Flexible

Qu’est-ce qui est flexible ? Un rameau jeune, frais, plein de sève, est, par exemple, flexible. Une branche sèche casse quand on la tord. Il parait qu’il en est de même pour les os. Les os des bébés ne cassent pas facilement.

En sera-t-il de même pour les esprits ? Ceux qui sont rigides cassent. Ne demandons-nous pas à l’Esprit Saint dans le Veni creator de nous rendre flexibles – flecte quod est rigidum - tout en demandant en même temps de demeurer fermes dans la foi. Ce qui veut dire que souplesse et fermeté vont de pair, loin de toute rigidité.

Et qu’en est-il de l’Écriture, de ce qui est écrit venant de Dieu, cela s’entend. Dieu a parlé, des hommes tendaient l’oreille, ils ont entendu, ils ont mis par écrit ce qu’ils ont saisi, avec le vocabulaire (ce qui se dit) qui était le leur. Cela laisse, semble-t-il, une marge d’interprétation. Cela veut-il dire que l’Écriture aussi est flexible ? Qu’on peut facilement la tordre, qu’on peut la tirer à soi selon son bon vouloir, qu’on peut lui faire dire ce qu’on veut bien entendre ? Là se situe la question. That is the question.

Et que penser de ceux qui étaient assez simples (sans détour) pour prendre les mots de l’Écriture à la lettre ? On peut penser à François d’Assise, à Antoine le Grand, celui du désert. Ont-ils eu tort de prendre Dieu au mot ? C’est ainsi qu’ils sont devenus des Saints ou, autrement dit, des Justes. En langage pédant, on dira qu’ils se sont ajustés à la parole de Dieu. C’est par la foi, qui est d’abord écoute, ensuite obéissance, qu’on devient juste, dit l’Écriture.

Faudrait-il là aussi la tordre parce qu’elle est flexible ? Et si on disait pour faire court : inflexible sur le fond, flexible sur la forme ? Il en a pleuré, le pauvre François, d’avoir été trahi même par les siens dans son amour extrême de la pauvreté, dans sa compréhension littérale de l’Évangile, dont le premier mot est : heureux vous les pauvres ; c’est à vous qu’appartient le royaume de Dieu. Certains ont traduit, en se trompant, le bonheur de Dieu, tant les mots Royaume et Bonheur sont proches à entendre en certaines langues. Proches à l’écoute, proches en réalité.

Publié le 23 février 2016 par A. K. sma