Jean Perrin sma (1925-2016)

64 ans de service missionnaire au Togo. « Que tes œuvres t’accompagnent. »

« Réveille-toi, Père Perrin [1], il est 15 heures, la sieste est terminée, tes enfants sont là pour jouer de la musique et ils ont besoin de toi… Le Père Perrin ne répond pas, il ne répondra plus, il est parti… Merci papa… » C’est par ces mots qu’une jeune enfant, représentante des majorettes, a introduit son émouvant témoignage sur le P. Perrin, lors de la liturgie de ses funérailles au sanctuaire de Notre Dame de la Merci, le 24 novembre 2016. Le groupe des majorettes, « l’œuvre de son cœur », a égayé les derniers jours du P. Perrin. Alors qu’il ne pouvait plus se déplacer, qu’il gardait le lit ou le fauteuil, elles venaient autour de lui pour des répétitions, des chants, des rires, des exercices de musique…

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En tournée dans la brousse à bicyclette
Photo SMA Strasbourg

Un souci constant pour l’éducation et les écoles

Les majorettes du P. Perrin étaient célèbres. Il les avait lancées au début de son ministère à Blitta, mission qu’il avait prise en main en 1967. Une jeune fille de la paroisse, Anastasie, en était l’animatrice, le P. Perrin l’ayant envoyée en France pour des stages de formation [2]. Des écoles, le P. Perrin en a fait construire plusieurs à Sotouboua, son dernier poste, dont un C.E.G et une extension du lycée tenu par les Sœurs marianistes. Une école primaire a même été montée dans les prémices du sanctuaire. Il en avait commencé un agrandissement qu’il n’a pas pu terminer, les fonds n’arrivant pas, ce fut l’une de ses dernières déceptions. Les écoles catholiques de la ville avaient suspendu leur enseignement pour le jour des funérailles. Les élèves étaient là, nombreux. Ils avaient grimpé sur les murs de la clôture pour mieux participer. On les reconnaissait à leurs uniformes.

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Les majorettes de Blitta
Photo SMA Strasbourg

« C’est la jeunesse qui retient toute notre attention, aussi nous nous efforçons de planter des écoles un peu partout », écrivait-il en décembre 1955, trois ans après son arrivée au Togo. Il en a construit au moins une quinzaine dans le district de Yadé, son premier poste. L’une de ses premières réalisations à Kara a été l’école secondaire, ouverte en 1956, qui est devenu plus tard le collège Chaminade. Il était encore en apprentissage auprès du P. Kennis. Il a aussi construit les premiers bâtiments de ce qui est devenu le collège Adèle pour les filles, confié aux Sœurs marianistes. Lorsque les Frères marianistes ont célébré le cinquantenaire de l’institution Chaminade, ils l’ont interviewé et lui ont demandé de raconter ses débuts. Il s’est enthousiasmé sur le développement de cette école qui était devenue lycée… « Et pourquoi ne pas continuer jusqu’au niveau université ? » a-t-il dit, appuyant son dire de son grand rire sonore et contagieux.

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Le sourire du Père Perrin
Photo J.-M. Guillaume

Cette idée, il l’a reprise à son compte, il en fait part dans une lettre en 2012 : « Ceci pour t’apprendre un de mes rêves… une université catholique pour Sotouboua. Je pense que c’est le moment ou jamais ». Croyant à son étoile, confiant en la Providence, entêté dans son idée, il a commencé de mettre le projet en œuvre : il a acquis un grand terrain pour cette université et l’a entouré d’une clôture. Il a construit un bâtiment de trois classes avec bureaux, édifié un château d’eau, fait venir l’électricité. Il a posé les bases d’un amphithéâtre et installé une statue de St Joseph protecteur à l’entrée de la concession.

Il voulait aussi parfaire l’éducation des enfants en développant leur goût pour la musique et le rythme, d’où les majorettes. Il a su utiliser ses talents de musicien, évidents malgré une forte surdité [3], pour enseigner la musique, la trompette et l’orgue. Régulièrement, des enfants venaient chez lui et s’exerçaient à un petit orgue électronique. Il a formé un bon nombre d’organistes [4].

[1] « Père Perrin », ou simplement « Perrin », c’était ainsi qu’il était familièrement connu et appelé.

[2] Anastasie est la jeune fille qui a lancé les majorettes à Blitta avec le P. Perrin. Elle a rencontré un jeune Allemand, Thomas, qui travaillait non loin de Blitta à l’établissement d’une ferme-témoin et qui fréquentait le P. Perrin pour des aides et conseils techniques réciproques. Anastasie est devenue son épouse.

[3] « Connaît un peu la musique » avaient écrit ses maîtres au temps de son noviciat en 1946. Ceux qui ont fréquenté le P. Perrin savent que, depuis longtemps, il était complètement sourd, « faute à la nivaquine », répétait-il.

[4] Au moins deux d’entre eux sont devenus prêtres des Missions Africaines, Noël N’Bdia Battona et Moïse Sabagna ; ils sont actuellement missionnaires au Liberia. Moïse était présent aux funérailles, pleurant son « père spirituel ».

[5] Daté du 2 janvier 1951.

[6] Les Pères Alfred Legrand (1895-1968), Jean Noël (1911-1970), Louis Noël (1913-1978), Paul Perrin (1896-1966), Joseph Gass (1912-2003) et Jean Perrin (1925-2016) sont tous originaires de Fouchy.

[7] Paul, de quatre ans plus jeune que son frère Jean, a été maire du village de 1965 à 1989.

[8] Les Pères Lickel, Riedlin et Perrin.

[9] Il prendra un nouveau congé assez long en 1962 et sera en France de mars à octobre.

[10] 15 juin 1965.

[11] Ordonné par Paul VI à Bombay le 3 décembre 1964.

[12] Circulaire de décembre 1987.

Publié le 29 mars 2017 par Jean-Marie Guillaume