« Heureux les pauvres ! »

Aux yeux du riche, la pauvreté apparaît comme une tare ; aux yeux du Christ, c’est une chance. La chance d’aller chercher plus loin que le bonheur que peut procurer l’argent un bonheur venu d’ailleurs. Ce que l’homme ne peut pas se procurer, Dieu le peut, dit encore le Christ en parlant du même sujet. Encore faut-il valider cette chance pour l’accueil de l’Evangile, autrement dit par la foi. D’où la nécessité d’évangéliser le pauvre pour lui éviter d’être perdant sur tous les tableaux.

Mais il y a aussi urgence d’évangéliser le riche pour qu’il comprenne que la pauvreté du pauvre est pour lui une opportunité de sortir de l’égoïsme dans lequel il s’enferme, ces paradis artificiels, qui portent bien des noms. En effet il n’y a pas que « les paradis fiscaux ». Comment l’inciter à s’engager sérieusement du côté du pauvre, du démuni ? Pourra-t-il comprendre que l’issue de l’impasse où il s’est fourvoyé est dans le partage de la pauvreté ?

Les grands prédicateurs du passé ont souligné cet aspect des choses, à commencer par saint Paul quand il dit que le Christ, « de riche qu’il était, s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté ». Cela demande réflexion.

Il ne s’agit pas de condamner le riche, en l’enfermant dans son statut de nanti, mais seulement l’égoïsme. Rien n’est plus malheureux que le sectarisme de tous bords. Vouloir à tout prix détruire la richesse du riche, cela ne ressemble-t-il pas à vouloir couper la branche sur laquelle on est assis ? Le nivellement par le bas ne fait que baisser tous les niveaux. L’aventure récente du collectivisme ne l’a que trop montré.

Inciter le riche à ne pas s’enfermer dans son opulence, à ouvrir les yeux sur la misère du pauvre, puis à accepter de partager. C’était par exemple la méthode de saint Vincent de Paul, très loin de tout sectarisme.
Finalement, tout le monde y trouve son compte quand le riche n’est pas dépouillé de force de sa richesse, mais qu’il peut s’en dépouiller librement, en partie ou en totalité, en faveur du pauvre. D’ailleurs, aujourd’hui, mettre la main sur la richesse du riche devient difficile : elle est devenue volatile.
Le pauvre, en ne voulant pas prendre la place du riche, sauve le capital que représente l’expérience de la pauvreté (la richesse du pauvre). Il sauve sa dignité et celle du riche par la même occasion.

Entre le collectivisme imposé par la force et la défense forcenée de la richesse, l’Évangile ouvre une brèche : le partage volontaire. C’est la solution d’avenir, si Dieu est l’avenir de l’homme. L’essence de la Trinité n’est-elle pas le donner et le recevoir ? C’est l’esprit d’amour qui unit le Fils au Père, qui réconcilie aussi riche et pauvre, dans un même effort de partage. Loin d’un affrontement stérile et destructeur, duquel tous sortent perdants.

Publié le 16 avril 2014 par A. K. sma