Joie partagée : finie la théorie du péché originel !

Une bonne nouvelle, c’est l’appel du pape pour promouvoir la non-violence : « la non-violence doit commencer au dedans de nous-mêmes… dans la profondeur de nos sentiments… » Je suis optimiste : finie la théorie du péché originel !

Voici la copie de ma lettre à Guillaume Goubert, l’éditorialiste de La Croix, le 13 décembre 2016 [1].

Bravo pour votre éditorial dans La Croix, « Artisan de paix ». Notre pape a mille fois raison de lancer ce vibrant appel et vous de le relayer, bien entendu.

Une ligne pourtant de votre texte me gêne : « Rien de bien nouveau ! » Vraiment ? Si, et d’importance, à mon humble avis, un non-dit. Car, mis devant notre responsabilité pleine et entière, nous ne pouvons plus nous dédouaner en invoquant l’excuse, facile, de la « tare originelle » Cela est nouveau, mine de rien : ce non-dit prend sens, un sens « profond ». N’est-ce pas déjà l’orientation de deux ouvrages récents : La Bonté humaine, de Jacques Lecomte [2] et Oser la bienveillance, de Lytta Basset [3], qui exposent une étude approfondie de la doctrine du péché originel.

Pour « puiser la non-violence dans les profondeurs de nos sentiments », il est indispensable qu’elles ne soient pas entachées, polluées par ce « complexe d’infériorité » du pessimisme originel tel que, largement octogénaire et pratiquant, je l’ai entendu, des centaines de fois prêché ou susurré [4].

Donc, doublement bravo !

P.S. : Une émission de France-Inter [5] disait de même : « le plus gros mensonge que l’on nous vend tous les jours est que la violence est intrinsèque à la nature humaine. Non, il n’en est rien ; nous sommes des êtres altruistes, empathiques, compassionnels (sic). Cela doit être enseigné dans les écoles… »

En outre, une émission d’Arte [6] nous montre « un rat qui va libérer un congénère enfermé, même si celui-ci est d’une autre couleur. Les rats sont empathiques… » (re-sic) J’ajouterai : normal, puisque leurs premiers parents n’ont pas commis de péché originel !

En effet, la notion de péché originel est totalement absente des Évangiles et semble plutôt en contradiction avec le message évangélique. La doctrine du péché originel s’est répandue à partir du Ve siècle sous l’influence de Saint Augustin.

L’éditorial de Guillaume Goubert
… Le pape François a lancé (le 12.12.2016) un appel à la non-violence. Rien de très nouveau, dira-t-on. Il s’agit d’un magnifique idéal que l’on se plait à célébrer en évoquant de grands héros du passé. Le message pontifical ne manque pas de rappeler plusieurs noms : le Mahatma Gandhi et Khan Abdul Ghaffar Khan lors de l’indépendance de l’Inde, Martin Luther King face à la ségrégation raciale, Leymah Gbowee, instigatrice d’une mobilisation par la prière face à la guerre civile au Liberia... Cependant, la force inédite du message du pape François est de nous rappeler que cette attitude de paix doit impérativement passer par chacun d’entre nous.

Dès la première page de son message, il demande ainsi à Dieu « de nous aider tous à puiser la non-violence dans la profondeur de nos sentiments et de nos valeurs personnelles ». C’est parce que chacun, dans sa vie de tous les jours, renoncera à la violence - même verbale - que la guerre, in fine, reculera.

Ce qui, par exemple, amène le Pape à réfléchir sur « la racine domestique d’une politique non-violente ». La violence et la peur qui peuvent régner dans le cercle familial, « les abus envers les femmes et les enfants » nourrissent la violence et la peur qui hantent les sociétés, au point de leur faire considérer comme souhaitable l’équilibre de la terreur nucléaire. Il y a une grande audace à mettre ainsi en rapport la violence la plus élémentaire avec l’arme suprême de destruction. En remède, le pape propose le « manuel » formulé par les Béatitudes où figurent ces mots simples et magnifiques : « artisans de paix ». Tous nous devons l’être et toujours davantage.

Guillaume Goubert dans La Croix du 13 décembre 2016

[1] Voir le texte ci-après.

[2] Édition Odile Jacob.

[3] Édition Albin Michel.

[4] Licence en théologie, Strasbourg 1978.

[5] 23 novembre 2016 à 14h.

[6] 13 décembre 2016 à 20h50.

Publié le 3 avril 2017 par Fernand Kochert