Gérard Bretillot sma (1938-2014)

Semeur et bâtisseur

Gérard est le 8ème ou 9ème enfant (il y avait des jumeaux) né au foyer d’Auguste Bretillot et de Berthe Faivre qui en comptera 13. Il voit le jour le 13 mai 1938 dans la ferme familiale de « Sur le Bois », commune des Combes, dans le Doubs, près de Morteau, à 1 000 m d’altitude. À l’âge scolaire, avec ses frères et sœurs et les enfants des fermes environnantes, il marche les quatre kilomètres pour rejoindre l’école communale. L’hiver, quand la neige était abondante, le trajet était rude.

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Photo SMA Strasbourg

Un fertile terroir familial
La famille avait donné plusieurs Frères des Écoles Chrétiennes, dont Pierren, aîné de Gérard de 5 ans. Pierre était très lié à Gérard : deux fois il a emmené des groupes de grands élèves en visite de découverte des cultures et des églises au Togo. Gérard entre au petit séminaire Notre-Dame de Consolation le 3 Octobre 1950. Nous arrivions ensemble, petits et timides, dans cette imposante maison. Nos chemins se sont toujours croisés jusqu’en ce mois de juillet 2014, où j’étais près de lui à Lomé. Au petit séminaire, Gérard venait en premier par ordre alphabétique, il venait aussi en premier en sagesse, discipline et docilité. À chaque rentrée scolaire, le papa Auguste Bretillot, sérieux et silencieux, ramenait son fils avec la traction avant, la maman Berthe l’accompagnait, discrète, attentive, affectueuse. Gérard était un très bon footballeur. Comme il avait été opéré de la rate, il ne s’essoufflait guère, et on était jaloux de lui sur ce point, et sur beaucoup d’autres encore. Ce que nous ne savions pas, c’est qu’il avait eu un grave accident. Quelques mois avant son entrée à Conso, il était tombé du tracteur et fut plusieurs jours entre la mort et la vie.

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Entraide entre missionnaires. Le P. Charles Cuenin et le P. Gérard Brétillot.
Photo SMA Strasbourg
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Le P. Gérard Bretillot en paroisse à Lomé.
Photo SMA Strasbourg

De sa nombreuse famille, Gérard a appris la fraternité, la solidarité, l’entente, l’esprit de réconciliation ; il a appris aussi ce qu’est la foi en Dieu, ce qu’est l’épargne et le travail, ce qu’est la terre, la gestion, l’honnêteté, le dévouement, le respect de l’autre, l’accueil. Cette vertu de l’accueil lui était devenue comme naturelle. Ce sont des milliers de gens qui sont venus chez lui pour des salutations, des conseils, des aides ponctuelles. Nombreux aussi les gens de sa famille et amis venus le visiter depuis la France. Il se faisait un plaisir de leur faire découvrir ses communautés chrétiennes dans un échange de cultures et de foi. Ces séjours ont généralement transformé le cœur des visiteurs. Sa façon d’être, sa façon de faire, son sens de l’accueil et de l’écoute ont été telles qu’il a été choisi comme Supérieur Régional des confrères sma du Togo. « Merci à toi Seigneur de m’avoir aimé et donné de grandir dans une famille unie, qui nous a appris le sens de l’effort, du service des autres et de la simplicité [1] ». Cette expérience d’une famille unie l’a probablement inspiré à lancer à Lomé la pastorale des familles. Son enracinement paysan l’a conduit à créer de petits projets agricoles. S’adaptant à tous les terrains, il a déniché des coins en plein quartier populaire de Lomé pour faire pousser des carottes et des salades et organiser de petits jardins qu’il confiait, pour leur gagne-pain, à des jeunes et des catéchistes.

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Le P. Gérard Brétillot avec Bernard Lintz.
Photo SMA Strasbourg
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Le P. Gérard Bretillot et Patrice Apedo.
Photo Patrice Apedo

Découverte et approfondissement de la mission
Ordonné prêtre le 30 juin 1965, il s’est d’abord initié au ministère pastoral à Talange, en Moselle pendant quelques mois. Après une année d’études à l’institut de pastorale catéchétique de Strasbourg, il part pour le Togo au diocèse d’Atakpamé, à la paroisse cathédrale Sainte-Famille. En 1969, il est rappelé comme animateur au foyer des étudiants sma de Strasbourg, époque durant laquelle il est aussi conseiller provincial. En 1975, il rejoint pour deux ans une équipe de prêtres et amis à la paroisse Saint-Louis à Montrapon, à Besançon, et repart ensuite pour le diocèse d’Atakpamé. Après de courts remplacements dans les missions de Notsé et Anié, en 1977, il rejoint le Père Georges Klein dans la vallée fertile du Litimé à Badou, près du Ghana : « Notre souci était de visiter les 30 villages du secteur, d’assurer la catéchèse… Nous commencions par acquérir un terrain communautaire où chaque vendredi, la communauté travaillait. Avec le bénéfice nous avons ainsi aidé à construire des églises et des chapelles dans presque toutes les communautés ».

