Georges Seddoh

M. Georges Seddoh, président du conseil de gestion de l’association du Village Renaissance à Yao-Kopé, est décédé le 3 février 2017 à 80 ans. Il avait été reçu comme Membre Honoraire de la SMA le 17 mars 2013. Blaise Gbaba, directeur exécutif du Village, présente son action.

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M Georges Seddoh entre le Père Charles Cuenin (à g.) et le Père Bernard Bardouillet (à dr.).
Photo Marc Heilig

En 1998, alors que j’effectuais un stage bénévole au Village Renaissance dans l’encadrement des jeunes sortis de prison, le P. Charles Cuenin me demande de faire un voyage à Lomé avec lui. Le second jour de notre séjour à Lomé, dans l’après-midi, le Père me dit : « On va aller chez un ami ». Arrivés à la maison, on nous dit que celui-ci n’est pas encore revenu du bureau. Nous nous sommes rendus au service, où un monsieur est venu à la rencontre du Père pour l’accueillir, en ouvrant largement ses bras et en les refermant sur les épaules du Père qui a eu aussi le même geste. Les deux hommes ont discuté longuement des activités du Village Renaissance. C’est à cette occasion que j’ai rencontré pour la première fois M. Georges Seddoh.

A toutes les séances de travail que le P. Charles Cuenin organisait à Yao-Kopé, M. Seddoh était présent. Mais rien n’indiquait qu’il devait ensuite prendre la tête du Village car le Père Charles avait identifié des organismes ou d’autres personnes pour sa relève. M. Seddoh avait l’habitude de dire que c’est à l’aéroport, le jour où le P. Charles quittait le Togo, que celui-ci lui a demandé expressément de prendre la gestion de son œuvre et lui a fait une décharge pour cela.

Après le départ du Père, M. Georges a pris à cœur la mission que son ami lui avait confiée. C’est ainsi qu’il est monté à Yao-Kopé ; sa première préoccupation était de découvrir réellement la structure et sa gestion. Plus tard, il fit venir de Lomé un cabinet d’experts-comptables en vue d’asseoir une gestion saine et répondant à la qualité d’une association. Après une transition avec des retraités de nationalité française, il négocie l’arrivée de coopérants européens pour la gestion de la structure et d’une communauté religieuse. En fait, son souci était que l’œuvre perdure car, à ce moment, il n’avait pas suffisamment de temps pour le Village à cause des hautes fonctions qu’il assumait à la tête de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Togo. M. Georges trouvait quand même du temps pour le suivi du travail qui est fait au Village, en témoignent ses multiples séjours à Yao-Kopé.

En mai 2008, le P. Charles décède. Le Village Renaissance devient un casse-tête pour M. Seddoh ; les ressources financières s’épuisent, il ne peut plus faire appel aux coopérants européens. Mais il faut que l’œuvre vive. Il met en place une équipe composée de nationaux. Il pense aussi à mobiliser les ressources internes et incite les dirigeants à monter des projets et à répondre aux appels dans le but d’obtenir des subventions. Des subventions sont ainsi accordées pour ouvrir un centre de réinsertion pour mineurs en conflit avec la loi, pour promouvoir le maraîchage, l’élevage de moutons et de lapins, un poulailler traditionnel amélioré, de grandes cultures… ou encore pour la réinsertion des détenus et ex-détenus en liberté provisoire. Il va de plus promouvoir des activités génératrices de revenus : en 2010, il entreprend l’élevage de poules pondeuses, contre vents et marées et parce qu’il y croyait. Aujourd’hui, cette activité contribue à satisfaire certains besoins de la structure.

Quand M. Georges Seddoh vous parlait du Village Renaissance, vous compreniez combien cette œuvre faisait partie de sa vie. Il a souvent dit : « Le P. Cuenin m’a confié son œuvre, j’ai l’obligation morale qu’elle vive… » En 2010, il cède gratuitement une salle de sa maison à Lomé pour que le Village y ouvre un bureau. Quand il est à Yao-Kopé, il réunit tout le personnel et échange avec lui dans un climat de confiance et de festivité. Il propose des repas qu’il paie de sa poche, au cours desquels il aime que l’on exécute les chants et danses de chez nous. Et, malgré son âge, il se lève et esquisse quelques pas de danse. A ces occasions, il invite le personnel à vivre vraiment la vie du Village comme le P. Charles l’a souhaité : résoudre nos difficultés « sous l’arbre à palabre »…

L’avenir et la continuité du Village Renaissance le préoccupent tant qu’il fait souvent cette réflexion : « Le P. Charles est un prêtre de l’Église catholique, il est de la Société des Missions Africaines ; l’œuvre qu’il a créée ne peut être qu’une œuvre de l’Église même s’il y a eu des incompréhensions à la naissance de cette œuvre ». C’est pourquoi il discute souvent de cette question avec le P. Bernard Bardouillet en présence du conseil de direction ; il rend visite à l’Évêque de Sokodé quand son calendrier le permet ; il partage avec la SMA la vie du Village. C’est peut être pour cela que cette société lui a décerné le titre de Membre Honoraire.

Je suis éducateur, responsable du département de la réinsertion, membre du conseil de direction du Village. J’ai eu la chance de travailler aux côtés de M. Seddoh. Je voudrais donc lui dire « merci » pour tout ce qu’il a fait pour cette œuvre. Aujourd’hui, il est entré dans la paix et la joie du Père. Que son esprit accompagne l’œuvre qu’il a tant aimée et qu’il trouve sa récompense auprès du Seigneur.

Publié le 3 juillet 2017 par Blaise Gbaba