Jean-Paul Weiss revient à la maison

Le Jeudi 4 février 2016, dans la petite église de Harthouse, tout près de sa maison familiale, furent célébrées les funérailles de Jean-Paul Weiss, ancien des Missions Africaines. Plusieurs amis, camarades de cours, professeur ou confrères sma (Hubert Haensler, Léonard Steinmetz, Lucien Derr, Jérôme Fleck, René Soussia) se sont retrouvés autour de Marcel Schneider, qui a présidé de façon très émouvante la célébration de son passage de la mort à la vie, sa Pâque.

Témoignage de ses enfants lu par Patrice

Merci à vous tous d’être présents pour dire un dernier au-revoir à Jean-Paul, notre père à Emmanuel et à moi-même. Papa est né le 14 janvier 1938 à Haguenau. C’est un enfant du pays, il a passé sa jeunesse à Harthouse avec ses deux frères, Gérard et Joseph et ses quatre sœurs, Berthe, Mariette, Jeanne et Cécile. Il a fait ses études au séminaire puis a été ordonné prêtre et a œuvré pour les Missions Africaines. De cette période, nous, ses enfants, ne connaissons que peu de choses. Notre père avait fait le choix de rester secret sur cette période de sa vie. Nous devinons cependant une grande blessure lorsqu’il a fait le choix de quitter la prêtrise.

Il s’est ensuite installé en Saône-et-Loire et a rencontré notre mère, Françoise. En 1973 naissait leur premier enfant, moi-même, et en 1977, Emmanuel, mon frère. Enseignant en français et en histoire géographie au lycée du Sacré Cœur de Paray-le-Monial, notre père a également été journaliste pour le journal de Saône et Loire. De cette période, nous gardons nos souvenirs d’enfance, lorsque nos parents vivaient encore ensemble.

Puis, en 1984, papa connut à nouveau la rupture. Notre mère et nous sommes partis vivre dans la région lyonnaise. Papa se retrouva seul, à nouveau isolé, à Paray-le-Monial. Sa rencontre avec notre belle-mère, Marie-France, a ouvert un nouveau chapitre de sa vie. Nous gardons le souvenir d’un couple heureux et harmonieux. Notre père avait cette fois trouvé sa voie. Ces années pleines d’amour et de complicité l’ont comblé. Nous nous réjouissons qu’il ait fait ce chemin avec Marie-France, notre belle-mère à qui nous pensons affectueusement.

Le décès de Marie-France en 2005 laissa un immense vide. Pour notre père, cet évènement fut la rupture définitive avec le monde qui l’entourait. Il a néanmoins connu la joie de voir ses fils se marier et réussir leur vie. Et il avait une admiration débordante pour ses 3 petites filles, Maeva, Mathilde et Soline. Mais la joie de vivre avait disparu. Qu’il est dur de redonner le sourire à celui qui l’a perdu !

Ces derniers temps, mon frère et moi l’entourions davantage afin de mieux l’accompagner dans sa vieillesse. Malgré sa santé fragile, il mettait un point d’honneur à gérer ses affaires lui-même et à ne pas être un poids pour ses enfants. Son décès, vraisemblablement dû à un malaise cardiaque, ne nous a pas laissé le temps de lui montrer que la vie pouvait encore lui réserver de belles surprises. Il nous reste le souvenir d’un père distant, mais aimant de façon certaine ses enfants. Nous avons désormais l’espérance qu’il trouve la paix, qu’il rejoigne Marie-France, son frère et ses sœurs décédés, et ses parents.

Papa, tu es de retour à la maison, à Harthouse. Nous sommes là pour honorer ta mémoire. Tu aurais aimé voir que tes enfants renouent avec ta famille. C’est ce que nous faisons et que nous continuerons à faire. Repose en paix, Emmanuel et moi serons tes dignes successeurs.

Homélie du Père Marcel Schneider
Papa, tu es de retour à la maison, à Harthouse.

Jean-Paul retrouve son environnement familier ; il revient chez lui, là où il a tissé des liens amicaux, au milieu de visages connus. A Paray-le Monial, Jean-Paul aurait rapidement plongé dans l’oubli. Ici, à Harthouse, son espérance de vie est bien supérieure. D’heim isch d’heim ! Avec ses enfants Patrice et Emmanuel, nous avons voulu raccrocher le mystère de la vie de Jean-Paul à l’évangile du fils perdu ou du fils disparu qui s’en est allé pour trouver son équilibre ailleurs, à l’abri du « qu’en dira-t-on » [1].

