Images de la foi en Ethiopie

Petit aperçu du christianisme éthiopien à partir de son iconographie.

Nous sommes à Gondar, une ville qui fut sous influence portugaise au XVIe siècle. Certes, cette fresque marouflée porte des signes occidentaux évidents, comme la crucifixion du Seigneur.

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Photo Jacques Varoqui

Mais l’essentiel est la représentation de la Sainte Trinité telle qu’on l’a comprise avant le concile de Chalcédoine. C’est le Je crois en Dieu de Nicée-Constantinople que nous avons appris dans notre enfance. Il n’y a pas de dépendance fonctionnelle entre les personnes de la Trinité.

L’argument du « filioque », l’Esprit-Saint qui procède du Père et du Fils, a surtout servi à nourrir une querelle de primauté entre Rome et Constantinople. Les Eglises d’Antioche et d’Alexandrie ne sont pas entrées dans ce débat. On les en a plutôt écartées, alors quelles auraient pu se réclamer d’une ancienneté plus grande. C’était l’époque des conflits de la « Religionspolitik » byzantine sous Théodose et Justinien, où l’empereur croyait avoir pouvoir sur tout.

Cet antique marouflage se trouve dans l’église Sainte Marie de Sion à Axoum, la plus ancienne église d’Ethiopie.

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Photo Jacques Varoqui

A la base de l’image, Adam et Eve sont couronnés comme roi et reine avant la déchéance de la chute.

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Photo Jacques Varoqui

Au registre médian s’accumulent des prêtres et diacres gardiens de la foi et de l’Eglise ; ils sont soigneusement gardés par des anges.
Au sommet, deux monarques protecteurs, avec les symboles des évangélistes, entourent la Trinité Sainte.

L’image de la Vierge Marie est, selon le concile d’Ephèse, celle de la mère de Dieu. Comme dans tout l’Orient, elle est vénérée comme telle et son siège est un trône royal.

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Photo Jacques Varoqui
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Photo Jacques Varoqui

Sa dormition est assumée par le Christ, tandis que la Vierge de l’Apocalypse, qui représente la noblesse de la judaïté et, par extension, celle de l’Eglise, est protégée par les anges (en bas à droite). Il n’y a pas d’assomption.

Dans son antique tradition, l’Eglise d’Ethiopie ne connaît pas de martyrs. Elle connaît des Saints, moines fondateurs originaires de Syrie dit-on. La spiritualité et la liturgie éthiopiennes doivent beaucoup à leurs origines syriaques, plus qu’à la longue dépendance canonique du Patriarcat copte d’Alexandrie.

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Photo Jacques Varoqui

Les neuf Saints syriens fondateurs du monachisme éthiopien étaient certainement des pèlerins en quête d’une nouvelle Jérusalem, comme il est prédit dans le livre de l’Apocalypse. Ils se nomment Aragawi, Pantalewon, Garima, Afsé, Guba, Alef, Mata, Liqanos et Sehma (fin Ve-début VIe s.).

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Photo Jacques Varoqui

L’un d’entre eux a vécu au milieu de bêtes sauvages ; un autre a fait le vœu de ne se tenir que sur une jambe, il en est devenu unijambiste ; un autre s’est cramponné à un serpent comme à une corde pour atteindre son ermitage...

Les anges sont des spécialistes. Les archanges, avec leur épée au clair, sont les défenseurs de l’essentiel de la foi, comme le « Saint des Saints » qui abrite l’Arche d’Alliance, ou les protecteurs de la Vierge.

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Photo Jacques Varoqui
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Photo Jacques Varoqui

Les séraphins sont plus redoutables et peuvent mener à la mort ceux qui ont mauvaise conscience. Ils voient et savent tout, et brûlent tout sur leur passage.

Dans la liturgie populaire, l’exhibition d’une couronne royale à un monastère ou l’usage des sistres, des cannes de danses scandées et la pratique des bénédictions sont de coutume.

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Photo Jacques Varoqui
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Photo Jacques Varoqui

Les prêtres sont impressionnants par leur immobilisme et la sobriété de leurs mouvements. Ils brandissent dans les processions non pas un crucifix, mais une croix triomphante : elle est historiée et ses gravures racontent le Salut dans le contexte de l’Apocalypse. Ils sont vêtus de tissus fins et précieux tels que la soie, qui pendent comme le splendide linceul du Christ et symbolisent le linceul de résurrection.

