Hommage à Jean-Marie Kélétigui, 2e évêque de Katiola

In veritate caritas

Nous avions le même âge et nous nous trouvions à Katiola en 1970, lui comme curé et moi comme vicaire. A l’époque, nous autres de la SMA, nous formions avec les prêtres africains de la première génération une phratrie [1] marquée par l’esprit de Vatican II. Nous nous entendions relativement bien sur beaucoup de choses face à cette pastorale nouvelle qui était en train de naître et qui prenait ses distances avec une certaine tradition héritée du passé.

Ces jeunes prêtres voulaient « faire » et construire leur église locale, et ils avaient raison. Vatican II nous unissait plus qu’il nous éloignait, malgré d’inévitables divergences, dans un réel esprit fraternel de compréhension mutuelle et de collaboration.

Le reste était affaire de tempérament personnel, plus ou moins pimenté, mordant ou susceptible, genre « feu de brousse » attisé tantôt là, tantôt ailleurs… et Jean-Marie Keletigui était un coq aussi bagarreur que moi. C’est ainsi que nous nous sommes dressés sur nos ergots à chacune de nos rencontres, et le temps et les circonstances nous ont séparés avec une certaine aigreur au cœur, il faut bien le reconnaître.

Je ne l’ai guère connu comme évêque actif et constructeur du diocèse. Le Père Jérôme Fleck était un collaborateur bien plus proche que moi. Mais je pense qu’il a fait un travail personnel, sincère et remarquable pour la construction de ce diocèse de Katiola qui nous tenait tant à cœur.

Je ne l’ai revu qu’aux environs de l’an 2000. J’étais alors au diocèse de Korhogo, à Lataha, et lui se trouvait à Katiola… Mais nos rencontres à partir de cette période furent amicales et apaisées. Cela faisait longtemps que nous avions perdu nos canines et nos ergots… Le temps et l’âge avaient fait de nous des amis et mêmes des frères – n’avions-nous pas lutté pendant 10 ans (1970-1980) pour continuer l’œuvre de Monseigneur Emile Durrheimer et donner un visage chrétien selon le concile à ce diocèse de Katiola ?

Et voici qu’il nous a quittés, lui qui ne reconnaissait plus les personnes qu’à leur voix car ses yeux ne remplissaient plus guère leur fonction… Désormais il verra et contemplera tranquillement la gloire du Père. Il goûtera là-haut le son de ces tamtams qu’il aimait tant et qui ont certainement rythmé les danses de tous ces tagbana et nyarafolo, ces djimini et palaka et tant d’autres, entrés avant lui dans la maison du Père. Je suis sûr qu’ils ont attendu, sur le parvis, l’arrivée de leur évêque, avec cette allégresse exubérante si typiquement africaine…

Gba tuu nah hoooo… Jean-Marie… Merci à toi…

[1] Sociologie : groupe de clans ou groupe de tribus (Petit Robert).

Publié le 24 mars 2011 par Jean-Pierre Frey