Jésus, le tout autre en ce matin de Pâques

La résurrection est la grande charnière d’une vie avant et d’une vie après... Les femmes de ce matin sortent déboussolées de cette rencontre qui n’a pas eu lieu et s’enfuient. Cela pourrait être une mauvaise nouvelle, mais vous allez voir...

La Bonne nouvelle, chez Marc, présente un Fils de Dieu qui n’est plus comme dans la première alliance un Dieu de conquête, de libération et de reconquête, le Dieu unique d’un peuple choisi, souvent au détriment des autres peuples, un Dieu enfermé en Israël entre l’Horeb, la montagne, le Lac de Galilée et la Mer Morte. Non ! Et très tôt les prophètes et les psalmistes ont compris que si Dieu est vraiment universel, sa présence devait aller jusqu’aux extrémités de la Terre ou, comme dit le Pape François, jusqu’à la périphérie de l’univers. Les rois mages en sont une des preuves… « Reges Tarsis » disait le psaume en parlant simplement des princes d’Espagne qui, à l’époque, était comme l’Australie, car l’Espagne était à l’autre bout de la Méditerranée, loin, fort loin de la Palestine.

En Jésus Dieu a fait le plus grand pas qu’un Dieu puisse faire : devenir homme comme tout homme – naître d’une femme , pauvrement, dans un milieu de bergers – voyager sans cesse en vrai SDF (sans domicile fixe, sans pierre où reposer sa tête) pour répandre une bonne nouvelle et finalement donner sa vie pour les hommes, conspué, rejeté et enterré dans une tombe scellée…

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Calvaire. Huile sur toile (1961).
Photo Marc Heilig

C’est alors que commencera sa vraie vie d’envoyé du Père dans le monde, au-delà des frontières d’Israël. Au matin du 3e jour, en effet, il fera sauter les scellés et la pierre, et deviendra le Messie du Monde et du cosmos, présent et absent à la fois. Et c’est là que commencera le rôle du disciple, le rôle de chacun de nous, dans notre parcours personnel d’envoyé pour notre monde aujourd’hui. Car le message chrétien se vit au présent : « hodie » dit le texte latin, « aujourd’hui ». « Car aujourd’hui c’est moi qui t’ai engendré... » Cela commence ainsi dans ce nouvel aujourd’hui du lendemain de la Pessah juive, lorsque trois admirables femmes, avec leur panier rempli d’onguents pour embaumer le corps du supplicié et lui rendre les derniers hommages, montent sur la colline vers la tombe en se demandant qui va leur rouler la « lourde pierre » de l’entrée. A leur grande surprise, la pierre était roulée et elles entrèrent pour ne trouver qu’un jeune homme vêtu de blanc, comme les gens du temple ou du ciel selon les Écritures. Leur étonnement devint stupéfaction lorsque le jeune homme leur dit : « Il n’est plus ici, allez dire à ses disciples et surtout à Pierre qu’Il est ressuscité et qu’Il les attend en Galilée ». Bouleversées, elles s’enfuirent et elles ne reverront plus ce Jésus. Ainsi Marc termine-t-il son évangile, parce que notre tour, à nous, est désormais arrivé.

« Il les attend en Galilée », a dit l’ange, là-même où Il a appelé les premiers et où Il a commencé son parcours messianique à partir de Capharnaüm, dans la maison de Pierre. Veut-il ainsi commencer un nouveau parcours ? Oui ! Pour Pierre, et « oui » pour chacun d’entre nous : le parcours au quotidien de notre vie de baptisé, en fidélité aux évangiles, commence ici, en ce premier matin de Pâques.

C’est là le 3e visage de ce Jésus de Nazareth, Christ et Fils de Dieu , devenu par sa résurrection le maître du cosmos. Ainsi, depuis 2000 ans, il appelle ses disciples de toute langue et de toute nation, comme il a appelé les premiers, Simon Pierre et André, son frère, Jacques et son frère Jean, les fils de Zébédée : « Venez derrière moi et suivez ».

C’est pour cela qu’à chaque nouvelle Pâques le jeune homme en blanc nous dit : « Il vous attend en Galilée !… pour refaire avec vous un itinéraire de la suivance , dans notre monde d’aujourd’hui. Ce n’est jamais le même parcours, et cela nous concerne tous ! A chacun donc de suivre, même sans GPS, et surtout sans GPS… Nous risquerions de nous fourvoyer, comme les femmes du premier matin !

Jean-Pierre FREY

Publié le 8 avril 2015 par Jean-Pierre Frey