Hommage d’un séminariste sma

Nous ne voulons pas dresser ici une biographie du Père Gérard, ni présenter un discours élogieux, comme il arrive souvent lorsqu’on parle de quelqu’un qui nous a précédé dans la maison du Père. Notre voix se veut plutôt un témoignage de qui a rencontré et cheminé avec le Père Gérard pendant un temps que son départ vient malheureusement d’écourter douloureusement.

Père Gérard : une vie donnée pour la mission
Mgr de Marion Brésillac fonda la Société des Missions Africaines le 8 décembre 1856 dans le souci d’évangéliser les peuples les plus abandonnés de l’Afrique. Ainsi, depuis le 28 Août 1860 où la SMA a reçu la responsabilité de l’évangélisation du territoire immense de l’Afrique de l’ouest, elle fut « le seul institut de prêtres et frères missionnaires à évangéliser l’Afrique de l’ouest, depuis le fleuve Niger au Nigeria jusqu’au Liberia ». C’est dans cette vision d’esprit du fondateur - semer le grain de l’évangile dans les terres où il n’est pas encore mise en terre - que la SMA a tenté pour la première fois au Togo l’établissement d’une mission, à Atakpamé où l’un des deux premiers missionnaires, le Père Jérémie Moran mourut empoisonné le 8 Août 1887. Le Père Gérard Bretillot s’inscrit dans la lignée de ces vaillants missionnaires qui ont suivi les traces de Mgr de Marion Brésillac et ont donné leur vie pour l’évangélisation de l’Afrique, et spécialement du Togo.

D’une allure calme, souriant, ouvert et très généreux, Gérard fut un homme plein de qualités que lui-même n’aurait jamais voulu reconnaître. Il a toujours mis ses compétences au service de la mission. Avec un souci constant du travail bien fait, il déploya ses qualités discrètement et efficacement à travers les divers postes qu’il eut à occuper : vicaire, curé de paroisse, Supérieur et Directeur de Foyer séminaire, Conseiller Provincial, Supérieur Régional sma du Togo…

Un missionnaire bâtisseur de communautés fraternelles
A l’exemple de notre fondateur Mgr de Marion Brésillac, le Père Gérard fut un missionnaire du fond de son cœur. Il a aimé la mission du Togo jusqu’à donner sa vie. Il s’est fait un avec le peuple de Dieu qui lui était confié. Il nous aimait beaucoup et nous l’aimions aussi beaucoup. Pour lui, nous étions tous frères et devions vivre dans une atmosphère fraternelle qu’il s’est toujours dévoué avec passion à créer et à développer. Un mot qu’il aimait utiliser fréquemment est « Novinyé », qui veut dire « mon frère » en ewé. Il connaissait bien nos cultures et l’histoire du Togo. Tous ceux qui l’ont connu ou qui ont travaillé avec lui reconnaissent qu’il avait un vrai respect pour son prochain. La vie communautaire était sa priorité, il a toujours cherché à travailler en équipe. Son ouverture et sa disponibilité nous encourageaient, nous qui sommes ses « voisins », à le solliciter pour la direction spirituelle. Il acceptait volontiers et offrait ses services d’écoute et d’accompagnement.

Bâtisseur d’églises et formateur de communautés
Le Père Gérard a passé la plus grande partie de sa vie à construire des églises et à promouvoir leur auto-prise en charge. En 1977, quand il rejoint le Père Georges Klein à la mission de Badou, il termine l’église paroissiale alors en construction, organise les différentes stations secondaires, insistant beaucoup sur l’autonomie financière des communautés et leur formation chrétienne. Il écrira : « Notre souci était de visiter les 30 villages du secteur, d’assurer la catéchèse, mais également d’immatriculer des terrains en vue de construire avec la communauté une église ou une chapelle. Nous commencions par acquérir un terrain communautaire où chaque vendredi la communauté travaillait. Avec le bénéfice nous avons ainsi aidé à construire des églises et des chapelles dans presque toutes les communautés. »
Les églises d’Adamavo, Avépozo, Agodékè et Afanoukopé sont en partie l’œuvre du Père Gérard, avec la participation bien sûr des fidèles, bienfaiteurs et amis de la SMA, suivant un même principe, à savoir : bâtir des communautés ouvertes à la fraternité avec tous, former des animateurs de communautés qui les aident à se prendre en charge et à devenir elles aussi missionnaires. Voici ce qu’il écrit au sujet de la paroisse Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face d’Adamavo : « Nous sommes à 12 km du centre ville, avec nos quatre communautés chrétiennes. La religion traditionnelle africaine est très présente. De nombreuses confessions religieuses y ont des lieux de culte. Combien de catholiques ?... Ceci constitue un immense chantier pour la formation de tous les responsables. Notre priorité va bien aux catéchistes. » Il se dépensa aussi énormément pour la cause de l’éducation des enfants et des jeunes. Voici son témoignage : « Mon souci actuel est de courir après des terrains en vue d’y implanter des écoles. Il faudrait dans l’immédiat construire quatre groupes scolaires pour permettre à environ 1500 élèves de travailler dans de bonnes conditions. »

La prière était la source de la richesse de toute la vie de l’apostolat du Père Gérard. Toujours fidèle à son bréviaire, à la messe quotidienne pour le salut des âmes. Il aimait beaucoup la méditation, surtout le soir autour des fleurs qu’il avait lui-même plantées. Il avait une profonde dévotion filiale pour Marie. Son départ vers le Père, le lendemain de la solennité de l’Assomption de Marie n’est-il pas un signe dont nous devrions scruter le sens plutôt qu’une simple date de décès ?

Que tes œuvres t’accompagnent, Père Gérard ! La vie a surgi du tombeau, c’est là le gage de notre foi. C’est pourquoi nous sommes certains que tu n’es pas mort, mais tu entres plutôt dans la vie éternelle : « Ta mort illumine pour nous la clarté de l’immense aurore du monde éternel. Ton cercueil est pour nous un berceau d’où s’épanouit une nouvelle vie en fleur. » Tu es désormais cette fleur desséchée qui laisse au sol un bouquet de semence. Tu partages désormais la communion véritable avec ceux qui ont cherché Dieu et qui ont lavé leur vêtement dans le sang de l’Agneau. Le grain tombé en terre peut-il porter du fruit s’il ne meurt pas ? Que la dernière pelletée de terre du sable d’Agodékè jetée sur ton cercueil ne soit pas la fin de tes œuvres. Que par elle jaillissent beaucoup de fruits, grâces et abondances sur la mission universelle, spécialement sur notre Église locale du Togo. « Va où le ciel te convie », lui-même saura guider tes pas jusqu’à ta dernière demeure, là où tu contempleras face à face Dieu notre Père. Que les anges te conduisent au paradis. Que les martyrs t’accueillent à ton arrivée et t’introduisent dans la cité sainte Jérusalem. Que les anges en chœur te reçoivent et que tu jouisses du repos éternel avec celui qui fut jadis le pauvre Lazare.

Adieu, Père Gérard Bretillot ! Tu resteras gravé dans nos cœurs et dans nos mémoires.

Parfait Gbolohoe est séminariste sma à Lomé.

Publié le 29 avril 2015 par Parfait Gbolohoe