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Photo Jacques Varoqui

Narsai, un des premiers poètes et théologien syriaque, de l’école d’Edesse et de Nisibe, dont il fut le maître, était un contemporain des neuf sages venus en Ethiopie. Voici ce qu’il enseigne à ce sujet au Ve s. :

« Le prêtre offre le mystère de la rédemption de notre vie, rempli de crainte et saisi d’un grand effroi. Le prêtre est dans la crainte et en grand effroi, il tremble à l’extrême à cause de ses propres péchés et de ceux de tous les enfants de l’Eglise. Il est l’œil de tout le corps ecclésiastique et il fait mémoire en son esprit de tous les actes de tous ses compagnons de service. Il est aussi la langue de tout le Corps de Jésus ; il fait pour lui fonction d’intendant et d’avocat. Crainte et tremblement pèsent sur le prêtre en cette heure terrible, pour lui-même et son peuple. Marqué d’un caractère redoutable et en un service redoutable – redoutable aux Séraphins eux-mêmes – le fils de la poussière se tient debout en grande crainte, comme médiateur [1]. »

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Photo Jacques Varoqui

Toujours par Narsai, sur le comportement après le dialogue de la préface, il est dit :
« Tout le corps ecclésiastique observe maintenant le silence et chacun se dispose à prier avec ferveur dans son cœur. Les prêtres gardent le silence, les diacres se tiennent muets, le peuple tout entier est silencieux, calme, tranquille, paisible… un profond silence et une atmosphère de calme et de paix règnent en ce lieu ; tout est plein de lumière, de splendeur, de beauté et de puissance. »

Pèlerinage missionnaire en Abyssinie éthiopienne

du mardi 13 au jeudi 22 septembre 2011.

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Dessin Jacques Varoqui

Les inscriptions sont ouvertes pour rencontrer ce christianisme pas tout à fait comme les autres. L’Ethiopie est la terre de la plus ancienne Eglise négro-africaine et la gardienne très originale de traditions judéo-chrétiennes héritées du Proche-Orient. Dans un contexte géopolitique perturbé, c’est aussi une véritable oasis chrétienne qui culmine entre 1800 et 2800 mètres d’altitude.
De Paris à Addis-Abeba, en passant par Axoum, Gondar, Gorgora, le lac Tana, les chutes du Nil bleu et Lalibela, nous visiterons le pays mythique hérité de la reine de Saba, une des chéries du roi Salomon. Nous aurons à cœur de découvrir un imaginaire chrétien qui n’est pas le nôtre mais qui peut nous apprendre beaucoup de choses, comme l’art et la noblesse de croire dans un contexte de pauvreté persistante.

L’accompagnement spirituel sera assuré par le Père Jacques VAROQUI, de la Société des Missions Africaines, Docteur d’Etat en Théologie de l’Université de Strasbourg, spécialiste de l’imaginaire des christianismes primitifs et conférencier sur la question du dialogue interculturel Nord-Sud.
La maîtrise d’œuvre est assurée par la maison « Terre-Entière », héritière des pèlerinages de « La Procure » à Paris. Tous les vols se font sur des compagnies officielles et l’hôtellerie est la meilleure disponible sur les sites visités.

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Photo A. Erondel

En pension complète avec les trajets par avion : Paris-Addis, Addis-Axoum, Bahar Dar-Lalibela, Lalibela-Addis, Addis-Paris. Le trajet Axoum-Bahar Dar à travers les montagnes du Simien se fait en bus.

Forfait pour 11 à 15 personnes ; 2690 euros. Supplément chambre individuelle : 290 euros.

Contacts et renseignements :
Père Jacques VAROQUI
1 rue des Missions Africaines
67500 HAGUENAU
Tel-Fax 03 88 93 63 48.
Mail : jvaroqui.sma@ free.fr

Pour de plus amples détails sur ce pèlerinage en Ethiopie :
L’Abyssinie éthiopienne.]]

[1] Cf. François Cassingena–Trévedy, Les Pères de l’Eglise et la liturgie, DDB, Paris 2009. Cette référence vaut pour les citations qui suivent.

Publié le 29 mars 2011 par Jacques Varoqui