Jean Perrin par lui-même

Pour son 90e anniversaire, Jean nous avait envoyé une lettre dans laquelle il évoquait ses souvenirs de jeunesse et où il nous confiait ses derniers soucis.

« Bonne et Heureuse Année ! », c’est ce que vous souhaite un jeune homme de 90 ans [1]. Vous décrire mon parcours serait trop long : au moins quelques dates. Je suis né le 18 janvier 1925 à Fouchy. A onze ans, je perds ma maman ; cris d’angoisse à la tombe, ma marraine m’emmène chez elle pour me distraire. A douze ans, direction petit séminaire sma de Saint-Pierre, classe de septième. J’ai beaucoup pleuré par mal du pays. Au bout de trois semaines, vu le surnombre, on envoie les plus âgés en sixième à Haguenau. J’en fais partie. J’aurais bien voulu être parmi ceux qui apprennent à jouer de l’orgue, c’est déjà au complet, on me met parmi les enfants de chœur. En 1939, le séminaire est évacué sur Chamalières (Puy de Dôme) où je fais la quatrième. On n’aimait pas la soupe le matin.

En 1940, l’Alsace est annexée. Issu d’un village francophone, je dois faire une année de perfectionnement en allemand avant d’être admis à l’Oberschule de Barr comme « Gastschüler » à la fünfte Klasse, j’y ferai la sexte. En 1943, RAD en Yougoslavie, puis Wehrmacht alors qu’il me restait une année pour avoir l’Abitur. On me promet que j’aurai des avantages après, en fait j’ai reçu la dispense de la 1ère partie du Bac, mais ça ne compense pas les études perdues.

En 1945, blessure au-dessus du genou droit par un éclat d’obus, pas assez grave pour un « Heimatschuss ». Je suis prisonnier pendant huit mois, dont cinq à Tambow ; les gens mourraient par manque de soins. Libéré en octobre, je dois me refaire une santé. Papa avait fait le vœu que si je revenais il m’enverrait à Lourdes. Ce qui fut fait avec le pèlerinage des prisonniers et des déportés. 1946-1948, noviciat à Chanly (Belgique). 1948-1952, Grand séminaire à Lyon. 1952, Nomination pour le Togo avec le mot d’ordre : « adaptation » !

Comme je n’avais rien eu dans ma jeunesse, surtout avec ces études bâclées, j’ai voulu que les enfants d’ici aient autre chose. D’où mon orientation vers les mouvements de jeunes, scouts, majorettes, et vers la création d’écoles. Après les écoles primaires et collèges, je me suis attaqué à un gros morceau : une université. Ce n’est pas simple. J’en suis au début… Il y a quand même trois classes avec salles des profs, secrétariat et direction. Le Gouvernement togolais a tenu parole et est en train d’installer le courant sur 1 km 500 pour un montant de 90 000 euros. C’est beau. Nous avons pu creuser un puits et construire un château d’eau.

Dans sa dernière lettre, l’évêque me demande si, avec les dons de Noël, j’arriverai à construire l’amphi et le resto pour qu’il puisse demander l’« agrément ». Ce qui reste encore à faire est encore grand !... Il me faudra encore au moins trois ans ! Mais peut-être qu’à l’occasion de mon 90ème anniversaire les bienfaiteurs pourrons faire un « plus » et qu’ainsi l’université puisse ouvrir l’an prochain... Ne me laissez pas seul !

Le sanctuaire marial a connu une grande affluence avec le pèlerinage diocésain des légionnaires de Marie. Plus de mille personnes ! L’évêque était là. Les majorettes avaient animé la procession du Livre et des oblats à la messe ont joué « Ave maris Stella ». Nous avons une fanfare de filles.

Ralliement n° 1/ 2015

[1] Le 18 janvier 2015.

Publié le 14 février 2017 par Jean Perrin