Jean Bouhélier (1937-2016)

« Ton nom a été sanctifié » par Jean.

Jean Bouhélier nous a quittés le 19 avril. Nous étions quelques 25 confrères sma rassemblés au Zinswald pour notre retraite annuelle, à méditer sur le « Notre Père ». La méditation de ce jour portait sur la formule « que ton nom soit sanctifié ». Notre animateur nous expliquait que la sanctification du nom de Dieu se manifeste dans le comportement des disciples répercutant l’attitude et l’amour de Jésus. Le nom de Dieu a certainement été sanctifié par Jean, le frère d’André, décédé au Togo en 2002.

JPEG - 149.6 ko
Jean Bouhélier

Jean Bouhélier est né le 10 avril 1937 ; il avait 79 ans. Il fait partie d’une famille de 14 enfants. Les parents tenaient une toute petite ferme dans le petit village d’Eysson, près de Vercel ou du Valdahon. « On tirait le diable par la queue » pour survivre, disait-on en ce temps-là. Les garçons, dès l’école primaire terminée, étaient placés comme commis. À 14 ans, Jean put s’embaucher à la poste comme auxiliaire, tout en étant bûcheron pour des propriétaires. Il aimait la terre et était paysan dans l’âme, mais la ferme paternelle était trop petite. Lorsqu’il épousa Bernadette en 1964, il fut employé comme métayer, et tint une ferme au nom de plusieurs propriétaires pendant une quinzaine d’années, un métier qui n’était guère rémunéré mais qui plaisait au jeune couple.

Je me souviens du jour où ils partirent en voyage de noces, c’était deux ans après leur mariage, le premier de leur trois enfants était déjà né. Ils l’avaient confié à la grand-mère, heureuse de garder le petit-fils. Tandis qu’ils commençaient leur voyage de noces, ils firent une halte chez moi. Ils étaient heureux comme des enfants, et prirent la route pour Lourdes. Ils y sont retournés bien des fois ; il était brancardier, elle était hospitalière. Jean y est allé ensuite comme malade, accompagné par Bernadette devenue brancardière. Ils s’étaient inscrits encore pour le pèlerinage du diocèse de Besançon pour mai 2016. Il devenait clair que Jean ne pouvait pas y aller, tant il était mal, mais « s’il est parti avant la date du pèlerinage, dit Bernadette, c’est pour me permettre d’y aller, un cadeau de sa part ».

Après une quinzaine d’années comme métayers, Jean et Bernadette sont allés à Besançon. Jean put passer les tests nécessaires et se faire embaucher à la ville comme chauffeur poids-lourd. Bernadette a été employée comme femme de ménage au Crédit Agricole de Besançon-Planoise, puis par la ville aux écoles du quartier. Ils se sont installés dans une haute tour de ce quartier populaire qui se construisait. Ils se sont tout de suite retrouvés à la gestion de l’immense immeuble, sept ou huit fois plus peuplé que leur village d’origine. Ils étaient très engagés aussi à la paroisse locale, la petite église Saint-François-d’Assise, signe de la présence de Dieu dans cet immense quartier où les musulmans sont sans doute plus nombreux que les chrétiens. Ils s’occupaient de l’entretien des locaux, assuraient la catéchèse, aidaient à trouver des solutions à de nombreux problèmes sociaux.

Jean a voulu prendre sa retraite avant l’âge légal, quitte à ne pas profiter à plein de ses droits, pour permettre à une autre personne de sortir du chômage. Il passait une bonne partie de son temps libre à l’hôpital à visiter les malades, à faire le lien entre ceux qui venaient des villages du Haut-Doubs et leurs familles, encourageant et consolant les uns et les autres, apportant la communion à ceux qui le désiraient et les préparant à la recevoir. Il y a 8 ans, lui-même est tombé malade et bien des fois il a connu l’hôpital sous un autre angle. Personne ne sait comme il a pu survivre à plusieurs années de dialyse, accumulant de nouvelles faiblesses physiques les unes après les autres, luttant encore et toujours, fort dans sa foi et sa prière, constamment accompagné par son épouse Bernadette, réconforté aussi par les visites lumineuses de ses petits-enfants. Malgré la maladie de Jean, ils avaient pu célébrer, dans le cercle intime de la famille, leurs noces d’or en septembre 2014.

Depuis que son frère André est entré à la SMA, Jean et Bernadette se sont sentis proches de notre société missionnaire, et davantage encore lorsque André est décédé subitement. Ils ont fait partie du comité organisateur du groupe des amis sma franc-comtois. Le 8 décembre 2009 ils ont été accueillis officiellement comme Membres Honoraires SMA.

Dieu notre Père, ton nom a été sanctifié par Jean notre frère, nous t’en rendons grâce. Nous sommes sûrs que tu as accueilli l’offrande de sa vie.

Publié le 5 septembre 2016 par Jean-Marie Guillaume