Hommage du Maire Alfred Becker

Vous le savez, en Alsace - Moselle les rapports entre la puissance publique et l’Église relèvent de dispositions particulières. La base fondatrice en reste le Concordat de 1801. C’est dans ce contexte qu’il me revient de m’exprimer devant vous ce matin au nom des communes de notre territoire où le Père Moritz a exercé des responsabilités. Mon propos ira bien entendu au-delà de son engagement de prêtre ; il s’adresse à l’homme d’action, acteur de la vie de la cité, un homme d’action certes discret, mais fédérateur dans l’âme et qui ne compte pas ses amis.

Au préalable vous me permettrez néanmoins de remercier l’ensemble des célébrants pour la très belle cérémonie que nous venons de partager. Un moment de ferveur, d’authenticité, mais aussi de fierté car nous nous reconnaissons dans une Alsace qui affirme ses racines chrétiennes et qui affirme aussi ses valeurs d’unité, de partage et de tolérance, et à travers elles cet humanisme séculaire qui caractérise tant notre province. J’ai d’ailleurs remarqué que le chant final était le Grosser Gott que le Père Moritz qualifie toujours d’elsassisch Marseillaise. Merci pour ce moment d’émotion collective.

L’Alsace est aussi réputée pour être une terre historique de missionnaires. On ne compte pas, en effet, celles et ceux qui ont consacré leur vie à porter la Parole du Tout-Puissant, sur le continent africain en particulier. La Société des Missions Africaines a été un creuset de vocations, présente sur notre territoire depuis la fin du XIXe siècle. Nombre de prêtres missionnaires ont été ordonnés dans nos communes après leur formation dans ce qui était alors le grand séminaire de Saint-Pierre. Le Père Moritz l’a fréquenté. Les temps ont changé, la destination des lieux aussi, mais l’atmosphère, l’ambiance de recueillement demeurent. Les Missions Africaines sont non seulement partie intégrante de nos paroisses, mais elles s’inscrivent aussi dans une forme de patrimoine spirituel, de bien commun à notre territoire. Un bien commun à la fois protecteur et porteur de sens et de repères. Je tenais, en ce jour de fête, chers amis des Missions Africaines, au nom de l’ensemble de nos concitoyens, vous apporter ce témoignage d’amitié et de reconnaissance.

J’en viens bien évidemment à celui qui nous réunit aujourd’hui, le Père Roger Moritz, et pour qui nos différentes communes n’ont sans doute pas de secret. Après un passage rapide à Gertwiller fin des années soixante, c’est à partir de 1993 qu’il revient durablement sur le territoire, avec une double mission : diriger la grande maison des Missions Africaines et, comme prêtre coopérateur, animer et administrer les paroisses de Mittelbergheim et Saint-Pierre auxquelles s’ajoutera, quelques années plus tard, celle de Stotzheim. Tout cela à un âge et à une époque où le citoyen ordinaire revendiquait légitimement son droit à la retraite. L’homme avait donc de l’énergie et une soif d’action hors du commun.

Depuis le 1er janvier dernier, le Père Moritz est administrativement à la retraite, c’est-à-dire qu’au terme d’un ministère de plus d’un demi-siècle, il aura certainement encore un peu moins de temps qu’auparavant. Cette vitalité, il l’aura sans doute puisée dans ses origines terriennes et dans sa capacité à positiver en toute circonstance. La foi alliée au bon sens soulève des montagnes !

Je voudrais également témoigner de sa dimension d’acteur du vivre ensemble, tout simplement parce qu’il sait être à l’écoute de chacun, trouver en permanence des espaces de partage d’idées ou d’action, transmettre une énergie communicative, et ceci quelle que soit la condition ou la singularité de chacun. Cette obstination à, encore et toujours, faire avancer les choses, il l’a sans doute aussi tirée d’un passé de footballeur, réputé pour son sens du but, qui s’est transformé avec les années en celui du but à atteindre.

Cet engagement au service de ce que l’on appelle la société civile - je préfère le terme de vivre ensemble - je voudrais aussi l’illustrer à travers l’épisode du grand chantier de transformation de la maison des Missions Africaines. Le Père Moritz avait bien entendu pensé à tout. Restait à régler un point, celui de la garantie d’un emprunt plutôt conséquent. La caution du Bon Dieu n’étant pas reconnue par les institutions bancaires de ce bas monde, eh bien ! c’est Saint-Pierre qui a fait le nécessaire. Nous sommes tombés d’accord en quelques minutes. Normal, au Père Moritz on donne le Bon Dieu sans confession !
En tout cas, cette maison qui accueille aujourd’hui nombre de personnes âgées de nos communes est une œuvre dont vous pouvez être fier. Des mots comme unir, rassembler, vivre ensemble ont ici un sens profond quand on sait que cette maison s’ouvre aussi bien aux Iaïcs qu’aux religieux et religieuses. Une maison de référence !

Je m’arrêterai là, tout en sachant que beaucoup d’autres aspects pourraient bien entendu encore être évoqués. Les coups d’encensoir, le Père Roger Moritz en donne, mais il n’aime guère les recevoir. Signe distinctif des hommes de conviction pour qui donner est plus important que recevoir.

Cher Père Moritz, il me reste à vous exprimer au nom de l’ensemble de nos concitoyens
un sincère, chaleureux et grand merci pour votre action, votre engagement, votre disponibilité en toute circonstance : à l’heure où l’on parle beaucoup de cohésion sociale, vous l’avez tout simplement incarnée ;
une très longue et sereine retraite.
Restez un peu actif pour le bien de nos âmes, mais pensez aussi à votre santé. Mer bruche eisch noch !

Et puis, pour bien entrer dans cette nouvelle étape de votre vie, nos trois communes réunies de Stotzheim, Mittelbergheim et Saint-Pierre, appréciant aussi votre sens de la convivialité, vous convient tout à l’heure, avec vos confrères et les Conseils de Fabrique, à partager une bonne table. Encore une bonne tradition bien de chez nous ! Et puis, n’oublions pas : si Dieu créa le ciel, la terre et l’eau, c’est aux hommes que nous devons le pain, le vin et bien d’autres bonnes nourritures. Il nous appartient aussi de les honorer !

Publié le 20 juin 2011 par Alfred Becker