Gilbert Anthony, légionnaire du Christ et de Marie

Quelques mois après son jubilé d’or
Gilbert Anthony nous a quittés le 22 janvier 2011, à quelques jours de son quatre-vingtième anniversaire. Le 8 juillet 2010, à Saint-Pierre, il avait célébré le jubilé d’or de son ordination sacerdotale, avec ses confrères de promotion : Materne Hussherr, Georges Selzer et Paul Simon. Ce jour-là, Jean-Paul Eschlimann avait présenté brièvement le parcours de sa vie.
Né en 1932 à Pérouse (Territoire de Belfort), Gilbert Anthony fit ses études au collège St-Etienne et à l’Ecole Normale de Strasbourg, puis au collège des Missions Africaines de Haguenau. Après la théologie, à Lyon et à Saint-Pierre, il est ordonné prêtre le 3 janvier 1960 à Saint-Pierre par Mgr Weber. En 1961, il part pour une année pastorale à Lomé-Bè, avant de rejoindre la Côte d’Ivoire, où il passera toute sa vie missionnaire : Ferkessédougou, Kouassi-Datèkro, Tanda et enfin Tabagne. En avril 1989, il est fait officier de l’Ordre National ivoirien. Depuis son retour en France, après des ennuis de santé, il assure le poste d’aumônier à la Maison de retraite St Joseph à Strasbourg, tenue par les Frères de la Charité de Marie Auxiliatrice.

Gilbert, fondateur de la mission de Tabagne
En 1994, quelques mois avant la célébration du centenaire de l’arrivée des premiers missionnaires sma en Côte d’Ivoire, Jean-Paul Eschlimann avait fait paraître un important ouvrage de 250 pages, format A4, consacré à l’histoire de l’Evangélisation du Nord-Est de la Côte d’Ivoire, diocèse de Bondoukou. Plusieurs pages sont consacrées à Gilbert Anthony et à la fondation de la nouvelle mission de Tabagne. En voici quelques extraits.

Lorsque le personnel de la Mission de Tanda s’étoffa, de nombreux Pères se succédèrent à Tabagne et dans les villages environnants : les Pères Hiller Bernard, Fuchs André, Romaniak Pierre, Kouassi Alexandre (1962), Finotti Luigi (1965), Ubbiali Giacomo (1966), Anthony Gilbert (décembre 1965), et Giraudo Luigi (1970). Tous ces prêtres résidaient à la Mission de Tanda.
A partir de 1965, Tabagne et ses villages sont érigés en « secteur ». Les séjours des Pères de Tanda dans ce centre se firent plus longs et les visites des villages plus régulières. La fondation de la future mission se préparait activement. Celle-ci intervint le 1er août 1971, date à laquelle Monseigneur Kwakou Abissa Eugène, alors Evêque d’Abengourou, érigea Tabagne en paroisse. Il y nomma deux prêtres sma : le Père Gilbert Anthony comme responsable de la nouvelle fondation, et le Père Albert Lirot pour le seconder.

L’équipe pionnière : Gilbert Anthony et Albert Lirot
Gilbert Anthony et Albert Lirot demeurèrent ensemble à Tabagne de 1971 à 1982. Ils avaient axé leur pastorale sur la visite régulière des villages, la formation des catéchistes, et l’ouverture de nouvelles communautés dans les villages. La construction de chapelles leur paraissait un objectif prioritaire, non pas qu’ils s’y soient eux-mêmes attelés ou qu’ils aient passé leur temps à construire, mais ils invitaient les fidèles à se doter rapidement d’un lieu de culte.
Les célébrations liturgiques constituaient une autre préoccupation de l’équipe et représentaient un axe majeur de leur pastorale. Ils variaient les lieux de célébration de grandes fêtes (Noël, Pâques, Avent, Carême), pour pouvoir en faire bénéficier les différents villages d’un secteur. Il en allait de même des célébrations de baptêmes et de confirmations. A d’autres occasions (l’accueil des Evêques, par exemple), ils invitaient des représentants des villages à venir s’unir à la communauté du centre. Un soin particulier était apporté à la célébration des funérailles chrétiennes, auxquelles les Pères s’efforçaient d’assister. Enfin, la nécessité se fit sentir de s’occuper de la formation des catéchistes-résidents. Des sessions furent organisées à cet effet, mais le travail demeura plutôt à l’état embryonnaire.

Les équipes pastorales ultérieures
De 1982 à 1983, Gilbert Anthony fut aidé par un jeune confrère de la Province sma d’Italie, Dario Dozio, qui effectuait à Tabagne son stage pastoral. Le nouvel arrivant se mit à l’étude sérieuse de la langue koulango et fit la recension des coutumes abron-koulango en vue de l’inculturation de la foi chrétienne. Il organisa également les jeunes de la paroisse en groupes de prière, tout en poursuivant l’œuvre de visite des villages et de formation des catéchistes, initiée par l’équipe précédente.
Entre 1983 et 1985, Gilbert Anthony poursuivit seul le travail apostolique sur toute l’étendue de la paroisse. Il continua les visites des villages, les rencontres de catéchistes, et soutint les groupes de prières dans les quartiers et les villages.
En 1985, il rentra en congé et prolongea celui-ci par un séjour de recyclage à Fribourg, en Suisse. L’Abbé Kouakou Kré, originaire d’Assuéfry, assura l’intérim dans la paroisse. N’étant qu’intérimaire, il se contenta d’y exercer une présence sacerdotale, sans se fixer un programme précis de travail apostolique. Il visita néanmoins quelques villages des environs.
Le Père Anthony revint en 1986 et trouva le Père Pierre Romaniak comme collaborateur. Ensemble, ils ciblèrent leur action pastorale sur la visite des villages, la prière dans les quartiers et dans les communautés villageoises, et sur l’éveil des vocations. Ils profitèrent, en effet, de la préparation de l’ordination sacerdotale de Célestin Koffi Igbrago pour susciter une réflexion et un mouvement en faveur des vocations sacerdotales et religieuses.
Le Père Anthony tomba gravement malade et dut être rapatrié. Le Père Romaniak, quant à lui, se retira à la Maison de retraite des SMA à Saint-Pierre. De 1989 à 1992, ce furent l’Abbé Pierre Kouakou Kré et le Père André Fuchs, venant de Nassian, qui assurèrent l’animation de la paroisse. Ils poursuivirent la visite des villages, mais sous l’impulsion de l’Abbé Kouakou Kré, ils développèrent une pastorale des mariages chrétiens et créèrent un noyau de Cœurs Vaillants – Âmes Vaillantes dans certains villages.