Nous voilà plongés au cœur du mystère de la vie, du mystère d’une vie. Nous rêvons tous d’une vie qui irait de l’aube au crépuscule ; c’est du rêve. Mais la vie humaine est un chemin qui va du crépuscule à l’aube, où il y a la nuit, des nuits, à traverser. Personne ne peut faire l’impasse sur ces traversées. Jean-Paul non plus n’a pas été épargné. Des nuits privées d’étoiles, des nuits enveloppées de mystère. La rubrique nécrologique de son journal local relève qu’il « connut au cours de sa vie et de sa carrière professionnelle de nombreuses rencontres et de multiples expériences, qui ont fait de lui un homme cultivé et possédant un très grand sens de l’humanité ». Il devint « une figure emblématique » de la vie locale de Paray-le-Monial…

Le journal lui rend cet hommage : « Nous garderons de Jean-Paul Weiss l’indéfectible image de lui assis sur un des bancs publics de la ville, roulant son éternelle cigarette avant de se plonger dans la lecture de son journal préféré et de repartir dans sa voiture bleue rejoindre son appartement et certainement continuer à méditer sur ce qu’il avait lu ». Jean-Paul avait appris que les solitudes étaient propices à la méditation et au dialogue intérieur. Il ne les gardait pas pour lui-même, il partageait ses réflexions avec les lecteurs. Son journal a su lui exprimer sa reconnaissance : « Sa rubrique sur le marché du vendredi était aussi devenue un rendez-vous auquel les lecteurs étaient très attachés ».

A travers les épreuves de sa vie, Jean-Paul a pu grandir en humanité, avec le souci réel de faire grandir en humanité ses lecteurs et ses élèves du Lycée Professionnel du Sacré-Cœur de Paray-le-Monial qu’il a servi toute sa vie d’enseignant. Si sa vie professionnelle l’a fait atterrir dans une ville sanctuaire et véritable centre de pèlerinage international, nous pouvons y voir une ironie du sort ou un clin d’œil de la Providence ; c’est là que le Dieu de son baptême lui avait fixé son deuxième rendez-vous.

La preuve, que Dieu n’abandonne pas les siens… Comme dans l’évangile où il guettait l’horizon, il guettait le retour de son « enfant ». La parabole vient démystifier le Dieu qui demande des comptes. Jean-Paul, dans un de ses feuillets, posait à ses lecteurs la question : « Avec le Dieu amour qui apparaissait à Ste Marguerite Marie, le Bon Dieu allait-il à l’encontre du Dieu justicier et sévère ? » Nous pouvons oser le dire, notre éducation privilégiait l’image d’un Dieu qui tenait une comptabilité pointilleuse et sourcilleuse. Or, le Père de l’évangile est « un père » qui est ému jusque dans ses entrailles. L’artiste Rembrandt, qui s’est emparé de cet évangile, nous oriente vers cette conclusion où le Père présente une main féminine et une main masculine. Le tableau est à lui seul une homélie qui célèbre la bonté du Père.

Puisse l’eucharistie d’adieu nous réconcilier avec ce Dieu-Père qui n’abandonne aucun de ses enfants ! Jean-Paul est devenu enfant de Dieu par le baptême, il est enfant de Dieu pour l’éternité. Dieu assume sa paternité jusque dans la vie éternelle. Pour son retour, le fils avait suggéré à son père de le déchoir de son statut de fils : « Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ». Il se plaçait dans la logique des hommes ; Dieu prend le contre-pied en faisant passer de la mort à la vie quiconque aime !

« Parce que nous aimons…nous sommes passés de la mort à la vie. » C’est le message de l’épître de Jean [2]. Et Luc, dans notre évangile, enfonce le clou : « Mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ». Au ciel, la déchéance de notre identité n’est pas encore à l’ordre du jour. Au contraire, Dieu supporte les frais de la réconciliation, il paie la note du festin parce que la vie de chacun de ses enfants lui est chère. Un amour inconditionnel va jusque là.

Désormais Jean-Paul bénéficie des largesses du cœur de Dieu, qui lui répétera le message à Marguerite Marie Alacoque : « Voici ce cœur qui a tant aimé les hommes, voici ce cœur qui t’a tant aimé » !

[1] Luc 15, 11-32.

[2] I Jean 3, 14. 16-20.

Publié le 10 juin 2016 par Marcel Schneider