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De g. à dr. : Les PP. Gérard Bretillot, Jean-Pierre Frey et Bernard Bardouillet.
Photo SMA Strasbourg
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Le P. Gérard Bretillot.
Photo SMA Strasbourg

Bâtisseur d’églises, de structures d’éducation et de communautés.
Après ses deux mandats de six ans comme Supérieur Régional, il rejoint l’équipe sma qui commençait la création d’une paroisse dans le grand quartier Baguida, à l’est de la ville de Lomé. Il supervise la construction de la résidence des prêtres à Agodékè. « Les églises d’Adamavo, Avépozo, Agodékè et Afanoukopé sont en partie son œuvre, suivant toujours le même principe : bâtir des communautés ouvertes à la fraternité avec tous, former des animateurs de communautés qui les aident à se prendre en charge et à devenir elles aussi missionnaires », écrit Parfait Gbolohoe, qui cite une circulaire de Gérard écrite peu après son arrivée dans le quartier : « Nous sommes à 12 km du centre ville, avec nos quatre communautés chrétiennes. La religion traditionnelle africaine est très présente. De nombreuses confessions religieuses y ont des lieux de culte. Combien de catholiques ?... Ceci constitue un immense chantier pour la formation de tous les responsables. Notre priorité va bien aux catéchistes… Mon souci actuel est de courir après des terrains en vue d’y implanter des écoles. Il faudrait dans l’immédiat construire quatre groupes scolaires pour permettre à environ 1 500 élèves de travailler dans de bonnes conditions ».

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Le philosophat d’Adamavo en construction.
Photo SMA Strasbourg

La grande église, dédiée à sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, a été consacrée le 22 juin dernier. Ce jour là, Gérard, qui depuis 2008 avait passé la responsabilité de la paroisse à un jeune missionnaire sma originaire du Congo, restait comme d’habitude dans la discrétion, mais ce fut aussi sa fête et le couronnement d’une grande œuvre. En cette église, le soir du 28 août, fête de saint Augustin, l’Africain, se sont rassemblés, dans l’émotion, les pleurs, la joie de l’action de grâces, plusieurs milliers de personnes et des centaines de prêtres pour une veillée de prière. Ils y sont revenus le lendemain sous la présidence de l’archevêque de Lomé et de l’évêque d’Atakpamé pour la célébration des funérailles.

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L’église Ste-Thérèse d’Adamavo le jour des obsèques du P. Bretillot.
Photo Patrice Apedo

Gérard a été inhumé à Lomé-Agodékè, près de la chapelle de la maison de formation pour les futurs missionnaires sma. Parfait Gbolohoe, séminariste sma qui a vu Gérard vivre en ces dernières années témoigne : « le Père Gérard aimait beaucoup la méditation surtout le soir autour des fleurs qu’il avait lui-même plantées… Ton cercueil est pour nous un berceau d’où s’épanouit une nouvelle vie en fleur ».

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Le cercueil du P. Bretillot.
Photo Patrice Apedo

Tu es désormais cette fleur desséchée qui laisse au sol un bouquet de semence… Le grain tombé en terre peut-il porter du fruit s’il ne meurt pas ? Que la dernière pelletée de sable d’Agodékè jetée sur ton cercueil ne soit pas la fin de tes œuvres. Que par elle jaillissent beaucoup de fruits, grâces et abondances sur la mission universelle, spécialement sur notre Église locale du Togo. « Va où le ciel te convie [2]. »

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La croix de la tombe du P. Bretillot.
Photo Patrice Apedo

[1] Son testament, le 21 juin 2011.

[2] C’est la parole que Gaston de Marion Brésillac, père de Melchior de Marion Brésillac, fondateur de la Société des Missions Africaines, avait adressée à son fils quand, après une résistance effrénée, il a accepté de le laisser partir en mission.

Publié le 24 novembre 2014 par Jean-Marie Guillaume