Les étapes de la croissance de la communauté paroissiale
L’action pastorale a réellement débuté en 1971 avec l’érection de Tabagne en paroisse autonome. Le premier souci fut de mobiliser la communauté chrétienne pour la construction de la résidence des prêtres. Elle fut laborieuse. En effet, le 2 janvier 1972, le Père Anthony écrit ceci : En ce qui concerne la construction de cette maison, les chrétiens de Tabagne ont fait un grand effort, mais il n’est pas suffisant, car la maison n’est pas terminée. Je remercie ici personnellement ceux qui ont compris nos difficultés et qui travaillent avec nous. Je demande à tous de faire un dernier effort afin que cette question difficile soit terminée. Très peu de villages ont répondu à nos appels pour nous accorder leur aide : Dingbi, Amodi, Amoitene, Kanafo, Amanvi [1].
Très vite, les prêtres ont eu le souci de constituer des communautés de base dans chaque village du secteur. Ces localités recevaient régulièrement la visite d’un prêtre. Les fidèles avaient donc la possibilité d’écouter fréquemment la Parole de Dieu. Cela a beaucoup motivé leur dynamisme et a suscité de nombreuses inscriptions à l’Eglise. On pourrait considérer ces premiers contacts comme la première étape de la croissance de la communauté.
Il a fallu s’atteler ensuite à la construction d’une Eglise. Ce fut la seconde étape du développement de la mission. Une première phase des travaux débuta en 1975. Il s’agissait de monter l’armature métallique de l’église et sa charpente, elle aussi métallique. Le coût de revient fut élevé. Les chrétiens aidèrent au remplissage des fondations avec de la terre, mais ne donnèrent aucune participation financière. Le bâtiment était encore inachevé lorsqu’on y célébra la première messe le 15 août 1976. Pour la seconde phase des travaux, aboutissant à l’achèvement de l’édifice tel qu’il se présente aujourd’hui, les Pères ont enregistré la participation financière de 52 personnes, pour un montant total de 660 000 CFA, et un don de l’évêché d’Aben¬gourou d’une valeur d’un million et demi. Les cotisations se poursuivirent jusqu’en 1985, date d’achèvement de la construction. Les vieux chrétiens précisent que l’édifice actuel est le cinquième qui fut réalisé à Tabagne depuis les débuts du christianisme dans ce village.

La Légion de Marie
La Légion de Marie fut créée à Tabagne dès 1972, sous l’impulsion du Père Anthony qui était l’aumônier diocésain de ce mouvement. Elle regroupait au départ une douzaine de membres, et connut une période faste entre 1972 et 1976. Outre les activités de prière, de réflexion et de rencontre propres au mouvement, les légionnaires sortaient dans les villages où l’Eglise était tombée, ou bien dans les localités où elle avait du mal à s’implanter. Ils s’y rendaient par groupes de deux, de quatre, voire de huit personnes. Après avoir salué tout le village sans exception, ils se rendaient chez les anciens chrétiens et les visitaient un par un, en essayant de les convaincre de se rendre à une réunion de concertation. Au cours de cette rencontre, on cherchait à voir où se situait le vrai problème, à le définir et à trouver les moyens de le surmonter. Ainsi, la Légion travailla-t-elle notamment à Gouméré et à Krakro.
Ailleurs, il n’y avait jamais eu de chrétiens et l’évangélisation n’avait pas été faite. Les légionnaires s’adressaient alors au chef du village pour lui demander l’hospitalité et la permission de faire des réunions chez lui. Après les salutations d’usage, qui permettaient de sensibiliser la population et d’informer qu’il y aurait une réunion le soir dans la cour du chef, les légionnaires proclamaient un évangile sur la résurrection, parlaient de la vie après la mort, du pardon des péchés, etc. Ces réunions vespérales pouvaient se reproduire deux ou trois jours de suite. Il était rare de ne pas recueillir quelques inscriptions à l’issue de ces tournées. Ainsi démarra le village de Dakoi, où huit personnes, quatre hommes et quatre femmes, vinrent s’inscrire après une telle démarche apostolique. A Sapia, village réputé pour son hostilité à la présence chrétienne, les légionnaires demandèrent une place pour les chrétiens. A leur arrivée, ils saluèrent leurs amis personnels, les jeunes, et demandèrent à leur tuteur de pouvoir célébrer une messe dans sa cour le lendemain matin. Ils en obtinrent la permission. Et l’Eglise s’y implanta à partir de cette première démarche des légionnaires.

[1] Pour cette construction, le Frère Léon Widloecher vint passer plusieurs mois à Tabagne. Le Père Gilbert lui avait trouvé un logement au village à proximité de la mission. De là il suivait le chantier de la construction du presbytère. (Ndlr)

Publié le 9 juin 2011 par Jean-Paul Eschlimann