tu verras, un jour il n’y aura plus de guerre...
Mais ce sont là des mots de femme. Oder Engelwörter ?
Cette nuit j’ai fait un rêve, la paix était à l’horizon, le ciel était myosotis,
alors « vergismeinnicht » mon ange...

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Mémorial des deux guerres à Windstein.
Photo Jean-Pierre Frey

Vous, vous parlez de ce que vous ne savez pas, vous ne savez pas ce qu’est la guerre,
la guerre c’est comme une blessure, incommensurable sur la peau du monde,
la guerre c’est quand il y a plus personne pour dire à quelqu’un, je t’aime…
Un jour où les obus pleuvaient à en mourir j’ai pensé,
wo ist mein jésus ?
Wo ist mein jesus nun gefangen ?
...Ruhe, mein freund. La paix soit avec toi petit frère, un jour il y aura des fleurs partout.
...Le village n’a pas changé. die blume sind uberall. blume und ruhe. zartheit. guthe.
Oh douceur oh bonté.

On entend un oiseau, divin aimé du cœur.

Publié le 1er mars 2012 par France Siptrop